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C.S. LEWIS Tant que nous n’aurons pas de visage , traduit de l’anglais ( Royaume-Uni ) Anne Carrière , 2011, 324p. , 20,50 euros
Il était une fois… Au-delà du conte, si précieux pour la formation psychologique et culturelle de chacun, se situe le mythe, à la portée plus ample et plus profonde. Ce serait une erreur que de croire en une littérature récente ne s’y abreuvant pas et inapte à des chefs d’œuvre. Clive Staples Lewis ( 1898-1963), émérite oxfordien et ami de Tolkien, est l’auteur des réputées Chroniques de Narnia, dont de récentes adaptations cinématographiques ont ranimé la notoriété. Son ouvrage préféré était néanmoins ce présent livre, réédité sous ses deux versions, pour adolescents et pour adultes ( la version retenue ici) très opportunément par l’éditeur Anne Carrière. Lewis nous offre en effet un magnifique conte dérivé du mythe de Psyché et Cupidon.
Le roi barbare, au sens grec, du lointain royaume de Glome a pour descendance trois filles : l’ainée, Orual, d’une laideur repoussante mais élevée fort sagement par un esclave-conseiller d’origine grecque qui lui insuffle un rationalisme bien éloigné des mentalités locales ; elle est la narratrice d’abord enthousiaste mais lucide puis de plus en plus perplexe de cette histoire ; la cadette fort jolie mais futile et sans horizon culturel ; la benjamine d’une beauté divine, très proche de son ainée, qui la surnomme Psyché, dont le cruel destin est d’être livrée pour conjurer une série de calamités en sacrifice expiatoire à l’ implacable déesse sans visage Ungit. A la totale surprise d’ Orual, Psyché survit grâce à l’amour du Dieu du Vent qui exige d’elle qu’elle ne vive cet amour que dans l’obscurité la plus totale. Psyché a franchi les limites de l’humain pour sombrer selon sa sœur dans la folie, selon elle dans une transcendance à laquelle le commun des mortels ne peut accéder, quelle que soit sa religion. Outre les amateurs du genre, ce livre particulièrement attachant devrait passionner tous les lecteurs enclins à entrer dans un monde certes imaginaire mais apte à transcender le quotidien et son prosaïsme, à entrevoir un absolu qui révèle et transfigure notre existence soumise aux aléas de l’humaine condition, vécue douloureusement et rapportée par Orual. La fin grandiose réserve un fort moment de lecture.
Eric TILL
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