Droit de réponse à M. Péan sur l’ouvrage « Ma Petite France » Tribune libre

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La Rédaction du site internet national et de la revue Historiens & Géographes publie une série de tribunes libres afin d’ouvrir le débat dans le cadre des réflexions de la communauté éducative. Ces textes proposent des points de vue, des analyses qui appellent à la discussion. Ils n’engagent ni l’association ni la Rédaction.

Par Jeoffrey-Gaylord Remaud. [1]

Ayant appris grâce à d’aimables collègues que j’étais cité dans le dernier ouvrage de M. PÉAN, « MA PETITE FRANCE » [2], précisément aux pages 293 et 295, j’aimerais réagir. En guise de préalable, n’ayant pas la célébrité de M. PÉAN, je dois dire qu’il n’est pas dans mes habitudes, par simple civilité, de désigner mes concitoyens ni d’être désigné moi-même par mon simple nom de famille, sans le faire précéder de la mention « Monsieur ». Quoi qu’il en soit, ne faisons pas de procès d’intention, peut-être n’est-ce qu’un oubli typographique… Il est dommageable qu’il soit suivi aussitôt d’une seconde erreur aisément vérifiable puisqu’il évoque le collège d’Anjou : tout sabolien aura bien évidemment reconnu le collège Anjou.

A mes yeux, le plus important est que, comme tout enseignant d’Histoire-géographie, j’ai à cœur la vérité et la précision, ce qui est, je n’en doute pas, en tant que journaliste d’enquête, également le cas de M. Pierre PÉAN. En toute honnêteté, je dois rappeler le fait que M. PÉAN, a dû, à une ou deux reprises me contacter par téléphone lors de l’enquête qui a précédé l’écriture de son ouvrage. Je me souviens particulièrement de la brièveté de l’un de ces échanges survenu en salle des professeurs lors d’une récréation… donc entre deux cours.

Or, la description faite par M. PÉAN de la cérémonie du 11 novembre 2010 n’est pas le reflet de l’exacte situation. Bien qu’arrivé fraîchement en Sarthe alors (en 2008) et en poste à Sablé depuis la rentrée de septembre 2010, je me souviens pleinement de cette journée.

S’il est vrai qu’à l’invitation de M. Rémi ALLAIN (du souvenir français et non du souvenir national comme le dit M. PÉAN) et de Mme Aline CONFIAC alors élue sabolienne et principale du collège Anjou, j’étais présent ce jour-là avec quelques uns de mes élèves de 3e, c’était essentiellement dans le but de partager avec eux l’intensité de cette cérémonie et ainsi dans une optique de parcours de citoyenneté leur faire vivre pleinement les valeurs de la République et l’esprit de défense. Les élèves de 4e présents, étaient, eux, encadrés par M. CAROBBI professeur d’histoire-géographie et M. BONDU, professeur de lettres modernes, et présents dans le cadre d’un itinéraire de découverte, portant sur la période de la 1re guerre mondiale, dont la qualité des travaux a été saluée. M. PÉAN aura confondu les deux. Par ailleurs, respectueux du bon déroulement de la cérémonie, il ne m’aurait pas paru de bon aloi de me lancer dans une longue explication en direction des élèves en plein milieu de celle-ci.

Pour revenir sur la période évoquée par le livre de M. PÉAN, je me dois de dire qu’il m’a questionné sur l’enseignement qui en était fait en classe. Il cherchait à savoir si les épisodes tragiques de sortie de guerre, tels que « l’épuration », tout particulièrement à Sablé, étaient évoqués. Je me souviens parfaitement lui avoir répondu que malgré ma connaissance partielle de l’histoire locale, étant fraîchement arrivé ; et malgré l’étendu du programme à transmettre, grâce entre autre au travail d’associations comme PASSÉ SIMPLE, je l’évoquais clairement sans rentrer dans les détails par respect des familles, aussi bien dans mes cours sur la 2nde guerre mondiale que dans l’encadrement du CNRD, Concours National de la Résistance et de la Déportation.

Aussi, en me gardant bien de critiquer le livre de M. PÉAN, qu’en raison entre autres du surcroît de travail lié à la Réforme du Collège, je n’ai pas eu le temps de lire dans sa totalité, je dirais qu’il faut raison garder raison et ne pas, surtout par les temps qui courent, succomber à la tentation de faire du « Sablé bashing ». En effet, aujourd’hui comme hier, dans la communauté sabolienne, il y a eu des personnages héroïques (je pense bien évidement aux camarades tombés et pour n’en citer que deux, des Raphaël Elyzé ou Henri Royer), des attentistes et pour parler poliment des individus méprisables qui profitèrent des « circonstances ».

Par égard pour la population de Sablé et pour les premiers, il ne me semblerait ni honnête ni respectueux, sans jamais les occulter, de ne garder en mémoire que les individus de la dernière catégorie. Sablé-sur-Sarthe fut à cet égard, en 1944-1945, et cela légitime la démarche historique de M. PÉAN, un bon exemple de ce qui se passa un peu partout dans « une ville ordinaire sous l’occupation », un bon échantillon de sa « petite France » puisque l’estimation de l’épuration extrajudiciaire avance à l’heure actuelle environ 10 000 exécutions sur les 90 départements d’alors.

© Jeoffrey-Gaylord Remaud - Tous droits réservés. 26 avril 2017.

Illustration : couverture de l’ouvrage de Pierre Péan, Ma petite France. Chronique d’une ville ordinaire sous l’Occupation, Albin Michel, 3 avril 2017 © éditions Albin Michel, source

© Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 29/04/2017. Tous droits réservés.

Notes

[1Professeur d’Histoire-Géographie au Collège Anjou (Sablé-sur-Sarthe) et Secrétaire de la Régionale APHG des Pays-de-La-Loire.

[2Référence : Pierre Péan, « Ma Petite France, Chronique d’une ville ordinaire sous l’occupation », Albin Michel, 2017.