A propos du sujet de la dissertation d’histoire du Capes 2015 Point de vue

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La Rédaction du site internet national et de la revue Historiens & Géographes publie une série de tribunes libres afin d’ouvrir le débat dans le cadre des réflexions de la communauté éducative. Ces textes proposent des points de vue, des analyses qui appellent à la discussion. Ils n’engagent ni l’association ni la Rédaction.

Nous publions ci-après deux réactions suite au sujet de dissertation d’Histoire du CAPES 2015 : « Les engagements civiques, intellectuels et sociaux des républicains en France, de 1815 à 1899 » (thème étudié : Citoyenneté, république, démocratie en France de 1789 à 1899).

Les services de la Rédaction via Franck Collard, Professeur des universités et Vice-président national de l’APHG. Le 04/04/2015, tous droits réservés.

Le sujet de la dissertation d’histoire du Capes 2015 : un choix aberrant [1]

"Chères et chers,

Je me suis modestement battu depuis le début d’une mauvaise réforme pour que les questions du CAPES soient alignées sur celles de l’agrégation, par bon sens et ambition républicaine réunis. La bataille semblait gagnée. Le second temps pouvait être la réintroduction des quatre périodes comme socle du savoir scientifique des futurs collègues.

Je me suis expliqué devant vous l’année dernière sur l’importance de penser la modernité comme socle de la question d’histoire contemporaine qui engageait la question de la citoyenneté de la république et de la démocratie que tous nous rencontrons, sous des visages différents, depuis le XVIe siècle. Certains d’entre vous fort légitimement, avaient manifesté leur souci de voir la question de moderne disparaître.
C’est ainsi que le président du jury d’agrégation a choisi, après proposition de son directoire, le sujet que j’avais composé et proposé avec la vice-présidente du jury. Monsieur l’Inspecteur Général Poncelet a choisi notre sujet, ce dont je lui suis reconnaissant, incluant la période 1789-1815.

Quel n’est pas mon étonnement pour demeurer dans un langage politiquement correct à la lecture du sujet du CAPES portant sur l’engagement républicain et commençant …en…1815.
Pour ceux qui parmi nous donnent un enseignement commun ou séparé aux candidats des deux concours, ce sujet est tout simplement stupide, je mesure hélas le sens du terme ! Il met en porte à faux tous les collègues modernistes qui ont participé à la préparation de la question jouant le jeu d’une discipline républicaine pour le bien des étudiants, il n’a aucun sens par rapport à la volonté proclamée partout que le CAPES doit préparer à un métier où la fusion des périodes doit être abordée, pire que tout, il met en grande difficulté les candidats du CAPES : on ne peut que se demander comment ils ont du construire leur première partie sans évoquer longuement l’héritage de la Révolution et de l’Empire ? Quelle a pu être leur réaction alors que bien des correcteurs leur avaient répété qu’un sujet de CAPES avait vocation à englober toute la période, indépendamment du fait que pour la troisième année c’est l’histoire contemporaine qui sort… si l’on veut “contemporanéiser” toujours davantage l’enseignement secondaire, le message est on ne peut plus clair…

En tant qu’ancien professeur (heureux) de collège et de lycée et donc professeur de géographie d’histoire et d’EDUCATION CIVIQUE, je me demande quel est le sens de cette volonté manifeste d’écarter l’histoire moderne, l’histoire de la Révolution française de ce sujet qui, présenté ainsi, n’a ni sens intellectuel, ni valeur de préparation professionnelle, ni perspective civique…"

Votre dévoué vice-président de l’AHMUF et directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française,
Pierre Serna
Site de l’AHMUF.

Réaction de Marc Belissa, Maître de conférences, directeur de recherche à l’Université de Paris Ouest Nanterre, membre du CCD. [2]

« Je m’associe pleinement à la protestation de Pierre Serna relayée par Annie Duprat (voir ci-dessus. NDLR). Sans revenir sur l’énormité intellectuelle et historiographique de cet intitulé déjà évoqué par nos deux collègues, j’ajouterai que tous les préparateurs au CAPES ou à l’Agrégation insistent quotidiennement dans leurs cours sur le fait que les sujets d’écrit du CAPES (et même d’agrégation) portent toujours (jusqu’à hier semble-t-il…) sur la totalité de la séquence chronologique au programme. Je n’ai pas souvenir, depuis plus de quinze ans que je participe à la préparation des concours, qu’un sujet d’écrit n’ait porté que sur une partie de la séquence chronologique au programme. La périodisation du sujet sur les engagements républicains contredit donc totalement ce que nous répétons à longueur d’année aux candidats. Pour qui passons-nous auprès de nos étudiants ? Ce sujet est un véritable camouflet à tous les préparateurs modernistes — à tous les préparateurs en fait — ayant participé à cette nouvelle question (...) »

Marc Belissa - Tous droits réservés.

Voir en ligne : L’Association des historiens modernistes des universités françaises (AHMUF).

Les services de la Rédaction - 04/04/2015. Tous droits réservés.

Illustration : Bibliothèque Sainte-Geneviève - Paris, source

Notes

[1Article publié sur le site de l’Association des Modernistes des Universités Françaises - 2/04/2015 - tous droits réservés. Via Franck Collard et Pierre Serna. http://ahmuf.hypotheses.org/3625

[2Tous droits réservés - 03/04/2015. Avec l’aimable autorisation de l’auteur.