50 histoires de mondialisations

Compte-rendu de lecture / Géohistoire
Le 14 janvier 2019

Vincent CAPDEPUY, 50 histoires de mondialisations, de Neandertal à Wikipédia, Collection Essai Histoire, Alma éditeur, Paris, 2018, 472 pages.

C’est un ouvrage original mais passionnant que nous présente Vincent Capdepuy, jeune spécialiste de géohistoire. En effet, ce n’est pas un exposé continu de l’évolution des structures et représentations spatiales à travers les siècles, mais la présentation volontairement éclatée de cinquante exempla, de fragments de mondialisations à des moments, dans des lieux et selon des extensions et organisations spatiales très différents, des premières migrations de l’homo sapiens il y a 500 000 ans aux empires de l’Antiquité, des réseaux du commerce triangulaire des XVII-XVIIIe siècle jusqu’au « monde façon puzzle » de Wikipédia. Chaque chapitre, court, s’appuie sur un ou plusieurs documents : cartes, schémas, relations de voyageurs, textes officiels, modèles spatiaux. Vincent Capdepuy essaie de montrer comment ces documents rendent compte d’une conception du monde, ou d’un monde, d’une représentation d’un territoire, d’un réseau, d’une structure mentale, des relations avec les autres espaces. L’analyse est menée selon cinq pistes possibles que l’on retrouve inégalement dans chaque situation : l’outrepassement du monde (le désir de dépasser les limites spatiales du monde existant) ; la représentation du monde ; le tissage du monde (par les échanges, les réseaux) ; le rétrécissement du monde (quand des territoires se ferment, s’isolent, se déstructurent) ; l’ordonnancement du monde (les tentatives de donner un ordre, une ou des organisations au monde). On peut suivre des chapitres chronologiquement, ou sauter de l’un à l’autre en fonction de la piste retenue, avancer, revenir en arrière. Ce livre fonctionne comme un hypertexte, un « ouvroir d’histoires », qui suppose l’activité consciente du lecteur. L’un des principaux intérêts de cet ouvrage est que beaucoup de ces histoires éclatées sont résolument décentrées par rapport à l’Europe et à la vision européocentrée qui a longtemps dominé dans les histoires mondiales. Nombre de chapitres présentent les visions du monde, les espaces, les réseaux des habitants de l’Asie orientale (Chine, Japon…), de l’Asie centrale (Empire mongol), de l’Océan indien (Madagascar, etc), de l’Océanie (la prophétie de Vaita sur l’arrivée d’un navire inconnu), etc. On reste confondu par l’érudition dont fait preuve l’auteur, le nombre de témoignages, réflexions représentations tirés d’ouvrages enfouis dans des bibliothèques anciennes dans le monde entier, tous repérés sur des globes simplifiés. C’est d’ailleurs là le reproche principal que l’on pourrait faire à cet ouvrage. Le lecteur se sent frustré de ne pas voir reproduits les cartes, mappemondes, réseaux anciens évoqué dans le texte. Problème de droits ? De place ? Mais dans la démarche active prônée, on aurait aimé pouvoir vérifier par soi-même la pertinence des analyses sur les documents de base, difficiles d’accès pour la plupart. Il reste un ouvrage passionnant, stimulant, dérangeant quelquefois, qui permet de mieux comprendre la (les) mondialisation(s) en tant que processus éminemment spatial. lien éditeur 4136otgqtgl._sx358_bo1_204_203_200_.jpg © Gérard Hugonie pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 14/01/2019.