Aux premières heures du monastère de Brou Compte-rendu de la rédaction

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Laurence Ciavaldini Rivière, Aux premières heures du monastère de Brou. Un architecte, une reine, un livre, Paris, Picard, 2014, 280 p., bibliographie, index des noms de personne, très nombreuses illustrations, 49 €.

L’ouvrage, dû à une éminente professeure d’Histoire de l’Art de l’Université Grenoble II – Pierre Mendès-France, est entièrement consacré au livre d’heures réalisé pour Lodewijk Van Boghem (1470-1540). Cet architecte servit de maître d’œuvre pour la construction de l’église de Brou, à Bourg-en-Bresse, sur l’ordre de Marguerite d’Autriche, entre 1506 et 1532.

Cette dernière (1480-1530) était le second enfant et première fille de l’empereur Maximilien de Habsbourg et de Marie de Bourgogne. D’abord fiancée à Charles VIII, elle épouse en 1497 Jean d’Aragon, héritier de l’Aragon et de la Castille, qui meurt au bout de six mois, puis, en 1501, Philibert II le Beau, duc de Savoie, dont le territoire contient Bourg-en-Bresse. Ce second mari meurt d’un accident de chasse en 1504 ; c’est alors que Marguerite s’établit à Bourg et fait édifier un magnifique monastère en mémoire du défunt. Régente pour son neveu Charles de Habsbourg, elle joue un rôle important en achetant les électeurs qui permettent à ce dernier de devenir l’empereur Charles Quint en 1519. L’on comprend que l’architecte de son monastère ait eu les moyens de s’offrir le Livre d’Heures en français ici étudié.

L’ouvrage commence par l’étude codicologique du manuscrit dont les dix-neuf enluminures sont reproduites, ainsi que plusieurs pages contenant des majuscules historiées, ce qui est le cas de toutes celles du manuscrit. L’un des apports majeurs de l’auteure est de démontrer, par la parenté avec des ouvrages imprimés à Lyon, que le livre étudié a été fabriqué dans cette ville, l’une des capitales du marché du livre de la première moitié du XVIe siècle. L’auteure parvient à cette conclusion tant par l’analyse textuelle du contenu que par l’étude des manuscrits et livres imprimés contemporains.

Ce préalable traité, contraire à l’essentiel de la littérature existante, Laurence Ciavaldini Rivière étudie de façon aussi remarquable la façon dont Lodewijk Van Boghem fut « l’architecte de son livre d’or », ce qui aboutit à un « système décoratif » qui constitue « un parti original et inédit dans l’histoire de l’enluminure ». L’architecte a fait ainsi inclure des enluminures peu courantes dans ce type de livres, les Quatre Martyrs couronnés, les saints patrons de sa famille et sainte Brigitte de Suède. L’analyse stylistique permet d’émettre l’hypothèse de deux mains différentes pour les cadres, mais une seule pour les enluminures qui y prennent place. L’auteure démontre en effet que Lodewijk Van Boghem a non seulement déterminé la conception globale de l’enluminure, mais aussi personnellement réalisé les marges et le cadre pour sainte Brigitte. Quant au peintre, elle le trouve en Jean Boachon, peintre de vitraux et de panneaux. Enfin, Laurence Ciavaldini Rivière traite de Lodewijk Van Boghem comme architecte et artiste.

Bref, un ouvrage passionnant, qui joint un texte d’une grande rigueur scientifique une illustration de belle qualité et qui instruit le lecteur sur maints aspects de la production artistique de la première moitié du XVIe siècle.

Michel Kaplan pour Historiens & Géographes

© Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 25/03/2016. Tous droits réservés.