Après le Tour de France... « Tommeke, I’m just a big fan » Compte rendu culturel de la Rédaction

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Par Yohann Chanoir. [1]

Voici un compte rendu qui intéressera les fans de cyclisme mais aussi les collègues qui voudront faire travailler leurs élèves sur la passion qu’un sport peut susciter.

La Grande Boucle 2018 est bouclée. Cette année, le Tour a été marqué non seulement par une certaine désaffection du public mais aussi par une attitude moins courtoise. L’étape Bagnères-de-Luchon-Saint-Lary-Soulan a souligné ainsi l’hostilité très nette d’une fraction des spectateurs envers quelques participants. Une partie de l’assistance n’a pas hésité à brandir bien haut un certain doigt au passage de Froome. Il est évident que les affaires récurrentes de dopage et de contrôle anormal ont placé le Tour et le cyclisme dans une atmosphère délétère. En quelques années, la fête populaire a perdu de son éclat. Ce contexte pesant s’avère toutefois propice pour se rappeler que le vélo continue de susciter une ferveur incroyable autour de ses figures emblématiques.

Deux fans, une idole, une course

Ce documentaire de La Bordure, association sympathique et active, s’intéresse ainsi à deux fans du coureur Tom Boonen. Boonen, alias Tommeke, est un peu l’équivalent belge de notre Richard Virenque. Il a couru aussi pour la formation Quick-Step Floors et il possède un palmarès long comme un col alpin : un championnat du monde, trois Tour des Flandres, quatre Paris-Roubaix… En Belgique, Boonen est une icône, avec son temple et ses prêtres. Le film s’intéresse à deux fans que tout oppose. L’un est Wallon, l’autre est Flamand. L’un est un jeune journaliste, l’autre est un ouvrier installé dans la cinquantaine. L’un est volubile, l’autre est plutôt taiseux. Mais tous deux communient, et le mot n’est pas trop fort, dans l’adoration d’une même figure, celle de Tommeke. Le premier est devenu journaliste pour avoir un jour la chance d’interviewer son idole. L’autre prend des congés pour le suivre et collectionner les signatures sur sa banderole devenue un emblème familier. Le documentaire suit les deux disciples lors de la dernière participation de Tommeke à Paris-Roubaix au printemps 2017. Leur champion va-t-il décrocher un nouveau titre et pulvériser le record de victoires dans cette classique ? Il y a aussi une part de suspense dans ce documentaire.

La psychologie des foules

Si le documentaire conserve sa focale sur les deux big fans du coureur belge, la caméra ne dédaigne pas filmer de temps à autre le reste de l’assistance, plutôt nombreuse. Ceux qui verront le film seront étonnés de la ferveur incroyable que suscite la moindre apparition de Tommeke ou de l’émotion que sa présence suscite. On voit, par exemple, des jeunes supporters chanter le nom de leur champion avec une mélodie qu’un abus de houblon dénature quelque peu. Boonen est une véritable star du plat pays, au même titre que les Red Devils ! Un des intérêts de ce documentaire est de le révéler ou de le rappeler. Mais le film montre également que la petite Reine sait encore nourrir la ferveur populaire, sans laquelle d’ailleurs les souveraines ne le restent pas longtemps. I’m just a big fan est aussi un rappel de cette évidence qu’il ne faudrait pas trop oublier.

  • Réalisation : Laurent Galinon, Florian Pigeon, Nicolas Loth
  • Production : La Bordure
  • Durée : 54 minutes
  • Année : 2018
  • Prix : 6,90 €
  • Pour commander le film : http://boutique.labordure.fr
Tommeke, I’m just a big fan, film réalisé par Laurent Galinon, Florian Pigeon et Nicolas Loth, disponible en téléchargement (6,90€) sur labordure.fr. DR

© Yohann Chanoir pour Historiens & Géographes - Tous droits réservés. 20/08/2018.

Notes

[1Agrégé d’Histoire, Professeur d’Histoire-Géographie en section européenne allemand au Lycée Jean-Jaurès de Reims, Secrétaire de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes.