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Historiens & géographes n° 409

Éditorial:
Un centenaire de combats 1910 - 2010

  Nous devons d’abord saluer la mémoire de Jean Peyrot décédé brutalement à la veille de l’assemblée générale où il devait intervenir dans le débat sur la réforme des lycées qu’il suivait avec beaucoup d’attention ces dernières semaines. Jean Peyrot travaillait aussi depuis plusieurs mois sur l’historique de notre association. Ses interventions étaient attendues et prévues lors des manifestations du Centenaire à Paris. Esprit indépendant, inventif, il a tracé pendant vingt ans la route de l’APHG. Président de l’association, puis président d’Honneur, il a imprimé l’histoire de notre association de manière indélébile. Sa voix et sa plume nous manqueront et ne seront pas oubliées.

Une mesure funeste et inacceptable sur le projet de réforme des lycées
Les mois de novembre et de décembre ont été particulièrement occupés. Dès la première rencontre avec le cabinet du ministère de l’Education nationale nous avons appris qu’il était envisagé de ne pas donner d’heures en Terminale S ou d’accorder une heure obligatoire et une heure d’option à la rigueur. Dès ce moment nous avons décidé de consulter les bureaux des régionales sur des choix. La majorité d’entre elles consultée en un temps record ont refusé la disparition de l’Histoire et Géographie en classe terminale S, tout comme une heure croupion. A la seconde réunion nous avons fait connaître la réponse des Régionales, il n’était alors plus question d’une heure obligatoire, mais d’une heure et demie d‘option. Puis ce fut enfin de séance deux heures d’option. L’Histoire et la Géographie sont présentes en Seconde avec trois heures. Les modules sont supprimés, mais un domaine exploratoire partagé entre le français et l’histoire et la géographie sera dispensé aux secondes. En Première, les trois séries générales se retrouvent dans un tronc commun, formule inexacte car les  1ères STG y échappent et bon nombre des disciplines, et les premières S qui devront nécessairement être distinguées des autres avec leur épreuve de bac anticipée à la fin de l’année. L’horaire d’Histoire et de Géographie est de 4 heures pour les 1èresL, les 1èresES et S. Qualifié de «révolution » par le ministère, il n’est en réalité qu’un retour aux années 1990 où les C avaient 4 heures. Mais cette mesure était destinée à nous faire avaler la suppression de l’Histoire et de la Géographie à titre obligatoire en Terminale au profit d’une option dont certains syndicats ne voulaient même pas pour ne pas briser le bel ordonnancement de la réforme.
 

La campagne de l’APHG n’exclut aucune série

 

Le bureau national a décidé de lancer une campagne contre la suppression d’un enseignement utile, formateur et civique pour les élèves scientifiques. Aussi nous avons mobilisé toutes les forces de nos régionales du moins celles qui fonctionnent en installant sur notre site national l’appel lancé contre la suppression de l’obligation de l’Histoire et de la Géographie en TS et les incitant à faire circuler cet appel dans les établissements et à mobiliser des collègues d’autres disciplines et des non enseignants. Actuellement les signataires sont au nombre de 25350. Nous avons décidé de poursuivre la campagne jusqu’aux élections régionales pour faire connaître plus largement nos positions.

Contrairement aux soupçons du ministère, le succès de l’appel est d’abord celui des adhérents de l’APHG, il prouve l’attachement profond des Français et des Françaises à l’Histoire et à la Géographie en Terminale. Le sondage commandé par l’Humanité à l’IFOP en témoigne(1) égale-ment ceux réalisés auprès des internautes comme à Lyon par le journal du Progrès. La couverture de l’APHG a été très importante dans les médias (presse écrite, audiovisuelle) : l’image de notre site à l’entame des nouvelles sur i-télévision a permis de faire connaître nos positions, je suis intervenu trop brièvement dans le journal du soir de France 2. L’appel lancé par le Journal du Dimanche signé par 20 historiens, philosophes et démographes a eu un grand retentissement médiatique qui a amplifié la protestation. L’appel de l’APHG a atteint des sommets, au point de perturber le système de comptabilité des signataires. Le cabinet du ministère en a été surpris et ébranlé, mais les accusations de collusion entre le Journal du JDD et l’APHG portées à notre encontre par certains hauts fonctionnaires ne tiennent pas la route. L’APHG a lancé son appel une semaine avant celui de l’hebdomadaire, dès la clôture de l’Assemblée générale ! Et il a recueilli d’emblée plusieurs milliers de signatures. Cet appel concernait l’histoire et la géographie. La dimension géographique, la plupart du temps ignoré et oublié des médias, a été inscrite dans l’appel de l’APHG. Alors que celui du JDD ne concernait que l’Histoire.

