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Nous devons d’abord saluer la mémoire de Jean Peyrot décédé
brutalement à la veille de l’assemblée générale où il devait intervenir dans le
débat sur la réforme des lycées qu’il suivait avec beaucoup d’attention ces
dernières semaines. Jean Peyrot travaillait aussi depuis plusieurs mois sur
l’historique de notre association. Ses interventions étaient attendues et
prévues lors des manifestations du Centenaire à Paris. Esprit indépendant,
inventif, il a tracé pendant vingt ans la route de l’APHG. Président de
l’association, puis président d’Honneur, il a imprimé l’histoire de notre
association de manière indélébile. Sa voix et sa plume nous manqueront et ne
seront pas oubliées.
Une mesure funeste et inacceptable sur le projet de réforme des lycées
Les mois de novembre et de décembre ont été particulièrement
occupés. Dès la première rencontre avec le cabinet du ministère de l’Education
nationale nous avons appris qu’il était envisagé de ne pas donner d’heures en
Terminale S ou d’accorder une heure obligatoire et une heure d’option à la
rigueur. Dès ce moment nous avons décidé de consulter les bureaux des régionales
sur des choix. La majorité d’entre elles consultée en un temps record ont refusé
la disparition de l’Histoire et Géographie en classe terminale S, tout comme une
heure croupion. A la seconde réunion nous avons fait connaître la réponse des
Régionales, il n’était alors plus question d’une heure obligatoire, mais d’une
heure et demie d‘option. Puis ce fut enfin de séance deux heures d’option.
L’Histoire et la Géographie sont présentes en Seconde avec trois heures. Les
modules sont supprimés, mais un domaine exploratoire partagé entre le français
et l’histoire et la géographie sera dispensé aux secondes. En Première, les
trois séries générales se retrouvent dans un tronc commun, formule
inexacte
car les 1ères STG y échappent et bon nombre des
disciplines, et
les premières S qui devront nécessairement être distinguées des autres avec leur
épreuve de
bac anticipée à
la fin de l’année. L’horaire d’Histoire et de
Géographie est de 4 heures pour les 1èresL,
les 1èresES et S. Qualifié de «révolution » par le ministère, il n’est
en réalité qu’un retour aux années 1990 où
les C avaient 4 heures. Mais cette
mesure était destinée à nous faire avaler la suppression de l’Histoire et de la
Géographie à titre obligatoire en Terminale au profit d’une option dont
certains syndicats ne voulaient même pas
pour ne pas briser le bel
ordonnancement de la réforme.
La campagne de l’APHG
n’exclut aucune série
Le bureau
national a décidé de lancer une campagne
contre la
suppression d’un enseignement utile, formateur
et
civique pour les élèves scientifiques. Aussi nous avons
mobilisé
toutes les forces de nos régionales du moins
celles qui
fonctionnent en installant sur notre site national
l’appel lancé contre la suppression de l’obligation de
l’Histoire et de la Géographie en TS et les incitant à faire
circuler
cet appel dans les établissements et à mobiliser
des
collègues d’autres disciplines et des non enseignants.
Actuellement les signataires sont au nombre de 25350.
Nous
avons décidé de poursuivre la campagne jusqu’aux
élections
régionales pour faire connaître plus largement
nos
positions.
Contrairement aux soupçons du ministère, le succès de
l’appel est d’abord celui des
adhérents de l’APHG, il prouve
l’attachement profond des Français et des Françaises
à
l’Histoire et à la Géographie en Terminale. Le sondage
commandé
par l’Humanité à l’IFOP en témoigne(1) égale-ment
ceux réalisés auprès des internautes comme à Lyon
par le journal du Progrès. La
couverture de l’APHG a été très importante dans les médias
(presse écrite, audiovisuelle) :
l’image de notre site à l’entame des nouvelles sur
i-télévision
a permis de faire connaître nos positions, je suis intervenu trop
brièvement dans le journal du soir de France 2. L’appel lancé par le
Journal du Dimanche signé par 20
historiens, philosophes et démographes a eu un
grand retentissement médiatique qui
a amplifié la protestation.
L’appel de l’APHG a atteint des sommets, au point de perturber le
système de comptabilité des signataires. Le cabinet du ministère en a
été surpris et ébranlé, mais les accusations de collusion entre le
Journal du JDD et l’APHG portées à notre encontre par certains hauts
fonctionnaires
ne tiennent pas la route. L’APHG a lancé son
appel une
semaine avant celui de l’hebdomadaire, dès
la
clôture de l’Assemblée générale ! Et il a recueilli d’emblée
plusieurs milliers de signatures. Cet appel concernait
l’histoire et la géographie. La dimension géographique, la
plupart du
temps ignoré et oublié des médias, a été inscrite dans l’appel de l’APHG.
