Amédée de la Patellière ou « les Éclats de l’ombre » Musée des Beaux Arts de Nantes

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Exposition Amédée de la Patellière (1890-1932) - Chapelle de l’oratoire de Nantes.
Jusqu’au 25 janvier 2015, ouvert tous les jours sauf le mardi entre 10 h et 18 h, le jeudi jusqu’à 20 h.

Les commissaires de l’exposition sont Blandine Chavanne, directrice du Musée, Claire Lebossé et Patrick Descamps.

Compte-rendu de Brigitte Defernez à Nantes pour Historiens & Géographes et l’APHG.

Cette exposition met en lumière une figure importante, mais discrète de la scène artistique de l’Entre-deux-guerres, Amédée de la Patellière.

Le Musée conserve 35 œuvres de l’artiste et offre avec Les Eclats de l’ombre un panorama complet de la carrière du peintre, né à Vallet, près de Nantes.

Cette rétrospective rassemble plus de 40 pièces dont les tableaux et des œuvres sur papier. Elle est coproduite avec La Piscine de Roubaix, Musée d’art et d’industrie André Diligent, dans le nord, le Musée départemental de Beauvais dans l’Oise et le musée du Mont-de-Piété de Bergues, également dans le Nord.

Le peintre est né en 1890 à Vallet, dans le vignoble nantais, marqué par la Première Guerre mondiale qui le mobilise pendant cinq ans. La Patellière vient d’une famille de noblesse terrienne. Il tombe malade dès 1914. Envoyé en particulier en Afrique, la Grande Guerre l’atteint au plus intime de lui-même (trauma et paludisme). Pendant le Grande Guerre il ne peint guère. Mais il écrit beaucoup. Sa vie a été courte ; il décède à peine 40 ans plus tard en 1932.

Amédée de la Patellière va développer une œuvre singulière, caractéristique avec sa manière brune « le noir et le blanc sont le propre d’une peinture spirituelle (…), la lumière contre les ténèbres », La Patellière s’empare des éléments du quotidien, en particulier du monde paysan, pour recréer un univers ancré dans une réalité ordinaire d’où il fait émerger parfois des figures mythiques comme la déesse Europe ou Saint Antoine (L’enlèvement d’Europe et la Tentation de Saint Antoine). Plusieurs thèmes sont abordés, mais pas de façon chronologique. Certaines œuvres (dessins) ont été offertes par la famille qui s’est retrouvée autour de leur ancêtre au Musée. Ils étaient 30 descendants du peintre.

Claire Lebossé, commissaire de l’exposition présente une analyse de sa peinture. C’est un mélange de réalisme et d’allégorique. La palette est sombre (héritage du cubisme), dans les couleurs marron. Les yeux ne sont jamais définis. Il y a toujours des bijoux et l’importance est donnée au clair obscur. On peut y voir l’influence du mysticisme allemand. La Patellière va travailler dans divers ateliers. Il en a 4 autour de Nantes et un à Paris. Ses lectures vont être tout autant celles de Saint Thomas d’Aquin que de Huysmans.

Souvent il peint son chevalet avec une toile blanche. Les animaux prennent aussi une grande place dans ses toiles Ils représentent les vertus. Ces toiles tournent autour de la vie rurale, associée à la guerre. Des personnes dorment proches de la mort (le Dormeur du val). Le côté onirique ressort à chaque fois. On reconnaît l’influence de Cézanne, de Picasso. Dans son œuvre Bethsabée, on peut penser aussi à Rembrandt. C’est un peintre plus mystique que religieux. Si l’on veut analyser de plus près les toiles, l’absence est figurée par le chapeau. Le cheval comme animal est privilégié sachant que l’artiste est un cavalier émérite.

Les toiles de Saint Antoine, celle de l’enlèvement d’Europe sont parmi ses toiles maîtresses. Il connaît bien le poète Ovide « Toujours le peintre hausse le réel à la hauteur de la légende ». Entre 1920 et 1922, c’est la période de ses grandes compositions, mais il n’en reste rien. Une autre toile intéressante, ce sont les Mascarades où l’on reconnaît la présence d’une charmille. Ce qui l’intéresse, c’est moins les personnes que le côté fantastique.

On peut admirer les scènes au bord de l’eau (personnes qui nagent tout en restant dans l’immobilité), Deux femmes au violon (œuvre de 1929), fusion du corps avec la nature et qui reflètent un état d’âme, une scène d’apocalypse où l’on remarque le soleil noir (inspiré de Gérard de Nerval).

En bref l’oeuvre de ce peintre, réalisée sur une période de dix ans étonne par sa diversité et son originalité dans la peinture française de l’Entre-deux-Guerres. Dans le même temps, on peut établir des rapprochements avec Derain, Segonzac et Dufresne.

© Brigitte Defernez
Historiens et Géographes.Tous droits réservés, le 22 novembre 2014

Nantes
Musée des Beaux Arts
Exposition jusqu’au 25 janvier 2015