ÉDITORIAL : L’APHG debout Historiens & Géographes n°434

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Par Bruno Benoit [1]

Chères et Chers Collègues,

Je tiens à informer les membres de l’APHG que celle-ci vient de bénéficier du label « Association d’intérêt général », ce qui confirme que cette association centenaire a été enfin reconnue pour son action au service du bien commun, en l’occurrence les professeurs d’Histoire et de Géographie. Cette reconnaissance officielle, obtenue grâce à notre trésorier Max Auriol que je remercie, nous conforte dans nos engagements menés pour défendre, non des intérêts corporatistes, mais l’enseignement de deux matières fondamentales [2], sans oublier également l’Enseignement moral et civique, dans la formation des élèves, du primaire à l’Université.

POURQUOI L’APHG DEBOUT ?

Penchons-nous sur le contexte national et international actuel et qu’en penser ? L’environnement qui est le nôtre et celui de nos élèves est soumis à des images intolérables, des violences multiples, des situations d’inégalité criantes et des questionnements nombreux. En effet, les attentats, le phénomène des migrants-réfugiés, la guerre au Moyen-Orient, le chômage, le Brexit, le populisme européen et le phénomène Trump sont des réalités quotidiennes des médias. Tout cela a mis en avant l’importance de la connaissance historique et géographique pour chercher à en comprendre les origines profondes et immédiates, mais aussi pour mener des comparaisons à des échelles spatio-temporelles différentes, voire pour avancer des explications étayées face au public qui est le nôtre et qui attend de notre part cette réactivité par rapport à l’actualité.

L’APHG a su, à sa manière et avec ses moyens, mener des enquêtes après les attentats [3] et apporter, par des journées de formation, des réponses à ses membres et à des cercles plus élargis [4]. De son côté, le gouvernement s’est appuyé sur son corps enseignant, en particulier les professeurs d’Histoire et de Géographie, pour répondre aux attentes des élèves après les événements tragiques de 2015. Quant à la société civile, elle fréquente toujours plus abondamment les lieux où des conférences sont données sur des thèmes historiques, géographiques ou géopolitiques, les festivals de Blois et de St-Dié en sont un bon exemple, pour y trouver des clés lui permettant de décrypter le monde complexe et compliqué d’aujourd’hui.

La presse est pour nous un outil privilégié. Si récemment, elle nous a informé sur l’existence d’un sondage qui montre que les Français sont plus tolérants [5], les événements, eux, sont souvent intolérants que ce soit les attentats, les catastrophes naturelles ou encore les réformes imposées par le gouvernement ! En effet, le Premier Ministre l’a reconnu dernièrement, pour lui le gouvernement a mal communiqué [6]. Si cela concerne la loi El Khomri, cela est tout aussi valable pour la réforme du collège applicable à la rentrée 2016. Cette réforme va être mise en place sans dialogue véritable avec les hommes et les femmes du terrain, c’est-à-dire les professeurs qui savent ce qu’est une classe, qui veulent que notre École soit encore meilleure, que leurs élèves réussissent et s’épanouissent et qui ont compris que l’action des associations professionnelles, telle l’APHG, va dans le bon sens et devrait davantage être prise en compte, donc écoutée.

En outre, il est bon de constater que la façon actuelle de faire de la politique ne correspond plus à l’attente des citoyens et des citoyennes des pays démocratiques. Hier, le mouvement des Indignés a débouché sur une forte mobilisation citoyenne, aujourd’hui, cette mobilisation pousse des citoyens à se réunir sur des places la nuit - Le mouvement Nuit-Debout - pour dialoguer, échafauder des solutions et rêver d’une autre manière de faire de la politique. Sans aller jusque-là, l’APHG est, elle-aussi, désormais « Debout » pour dire publiquement ce qu’elle veut et ce qui ne va pas au royaume de Pédagogia :

  • Debout pour dire que la réforme du collège ne convient pas et que ce n’est pas avec cette réforme que les jeunes de France seront en mesure ni d’avoir les outils fondamentaux pour affronter, aussi bien la vie professionnelle que la vie citoyenne, ni d’avoir les savoirs pour un mieux vivre ensemble dans la France du XXIe siècle.
  • Debout pour refuser le passage en force de la réforme du collège à la rentrée 2016 sans que cette réforme ait été testée, comprise par les professeurs et bien expliquée selon la belle formule : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » !
  • Debout pour témoigner de la forte insatisfaction du milieu enseignant face à des réformes permanentes et jamais évaluées. La dernière en date est la réforme de trop, surtout dans ses modalités d’application. Prenons le temps de réfléchir à l’École que nous voulons : ministre, professeurs, parents, élèves.
  • Debout pour ouvrir les yeux de tous ceux et celles que le bureau de l’APHG a rencontrés et avec lesquels il a évoqué, sans grande écoute de leur part, la quotidienneté vécue sur le terrain par le monde enseignant : Conseiller du Président à l’Élysée, Conseillers de la Ministre de l’Éducation nationale, Directrice de la DGESCO, Inspection générale, Conseil supérieur des programmes…
  • Debout, car en démocratie a lieu l’année prochaine, en 2017, l’élection présidentielle, le rendez-vous capital dans le fonctionnement de la République française, donc rendez-vous idéal pour se faire entendre de la part des candidats, ce que ne manquera pas de faire l’APHG.

L’APHG DEBOUT POUR QUOI ?

C’est pour défendre quoi, que l’APHG est debout ? En effet, ce n’est ni par plaisir, ni par habitude, encore moins par esprit systématique d’opposition que l’APHG est debout. Elle est debout pour rappeler ce pour quoi elle se bat depuis qu’elle existe, ce pour quoi elle est toujours là alors que les Républiques ont changé et que les ministres de l’Éducation nationale ont été oubliés.

