Discours d’Arthur Dénouveaux, 13 novembre 2025, Jardin du 13 novembre
Monsieur le Président de la République, Madame la Maire, chers amis,
Une seule chose réunit toutes les victimes de terrorisme, quelles que soient leurs origines, leurs croyances, leurs religions, leurs cultures : la volonté que cela n’arrive plus jamais à d’autres.
Voilà pourquoi ce soir ce n’est pas tant à vous que je veux m’adresser qu’à la jeunesse. Une jeunesse qui ne sait pas exactement voire peut-être pas du tout ce que nous commémorons le 13-novembre.
En quelques mots, ce sont les pires attentats sur le sol français depuis des décennies, une tuerie perpétrée par des djihadistes dont beaucoup sont nés comme nous en France et en Europe. 132 morts. Des centaines de blessés physiques et des milliers de traumatisés qui se sont rendus compte il y a 10 ans que leur vie ne pourrait plus jamais être comme avant. Nous n’avions pas de chemin tracé alors nous avons fait ce qui nous semblait le plus humain. Au-delà du malheur, ce qui compte c’est ce que nous en avons fait.
Nous nous sommes rassemblés, d’abord dans des cérémonies un peu comme celle de ce soir. Je nous revois le 27 novembre 2015 dans la Cour des Invalides, nous regardant sans nous connaître, jaugeant nos malheurs respectifs. Puis vint le temps du rassemblement, celui des associations, des combats, des commémorations. Nous avons fait fraternité.
Ensuite nous nous sommes mis entre les mains d’institutions : médecine, fonds de garantie et surtout justice. Nous avons témoigné partout de notre douleur et de notre difficulté à discerner un avenir heureux. A la barre de notre grand procès nous avons étalé nos douleurs mais aussi et surtout rappelé devant nos bourreaux que nous ne céderions jamais. Et ils nous ont écoutés, ont répondu aussi. Nous leur avons montré, devant la loi, la force de l’égalité.
Reste aujourd’hui, 10 ans après la question de pouvoir se détacher du drame. Le peut-on quand on est endeuillés ? Le doit-on ? Chacun y trouvera la réponse qu’il veut ou qu’il peut mais, nous qui sommes liés par ce drame ne pouvons que constater une chose. Heureux ceux qui ont toute leur liberté.
J’aurais aimé vous dire que l’espérance nous avait portés mais c’est faux, elle ne trace aucun chemin. Les Grecs nous avaient d’ailleurs avertis : elle faisait partie des maux de la boîte de Pandore. Au fond, nous, nous n’avons rien à vous proposer d’autre qu’une exigence, celle de vivre, en société, selon les valeurs et les lois qui ont fait de la France et de sa démocratie un modèle. Nous n’avons pas de remède contre la claustrophobie de ce présent que le passé n’éclaire plus et dont le futur semble insaisissable. Mais nous avons appris une chose, on ne défend bien que ce qu’on aime.
Défendre la vie dans ce qu’elle a de plus beau c’est refuser de céder à la peur, refuser de croire que l’on peut aller plus loin seul qu’ensemble, refuser de croire que l’on peut s’abstenir de réfléchir. Mais c’est aussi beaucoup plus que refuser, c’est aimer. Aimer l’humour, aimer la transmission, aimer autrui. Aimer enfin ceux qui se plient aux lois. Les autres, il faut les combattre sans pitié.
Il ne faut pas souhaiter laisser un monde meilleur à nos enfants, il faut se battre tous les jours pour habiter un monde meilleur avec eux. Maintenant, et sans répit, ne rien céder, ne rien relativiser. Les 132 noms derrière moi vous le disent avec beaucoup plus de force : la vie est si fragile, il faut l’aimer. Aimons-nous. Et merci à ceux qui nous aiment depuis 10 ans.
Les services d’Historiens & Géographes - 18/11/2025











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