Alors que celui du JDD ne
concernait que l’Histoire.
La critique de corporatisme ne
tient pas plus et qu’un ancien
ministre de l’Education nationale se livre à une telle accusation
est lamentable. Qu’a-t’il fait pour sauver la série
L quand il était ministre ? En
premier lieu, l’urgence commandait
de s’opposer à la mesure en S. L’APHG a le souci
de donner à tous les élèves un
enseignement d’histoire de
géographie et d’enseignement civique. Nous n’avons
pas défendu des privilégiés ni cédés
à des parents dits
« bobos
», car nous devons tenir compte du fait que plus
de 50% des
élèves des séries générales font partie de la
S ; l’APHG
ne méconnaît pas la sociologie des élèves et sa
préoccupation constante est de proposer à tous les élèves
sans exception, qu’ils viennent
du professionnel, du technique ou
des séries générales, un enseignement d’Histoire
et de
Géographie. Il existe encore des séries SST et STI
où
l’Histoire et la Géographie ne sont toujours pas enseignées
en Terminale. L’APHG s’est heurtée naguère à une
opposition brutale et bornée
quand elle est allé demander au
ministère que l’ECJS soit aussi présente dans les séries
technologiques et les classes de STG(2) et n’a cessé de
plaider sans cesse dans ses
éditoriaux et au sein des ses
instances pour que les élèves du
professionnel comme du
technique reçoivent un enseignement décent d’Histoire
et de Géographie. Réduire la
fracture culturelle et sociale passe par un renforcement de la
culture générale dans l’enseignement technique. Alors pas de mauvais
procès !
Nous
étions et sommes partisans du rééquilibrage de la
L mais
pas au prix d’un dépouillement des S. Nous sommes
en faveur d’un enseignement solide en L, ce qui n’est
pas le
cas dans le projet actuel. Pourquoi priver les élèves
littéraires d’un enseignement scientifique ? Car la revalorisation de la
TL est actuellement incomplète. L’APHG est
pour des
séries d’excellence partout. Dans notre esprit,
aucune
série ne doit être exclue
Plusieurs
autres aspects de la réforme posent des problèmes d’organisation. La
suppression des modules en
seconde -
ils étaient une réussite -, est critiquée par beaucoup
de collègues, car leur remplacement par un accompagnement
personnalisé reste très confus dans son
application. Comment va se mettre en place cet accompagnement
méthodologique plébiscité par les parents et les élèves dans les
établissements(3) ? Le conseil pédagogique est composé de
membres désignés par le chef d’établissement, il devra se charger
d’adapter la mesure. Comment
se fera
la répartition des heures globalisées ? Comment
s’inséreront les professeurs d‘Histoire et de Géographie
dans ce dispositif ? Il est
certain que la préparation des
épreuves du Baccalauréat en Histoire- Géographie devra trouver sa
place dans ces horaires.
Que faire ? Poursuivre notre
campagne pour que les
terminale S et STI/STL aient
un enseignement obligatoire
Malgré l’hostilité de l’opinion à cette mesure et l’absence
de
consensus au sein du Conseil Supérieur de l’Education nationale puisque
les dispositions concernant la 1 ère et la
Terminale
n’ont pas été adoptées, le ministère a décidé
de passer
outre et d’appliquer la réforme dans sa totalité
à partir
de la rentrée 2010 en Seconde pour aboutir
à la
rentrée 2012 à la suppression de l’obligation de
l’Histoire Géographie en Terminale S. Beaucoup de doutes
subsistent sur le pari du rééquilibrage des filières et si la L
reprend
des couleurs, il n’empêche que tous les élèves de
Terminale
S seront privés d’un enseignement légitime.
À court
terme, l’APHG a décidé de continuer la campagne
qu’elle a
initiée le 19 novembre 2009 et de se battre dans le long terme pour
revenir sur cette décision Il
s’agit de
continuer à faire signer l‘appel et à expliquer
aux élus
locaux départementaux, régionaux et nationaux
nos
positions, comme auprès de parents d’élèves et des
représentants des lycéens. Cette campagne concerne
aussi les
Terminales STT/STI qui n’ont pas d ‘Histoire Géographie. Le sens de
notre action doit être expliquée,
elle
s’inscrit dans tout le cursus scolaire de l’école
élémentaire au lycée. L’APHG a pour objectif de maintenir
et
développer ses contacts avec les autres associations
de
spécialistes, avec celles de l’enseignement supérieur,
sur le
terrain avec les collègues d’autres disciplines.