La critique de corporatisme ne tient pas plus et qu’un ancien ministre de l’Education nationale se livre à une telle accusation est lamentable. Qu’a-t’il fait pour sauver la série L quand il était ministre ? En premier lieu, l’urgence commandait de s’opposer à la mesure en S. L’APHG a le souci de donner à tous les élèves un enseignement d’histoire de géographie et d’enseignement civique. Nous n’avons pas défendu des privilégiés ni cédés à des parents dits « bobos », car nous devons tenir compte du fait que plus de 50% des élèves des séries générales font partie de la S ; l’APHG ne méconnaît pas la sociologie des élèves et sa préoccupation constante est de proposer à tous les élèves sans exception, qu’ils viennent du professionnel, du technique ou des séries générales, un enseignement d’Histoire et de Géographie. Il existe encore des séries SST et STI où l’Histoire et la Géographie ne sont toujours pas enseignées en Terminale. L’APHG s’est heurtée naguère à une opposition brutale et bornée quand elle est allé demander au ministère que l’ECJS soit aussi présente dans les séries technologiques et les classes de STG(2) et n’a cessé de plaider sans cesse dans ses éditoriaux et au sein des ses instances pour que les élèves du professionnel comme du technique reçoivent un enseignement décent d’Histoire et de Géographie. Réduire la fracture culturelle et sociale passe par un renforcement de la culture générale dans l’enseignement technique. Alors pas de mauvais procès ! Nous étions et sommes partisans du rééquilibrage de la L mais pas au prix d’un dépouillement des S. Nous sommes en faveur d’un enseignement solide en L, ce qui n’est pas le cas dans le projet actuel. Pourquoi priver les élèves littéraires d’un enseignement scientifique ? Car la revalorisation de la TL est actuellement incomplète. L’APHG est pour des séries d’excellence partout. Dans notre esprit, aucune série ne doit être exclue

Plusieurs autres aspects de la réforme posent des problèmes d’organisation. La suppression des modules en seconde - ils étaient une réussite -, est critiquée par beaucoup de collègues, car leur remplacement par un accompagnement personnalisé reste très confus dans son application. Comment va se mettre en place cet accompagnement méthodologique plébiscité par les parents et les élèves dans les établissements(3) ? Le conseil pédagogique est composé de membres désignés par le chef d’établissement, il devra se charger d’adapter la mesure. Comment se fera la répartition des heures globalisées ? Comment s’inséreront les professeurs d‘Histoire et de Géographie dans ce dispositif ? Il est certain que la préparation des épreuves du Baccalauréat en Histoire- Géographie devra trouver sa place dans ces horaires.

Que faire ? Poursuivre notre campagne pour que les terminale S et STI/STL aient un enseignement obligatoire

Malgré l’hostilité de l’opinion à cette mesure et l’absence
de consensus au sein du Conseil Supérieur de l’Education nationale puisque les dispositions concernant la 1 ère et la Terminale n’ont pas été adoptées, le ministère a décidé de passer outre et d’appliquer la réforme dans sa totalité à partir de la rentrée 2010 en Seconde pour aboutir à la rentrée 2012 à la suppression de l’obligation de l’Histoire Géographie en Terminale S. Beaucoup de doutes subsistent sur le pari du rééquilibrage des filières et si la L reprend des couleurs, il n’empêche que tous les élèves de Terminale S seront privés d’un enseignement légitime. À court terme, l’APHG a décidé de continuer la campagne qu’elle a initiée le 19 novembre 2009 et de se battre dans le long terme pour revenir sur cette décision Il s’agit de continuer à faire signer l‘appel et à expliquer aux élus locaux départementaux, régionaux et nationaux nos positions, comme auprès de parents d’élèves et des représentants des lycéens. Cette campagne concerne aussi les Terminales STT/STI qui n’ont pas d ‘Histoire Géographie. Le sens de notre action doit être expliquée, elle s’inscrit dans tout le cursus scolaire de l’école élémentaire au lycée. L’APHG a pour objectif de maintenir et développer ses contacts avec les autres associations de spécialistes, avec celles de l’enseignement supérieur, sur le terrain avec les collègues d’autres disciplines.
Nous devons aussi nous intéresser à la refonte des programmes. Avec moins d’heures comment faire un programme attrayant et solide pour les lycéens ? Quel contenu proposer pour l’option de TS ? Garder ce qui marche bien, changer ce qui ne fonctionne pas bien. Ne pas charger la barque. Avoir des intitulés neutres, aborder les grandes périodes chronologiques de l’histoire sans sacrifier les XIXe et XXe siècles, mais procéder à des rééquilibrages. Ainsi concevoir des programmes traitant exclusivement la période de 1989 à nos jours en Terminale n’aurait aucun sens. Le choix thématique en Seconde n’est valable qu’à condition de respecter une grande trame chronologique indispensable pour situer les événements. Garder le principe de ne traiter aucune question au Bac portant sur les dix dernières années, sans exclure des sujets de longue durée qui viennent jusqu’à nos jours.

