1917, la révolution bolchévique
Compte-rendu de lecture
Le 30 août 2018
COURTOIS Stéphane (sous la direction de), « 1917 La révolution bolchevique », Communisme, Paris, Vendémiaire, 2017, 317 p.,
26 €.
Communisme, publication trimestrielle fondée en 1982, annuelle depuis 2013, livre régulièrement des études sur le communisme dans le monde, associant chercheurs français et étrangers. Centenaire oblige, Stéphane Courtois dirige et introduit ces démarches, sans résumés, regroupées en deux grands volets, non distingués dans la table des matières. Le premier ensemble comprend huit textes sous le titre « Du putsch bolchevique au parti-état totalitaire » consacrés à divers aspects des événements en Russie.
Parmi les apports, retenons la relecture par Jean-Louis Panné des lettres du social-démocrate Kritchevski, envoyé spécial de l’Humanité en Russie après la révolution. Le deuxième volet « Le charme universel d’octobre », titre emprunté à François Furet, regroupe sept contributions portant sur les premiers pas de l’Internationale communiste et les réactions en Chine et en Europe (France, Allemagne, Hongrie, Italie).
Stéphane Courtois donne, dès son introduction, la tonalité de l’ouvrage, différence de celle, édifiante, écrite par « certains attardés, y compris historiens universitaires ». On retrouve constamment dans ces articles une volonté de sortir d’une analyse manichéenne pour faire comprendre la réalité de l’édification de la révolution radicalisée mise en œuvre par Lénine et les bolcheviks. Leur victoire s’inscrit dans une réalité sociale marquée par les conséquences de la guerre et l’aspiration à la paix, l’aggravation de la marginalité (alcoolisme populaire en Russie) mais aussi l’occasion pour certaines aspirations émancipatrices (pour les femmes notamment). Face à cette situation, les militants bolcheviks conjuguent l’impatience et la clairvoyance. L’extension dans le monde capitaliste du processus révolutionnaire abandonnée, il restait à se replier sur le pays. Il en résulta des insatisfactions que les bolcheviks réprimèrent, moments de formation pour beaucoup d’exécutants des phases brutales de la période suivante. Si d’autres choix se précisent dans le Parti l’exclusion peut intervenir. L’Armée Rouge fut créée pour combattre les adversaires à l’intérieur et à l’extérieur, et au besoin pour exporter la révolution. Lors de la guerre civile, les qualités militaires de cette armée furent acquises grâce aux officiers de l’ancien régime d’où la surveillance de ceux-ci, là encore par la force. Quand après la guerre civile, la conscription se généralisa, l’appareil policier se maintenant, l’espoir d’une armée nouvelle s’effaça.
La tentative de « subversion des pays belligérants » lors de la négociation de l’arrêt de la guerre réussit à accélérer dans le monde les partisans de la paix, utopie qui devenant réalité, attire des sympathies souvent de courte durée. Loin d’avoir un questionnement unique, le panorama de la deuxième partie de l’ouvrage éclaire les motivations et les résultats de la politique du Komintern, en fait de plus en plus du pouvoir soviétique. Souvent le long terme est choisi pour démontrer les continuités et surtout les ruptures. Ainsi Yves Santamaria expose les inflexions de la lutte pour la paix depuis l’héritage des conceptions de Marx jusqu’aux rapports avec les mouvements anticolonialistes de la période récente et les héritages, y compris des formules reprises récemment par les Indigènes de la République. L’ouverture des archives de l’Internationale a permis de modifier profondément les analyses de l’action pour établir la subversion communiste au moins dans la vingtaine d’années qui suivent sa création. Les résistances de la société hongroise illustrent les échecs de la République des Conseils en Hongrie comme le démontre l’article de Catherine Horel. La « greffe » ne prend pas comme dans d’autres pays, en dépit des « généreuses mesures sociales ».
Faute d’être concentrés sur les événements révolutionnaires autour de 1917, la plupart de ces articles reprennent les grands acquis de travaux qui marquèrent depuis une trentaine d’années.
Lien de l’éditeur
© Jacques Girault pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 24/08/2018.
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