Nous devons aussi nous intéresser à la refonte des
programmes. Avec moins d’heures comment faire un
programme
attrayant et solide pour les lycéens ? Quel
contenu
proposer pour l’option de TS ? Garder ce qui
marche
bien, changer ce qui ne fonctionne pas bien.
Ne pas
charger la barque. Avoir des intitulés neutres,
aborder les grandes périodes
chronologiques de l’histoire sans
sacrifier les XIXe et XXe siècles, mais procéder à
des rééquilibrages. Ainsi
concevoir des programmes
traitant exclusivement la période de 1989 à nos jours en
Terminale n’aurait aucun sens. Le choix thématique en
Seconde n’est valable qu’à condition
de respecter une grande trame
chronologique indispensable pour situer les événements. Garder le
principe de ne traiter aucune
question au Bac portant sur les dix dernières années, sans
exclure des sujets de longue durée
qui viennent jusqu’à
nos
jours.
En
géographie de Terminale, il est indispensable de
s’intéresser aux Suds beaucoup plus que l’ancien
programme centré sur la notion de grande puissance qui
occultait
d’autres mondes, ainsi qu’aux préoccupations
de notre
planète (ressources, climats, villes, problèmes
alimentaires, construction des territoires), sans chercher
à tout
voir.
Le
projet de programme qui nous a été soumis distingue
bien les
deux disciplines Histoire et Géographie. Mais il
rencontre dans la partie
histoire les plus grandes réserves ou
oppositions sur certains thèmes proposés notamment
la disparition de l’étude de la
naissance du christianisme et
de l’Islam, de la Méditerranée au XIIe siècle en particulier,
des contacts entre l’Occident
et l’Orient au Moyen Age. Un programme plus neutre ? Certains thèmes nouveaux
ouvrent des perspectives
intéressantes à condition
d’être mieux formulées. La géographie a fait aussi l’objet
d’observations et de critiques, mais
globalement le
contenu en
est accepté. Le bureau national a demandé
aux
régionales de réagir dans des délais très courts qui
nous
étaient imposés. Nous les remercions de leur célérité.
Nous
avons fait la synthèse des remarques des Régionales
(21
réponses collectives) que nous avons transmis au
ministère. Bien sûr le Comité a
mis cette question à l’ordre du jour.
Les collègues seront consultés sur le programme
de seconde mis en ligne par le
ministère dès le 26 janvier.
Nous espérons que soient prises en compte les remarques et
critiques formulées.
Comment
utiliser les dispositifs d’accompagnement mis
en place,
quel contenu pour les domaines exploratoires
et
l’option en L. ? Toutes questions sur lesquelles nous
aurons à
débattre. Les instances de l’APHG ont déjà été
appelées
à se prononcer dans l’urgence et la précipitation pour les grandes
lignes d’un programme de seconde, puis
elles le seront rapidement sur
le programme de 1èreavec
cette rupture des 1èreS qui auront une épreuve de Bac à la
fin de l’année scolaire 2011-12.
Les collèges
L’APHG a toujours souligné
l’importance de l’Histoire des Arts et
la convergence avec les autres disciplines dans
la formation des enfants et des
adolescents. La revue Historiens Géographes illustre cette
préoccupation et contribue à l’information et à la formation des
ses lecteurs par ses rubriques
culturelles consacrées aux expositions,
au cinéma, à la B.D., au théâtre et à la musique. Une
épreuve de l’Histoire des arts au
brevet en 3ème est
facultative en 2010 et obligatoire en 2011. Les modalités
de l’évaluation ont été décidées sans
concertation ni expérimentation
préalable. Mesure incohérente puisque
les nouveaux programmes de 3èmenotamment
en Histoire et en Français,
sont marqués par une part plus grande
donnée à l’Histoire des Arts et un
travail conjoint avec d‘autres
disciplines, mais ils n’entreront en application
qu’à la rentrée 2012. Pour que cette
mise en place soit une
réussite, le ministère doit tenir compte de la réalité
des conditions de l’enseignement en collège. Nous
demandons au ministère de revoir les
modalités de cette épreuve.