En géographie de Terminale, il est indispensable de s’intéresser aux Suds beaucoup plus que l’ancien programme centré sur la notion de grande puissance qui occultait d’autres mondes, ainsi qu’aux préoccupations de notre planète (ressources, climats, villes, problèmes alimentaires, construction des territoires), sans chercher à tout voir.
Le projet de programme qui nous a été soumis distingue bien les deux disciplines Histoire et Géographie. Mais il rencontre dans la partie histoire les plus grandes réserves ou oppositions sur certains thèmes proposés notamment la disparition de l’étude de la naissance du christianisme et de l’Islam, de la Méditerranée au XIIe siècle en particulier, des contacts entre l’Occident et l’Orient au Moyen Age. Un programme plus neutre ? Certains thèmes nouveaux ouvrent des perspectives intéressantes à condition d’être mieux formulées. La géographie a fait aussi l’objet d’observations et de critiques, mais globalement le contenu en est accepté. Le bureau national a demandé aux régionales de réagir dans des délais très courts qui nous étaient imposés. Nous les remercions de leur célérité. Nous avons fait la synthèse des remarques des Régionales (21 réponses collectives) que nous avons transmis au ministère. Bien sûr le Comité a mis cette question à l’ordre du jour. Les collègues seront consultés sur le programme de seconde mis en ligne par le ministère dès le 26 janvier. Nous espérons que soient prises en compte les remarques et critiques formulées.

Comment utiliser les dispositifs d’accompagnement mis en place, quel contenu pour les domaines exploratoires et l’option en L. ? Toutes questions sur lesquelles nous aurons à débattre. Les instances de l’APHG ont déjà été appelées à se prononcer dans l’urgence et la précipitation pour les grandes lignes d’un programme de seconde, puis elles le seront rapidement sur le programme de 1èreavec cette rupture des 1èreS qui auront une épreuve de Bac à la fin de l’année scolaire 2011-12.

Les collèges

L’APHG a toujours souligné l’importance de l’Histoire des Arts et la convergence avec les autres disciplines dans la formation des enfants et des adolescents. La revue Historiens Géographes illustre cette préoccupation et contribue à l’information et à la formation des ses lecteurs par ses rubriques culturelles consacrées aux expositions, au cinéma, à la B.D., au théâtre et à la musique. Une épreuve de l’Histoire des arts au brevet en 3ème est facultative en 2010 et obligatoire en 2011. Les modalités de l’évaluation ont été décidées sans concertation ni expérimentation préalable. Mesure incohérente puisque les nouveaux programmes de 3èmenotamment en Histoire et en Français, sont marqués par une part plus grande donnée à l’Histoire des Arts et un travail conjoint avec d‘autres disciplines, mais ils n’entreront en application qu’à la rentrée 2012. Pour que cette mise en place soit une réussite, le ministère doit tenir compte de la réalité des conditions de l’enseignement en collège. Nous demandons au ministère de revoir les modalités de cette épreuve.