Ce que l’APHG défend et défendra toujours, au-delà des effets de mode, des réseaux sociaux, des déclarations mal venues lors de conférences officielles et des hommes et des femmes qui ont en charge actuellement l’APHG, c’est quelques principes fondamentaux qui sont indémodables et qui assurent de manière pérenne l’enseignement de l’Histoire, de la Géographie et de l’Éducation morale et civique :

  • L’élève est au centre de notre démarche. Nous enseignons pour la réussite de l’élève et non pour notre satisfaction personnelle. De plus, enseigner l’Histoire, la Géographie et l’Éducation civique et morale relève de la formation citoyenne et républicaine - n’en déplaise à Antoine Prost ! [7] - qui semble, dans une société de plus en plus multiculturelle, indispensable. Nous ne sommes nullement de simples agents, mais des professeurs conscients de leur mission. [8]
  • La présence de l’histoire et de la géographie est nécessaire à tous les niveaux de l’enseignement primaire et secondaire, aussi bien dans l’enseignement général que professionnel. Ces matières appartiennent à l’héritage humaniste et républicain issu des lois Ferry. Le précédent de la réforme Chatel est là pour nous rappeler que cela n’est plus une donnée acquise et qu’il faut être vigilant.
  • La primauté du disciplinaire sur l’inter ou le pluridisciplinaire doit être la règle. L’échange avec d’autres matières n’est profitable aux élèves que si le professeur maîtrise parfaitement sa discipline. Les EPI ne doivent nullement se substituer aux heures de cours. Par ailleurs, l’APHG n’est nullement opposée au travail en équipe et associant plusieurs disciplines : nous savons travailler ensemble, à condition qu’il y ait un projet solide, pédagogique et scientifique.
  • L’exigence d’une formation scientifique universitaire lourde et de qualité aussi bien pour les professeurs des écoles que pour les futurs certifiés et agrégés. Que la formation pédagogique rentre dans le cursus de formation, cela va de soi, mais il est inadmissible de rogner sur le scientifique au profit d’épreuves considérées comme pédagogiques. Le pédagogique sans une base scientifique solide n’est que du discours creux.
  • La liberté pédagogique du professeur pour gérer son année et le programme est une règle d’or. Partant du fait que le professeur agit pour le bien de sa classe en toute connaissance de cause et en citoyen républicain, partant du fait qu’il maîtrise les outils scientifiques et connaît son public, il est évident que le professeur n’est pas un simple exécutant, mais un « maître » au sens ancien du terme.
  • La nécessité de la prise en compte par l’administration du ratio fondamental, pour un bon fonctionnement de nos disciplines, entre programme et horaires. À trop diminuer les horaires, le professeur n’est plus en mesure d’enseigner correctement et de répondre à sa mission qui est de faire acquérir savoirs et compétences. Une politique en faveur de l’École n’est pas une politique au rabais, il faut y mettre de réels moyens.
  • La nécessité d’une formation continue régulière avec ordre de mission et autorisation d’absence est fondamentale pour avoir un corps enseignant de qualité. Cette formation doit être assurée par les rectorats en relation avec les différentes régionales de l’APHG. Cela n’est nullement une perte de temps et d’argent, car, outre la mise à niveau nécessaire, cette formation est aussi un outil permettant aux professeurs d’échanger et de dialoguer, voire de bâtir des partenariats entre établissements.

Pour terminer cet éditorial de l’APHG DEBOUT, notre association sera encore plus debout si vous vous inscrivez nombreux à l’AGORA d’Amiens en octobre 2016 [9], si vous fréquentez le site de l’association de plus en plus visité, si vous nous faites remonter vos suggestions, vos remarques, vos expériences, si vous nous soumettez des tribunes, si vous faites adhérer et si vous êtes un membre actif dans vos régionales, bref si vous êtes un professeur d’Histoire et de Géographie conscient qu’aujourd’hui, s’engager dans une association professionnelle n’est nullement une attitude d’hier. Cela reste un geste fort et républicain.

Je vous souhaite à toutes et à tous, quand fin juin sera venu et les examens corrigés, d’excellentes vacances, mais restez vigilants et réactifs, car la rentrée 2016 est bientôt là !

© Bruno BENOIT
Président de l’APHG
9 mai 2016
Anniversaire de l’Europe

© Les services de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes n° 434 - Tous droits réservés. Paris, le 14 juin 2016.

Notes

[1Président de l’APHG, Professeur des universités à l’Institut d’Etudes politiques de Lyon.

[2La Direction générale des finances publiques déclare à notre propos : « Elle organise des rencontres scientifiques et des forums qui permettent aux enseignants d’actualiser leurs connaissances au contact de spécialistes de haut niveau… Elle réalise un travail de mémoire en participant à la commémoration des grands événements qui ont marqué l’histoire de la France, en encourageant la valorisation des lieux de mémoire et la participation des jeunes générations aux manifestations du souvenir ».

[3« Enquête de l’APHG après les attentats de janvier 2015 » : https://www.aphg.fr/l-association/a...

[4Par exemple, « Journée nationale APHG : Histoire, Géographie et formation citoyenne » : https://www.aphg.fr/l-actualite-cul... ou « Colloque Laïcités et religions en République » : https://www.aphg.fr/l-actualite-cul...

[5Le Monde du 3 mai 2016. Interview du Premier Ministre lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie, Nouvelle Zélande et Australie.

[6Idem. Rapport de la Commission nationale consultative de Droits de l’Homme 2015.

[7NDLR : « À propos d’une sortie de piste d’Antoine Prost » : https://www.aphg.fr/l-association/a...

[8Je fais référence à mon éditorial du numéro 433.