De l’art du gazon (épisode 8) Chronique de l’Euro

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La Rédaction du site internet de l’APHG et d’Historiens & Géographes publie en plusieurs parties une tribune libre sur l’Euro de Football dont la 15e édition se déroule en France, du 10 juin au 10 juillet 2016... A suivre !
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Par François da Rocha Carneiro [1]

Merci à Vincent Magne...

Il en est du football comme de toute la vie : être historien est une forme de handicap non-reconnu socialement. Lorsqu’on est atteint de cette étrange malformation, il n’est pas possible de voir, de vivre, d’agir sans penser à une situation antérieure semblable et sans avoir le réflexe de dresser une temporalité multiple expliquant la chose. Certains pensent que notre phrase favorite est « oui, enfin non, c’est plus compliqué que cela », phrase que nous prononcerions avant de nous lancer dans des analyses complexes des phénomènes et des causalités.

Prenons l’exemple des accessoires du football. Ce sport a besoin d’autres éléments que le seul corps des joueurs pour être exercé. Trois d’entre eux ont ainsi été remarqués négativement pendant le match entre la France et la Suisse, dernière rencontre de la phase de poules pour les Bleus.

Les premières critiques se sont portées sur l’état de la pelouse. Des commentateurs ont pu être scandalisés, un comédien publicitaire s’autoproclamant expert incontournable parlant de « honte » dans un de ses tweets qui sont au football ce que France-Dimanche est au journalisme d’investigation, un duo sur une chaine spécialisée évoquant le terrain comme étant le « bureau des footballeurs »,... La pelouse était en effet dans un état lamentable, les mottes de terre volaient à chaque tacle, le ballon rebondissait à contre-temps, les joueurs glissaient sans cesse. C’est là pourtant un problème récurrent dans ce très beau stade qu’est « Pierre-Mauroy » et nul ne l’ignorait parmi les autorités du football ! Mais ce sport est-il fait pour être pratiqué sur une moquette ? L’expérience des pelouses synthétiques a montré ses limites, le terrain devenant fusant pour le ballon et dangereux pour les hommes... Le spectacle doit aujourd’hui être parfait et on oublie la nature même du football, un jeu inventé sur des terrains de fortune, pas toujours plats, pas toujours parfaitement rectangulaires, pas toujours très verts. Pour autant, quand on a en tête le prix des places et plus encore les multiples droits que la dictatoriale UEFA s’arroge, il est de bonne guerre de dénoncer l’état désastreux d’une pelouse dont elle a choisi jusqu’au fournisseur slovaque de l’entreprise autrichienne imposée à Elisa, la filiale d’Eiffage propriétaire du stade.

L’équipementier Puma a raté l’occasion d’une publicité largement diffusée lors du France-Suisse. L’état des maillots des joueurs suisses, déchirés au moindre accrochage, a pu laisser croire à des tenues en papier crépon… Ah, les maillots ! Mar Del Plata, 1978. L’équipe de France doit jouer son dernier match de poules contre son homologue hongroise. Un qui pro quo oblige les partenaires d’Henri Michel à renoncer au maillot blanc qui était prévu. En absence d’un autre jeu, laissé à l’hôtel à Buenos Aires, ils n’ont comme seul recours que de revêtir la tenue d’un club de la banlieue de Mar Del Plata, le Kimberley FC, après plusieurs minutes d’incertitude. C’est ainsi que Gérard Janvion et Claude Papi se retrouvent à jouer dans des maillots blanc et vert.

A la 54e minute, alors qu’Antoine Griezmann approchait de la surface de réparation adverse, le ballon fut bloqué par un défenseur suisse. Les pieds de l’arrière helvétique et de l’attaquant français eurent raison du ballon qui explosa. Un ballon qui explose. Comment ne pas penser alors aux récits de guerre de Raymond Dubly, lui aussi ailier gauche de l’équipe de France ? Fait prisonnier par les armées d’occupation à Roubaix en 1915, il passe plusieurs mois au cachot avant d’être transféré au camp de Cottbus. « Min ptit Raymond », comme il est surnommé (il ne mesure qu’un mètre soixante), y reçoit des colis du Comité des régions envahies, au sein desquels se trouvent des ballons. Ce ne sont cette fois pas les crampons mais les fils de fer barbelés du camp qui ont raison de « ces pauvres boules de cuir ».

Enfin, ces poteaux que les ballons français ont bien souvent trouvés hier [2], en particulier Dimitri Payet à l’issue d’une superbe course de 60 mètres de Moussa Sissokho… Tout amateur français de football, à l’évocation des barres, pense aux célébrissimes poteaux d’Hampden Park à Glasgow, même sans avoir vu le match entre Saint-Etienne et le Bayern de Munich. A cette finale de coupe d’Europe est resté accolé le souvenir de ces « poteaux carrés » au point qu’ils sont aujourd’hui exposé comme objet fétiche du musée consacré à l’histoire des Verts.

Et si tous ces accessoires du football nous invitaient à proposer une micro-histoire du football ?

A suivre...

© François da Rocha Carneiro - Tous droits réservés. 20 juin 2016.

Voir en ligne :

© Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 21/06/2016. Tous droits réservés.

Notes

[1Secrétaire général adjoint de l’APHG, Membre de la Rédaction d’Historiens & Géographes, « chronique sportive ».

[219 juin, NDLR.