La réforme des concours
et la masterisation

L’épisode de la réforme du lycée a montré l’obstination des autorités ministérielles, ne bougeant pas sur leurs certitudes. Le projet de masterisation des concours a subi une évolution similaire : la maquette actuelle du nouveau CAPES est très nocive voire plus inquiétante que celle que la plupart des universitaires ont combattu bec et ongles l’an dernier. La tâche sera impossible même pour les bons étudiants. La seule solution que certains responsables reconnaissent est que les étudiants fassent une sixième année, à leurs frais, pour achever leur diplôme de Master ou passer avec succès le concours.
L’APHG a présenté les observations suivantes à partir de sa commission universitaire qui invite régulièrement les associations d’Histoire et de Géographie de l’enseignement supérieur à ces travaux. Le calendrier qui prévoit un concours de CAPES en décembre est inacceptable. Un écrit en février laisserait au moins un semestre pour la préparation de l’oral et du master. Même dans cette hypothèse, la réalisation semble très difficile à mener. A l’oral deux épreuves sont prévues dont une leçon et une épreuve sur dossier incluant une interrogation sur l’éthique du fonctionnaire. L’APHG estime que la disparition du commentaire de documents est très préjudiciable car cet exercice permet de repérer les compétences scientifiques et l’esprit critique des étudiants.
Les règles éthiques devraient être enseignées lors du stage
au contact des élèves.

A propos des programmes de concours l’APHG rejette la réduction à deux questions en histoire dont une d’histoire des arts et à deux questions en géographie. Elle se prononce pour un minimum des trois questions dans chacune des disciplines. En Histoire, il est possible d’envisager deux questions portant sur deux périodes différentes et un troisième transversale portant sur les deux périodes restantes. L’Histoire contemporaine ne doit pas être permanente, mais tournante comme les autres périodes. Les questions de concours doivent bien sûr être larges, sans coller systématiquement aux programmes du secondaire pour laisser aux étudiants la possibilité d’accroître leurs connaissances scientifiques.
 

Au sujet des stages ils ne sont plus obligatoires. L’APHG s’oppose aux stages en responsabilité durant l’année du M2. Elle préconise des stages courts en M1 et M2 avec la possibilité de faire quelques cours sous la direction d’un conseiller-tuteur. Les étudiants ne doivent pas être affectés à des remplacements ponctuels. L’APHG demande le rétablissement de l’année stage post-concours comportant 9 heures en responsabilité devant les élèves et 9 heures de formation chaque semaine.

En ce qui concerne l’Agrégation, l’APHG demande la connexion entre les programmes des CAPES et d’Agrégation pour que toutes les universités puissent préparer aux deux concours, et conserver leur potentiel de recherche, déjà fort menacé pour la préparation de concours des CAPES durant l’année du Master 2.

En cette année du Centenaire, que l’APHG rassemble encore davantage d’adhérents

On le voit les chantiers ministériels mal ficelés et sabotés ne manquent pas, la tâche est rude ! En ce début d’année, je vous présente tous mes vœux, pour chacun de vous, mais aussi pour l’APHG, qui est restée vaillante comme l’a montré la fin de l’année, qu’elle continue à mener des combats légitimes pour la formation des citoyens républicains en 2010, que ce soit dans l’enseignement secondaire ou supérieur mais je formule aussi des vœux pour les festivités de notre centenaire qui s’annoncent sous les meilleurs auspices à Grenoble et à Paris. Je salue les régionales qui l’associent à leur journée comme celle de Picardie. Que cette année du Centenaire puisse rassembler plus de collègues dans tous les ordres d’enseignement ! Ceux qui nous ont soutenu par milliers dans notre campagne qu’ils franchissent le pas ! L’APHG est une grande maison mutualiste. Nous avons besoin du concours du plus grand nombre d’adhérents à l’APHG et d’abonnés à notre revue « Historiens et Géographes » qui reste le « vaisseau amiral » bien complétée par le site national qui a décuplé son audience.

                                                                                                                                                                   Janvier 2010
1L’Humanité du samedi 12 décembre 2010 : dans un sondage de l’IFOP commandé par le journal, plus de 69 % des français condamne cette mesure. Une confirmation : « Les parents d’élèves s’inquiètent de la baisse des heures d’Histoire en Terminale S » titre le Monde selon le sondage CSA réalisé par le ministère les 6 et 7 janvier, Le Monde samedi 16 janvier 2010.
2Entrevue au ministère sous la présidence de Robert Marconis.
3
Sondage publié par le ministère de l’Education nationale des 6 et 7 janvier 2010.