La réforme des concours
et la masterisation
L’épisode
de la réforme du lycée a montré l’obstination
des
autorités ministérielles, ne bougeant pas sur leurs
certitudes. Le projet de
masterisation des concours a subi une
évolution similaire : la maquette actuelle du nouveau
CAPES est très nocive voire plus
inquiétante que celle
que la
plupart des universitaires ont combattu bec et ongles
l’an dernier. La tâche sera impossible même pour les
bons
étudiants. La seule solution que certains responsables
reconnaissent est que les étudiants fassent une
sixième année, à leurs frais,
pour achever leur diplôme de Master ou passer avec succès le
concours.
L’APHG
a présenté les observations suivantes à partir de sa
commission universitaire qui invite régulièrement les associations
d’Histoire et de Géographie de l’enseignement supérieur
à ces travaux. Le calendrier qui prévoit un concours
de CAPES
en décembre est inacceptable. Un écrit en février
laisserait au moins un semestre pour la préparation de l’oral
et du master. Même dans cette
hypothèse, la réalisation semble
très difficile à mener. A l’oral deux épreuves sont
prévues dont une leçon et une épreuve
sur dossier incluant une
interrogation sur l’éthique du fonctionnaire. L’APHG
estime
que la disparition du commentaire de documents
est très
préjudiciable car cet exercice permet de repérer les compétences
scientifiques et l’esprit critique des étudiants.
Les règles éthiques devraient être enseignées lors du stage
au
contact des élèves.
A propos
des programmes de concours l’APHG rejette la
réduction à deux questions en
histoire dont une d’histoire des arts et à deux questions en géographie.
Elle se prononce pour un minimum des
trois questions dans chacune
des disciplines. En Histoire, il est possible d’envisager deux questions
portant sur deux périodes différentes et un troisième
transversale portant sur les deux périodes
restantes. L’Histoire contemporaine
ne doit pas être permanente,
mais tournante comme les autres périodes. Les questions de
concours doivent bien sûr être larges, sans coller systématiquement aux
programmes du secondaire pour laisser
aux étudiants la possibilité d’accroître leurs connaissances
scientifiques.
Au sujet
des stages ils ne sont plus obligatoires. L’APHG
s’oppose
aux stages en responsabilité durant l’année du
M2. Elle
préconise des stages courts en M1 et M2 avec la
possibilité de faire quelques cours sous la direction d’un
conseiller-tuteur. Les étudiants ne doivent pas être affectés
à des remplacements ponctuels. L’APHG demande le rétablissement de
l’année stage post-concours comportant
9 heures en responsabilité devant les élèves et 9
heures
de formation chaque semaine.
En ce qui
concerne l’Agrégation, l’APHG demande la
connexion entre les programmes
des CAPES et d’Agrégation pour que
toutes les universités puissent préparer aux deux concours, et
conserver leur potentiel de recherche,
déjà fort menacé pour la préparation de concours des
CAPES durant l’année du Master 2.
En cette année du Centenaire, que l’APHG rassemble encore
davantage d’adhérents
On le
voit les chantiers ministériels mal ficelés et sabotés
ne manquent pas, la tâche est
rude ! En ce début d’année, je vous
présente tous mes vœux, pour chacun de vous,
mais aussi pour l’APHG, qui est restée
vaillante comme l’a montré la
fin de l’année, qu’elle continue à mener
des
combats légitimes pour la formation des citoyens
républicains en 2010, que ce soit dans l’enseignement
secondaire ou supérieur mais je
formule aussi des vœux pour les
festivités de notre centenaire qui s’annoncent
sous les meilleurs auspices à Grenoble
et à Paris. Je salue les régionales qui l’associent à leur
journée comme celle de Picardie. Que
cette année du Centenaire puisse
rassembler plus de collègues dans
tous les ordres d’enseignement ! Ceux qui nous ont soutenu par
milliers dans notre campagne qu’ils
franchissent le pas ! L’APHG
est une grande maison mutualiste. Nous avons besoin
du concours du plus grand nombre d’adhérents à l’APHG et d’abonnés à
notre revue « Historiens et Géographes »
qui reste le « vaisseau amiral » bien complétée par le site
national qui a décuplé son audience.
Janvier 2010
1L’Humanité
du samedi 12 décembre 2010 : dans un sondage de l’IFOP commandé par le
journal, plus de 69 % des français condamne
cette mesure. Une confirmation : «
Les parents d’élèves s’inquiètent de la baisse des heures d’Histoire en
Terminale S » titre le Monde selon le sondage CSA réalisé
par le ministère les 6 et 7 janvier, Le Monde samedi 16 janvier 2010.
2Entrevue
au ministère sous la présidence de Robert Marconis.
3Sondage
publié par le ministère de l’Education nationale des 6 et 7 janvier
2010.
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