ÉDITORIAL : L’APHG et les mots qui lui font sens

[Télécharger l'article au format PDF]

Il me semble nécessaire, en cette fin d’année 2014, de préciser les mots qui pour l’APHG sont au cœur de son fonctionnement et de son existence et quel sens elle leur donne. En effet, l’APHG s’appuie sur des fondamentaux qu’elle défend lors des rencontres, des débats et des échanges qu’elle peut avoir ou organiser. Depuis la rentrée, le bureau de l’APHG, enrichi de quelques collègues que je remercie pour leur dévouement, a multiplié les contacts officiels et à chaque fois elle y a exposé ses positions. Cet éditorial s’inspire des mots forts autour desquels l’APHG a construit sa personnalité, mots qui lui font sens.

Bruno Benoit, président de l’APHG

L’APHG est associative

Est-il nécessaire de rappeler que l’APHG n’est ni un syndicat, ni un groupe de pression, c’est une association loi 1901. En cela, les collègues membres de l’APHG sont d’opinions politiques différentes, d’appartenance cultuelle différente, voire des libres penseurs. C’est cet amalgame qui fait la force et la richesse de notre association. Tous ses membres sont des bénévoles, tant le président national que les présidents des régionales, tant les membres du bureau national que ceux des bureaux régionaux. Ses ressources sont tirées des cotisations de ses membres et des abonnements à sa revue. L’APHG ne reçoit aucune subvention. Sa longévité centenaire, qui vient de sa bonne gestion, en fait un modèle d’association professionnelle dans le monde de l’éducation. L’APHG est une association indépendante de tout pouvoir et en cela, elle est libre de ses propos et de ses engagements. Ses combats ne sont dictés que par un seul objectif : « Défendre la qualité de l’enseignement et la place de l’histoire et de la géographie dans les différentes structures du monde éducatif, de l’école primaire à l’Université ». Ses domaines d’action sont particulièrement les programmes, le type d’épreuves aux examens et concours, les ESPE.

L’APHG est républicaine

Depuis ses origines, elle défend, à sa manière, deux des termes pivots de la devise républicaine, Liberté et Égalité, mais également un terme associé à la République depuis la loi de 1905, la laïcité.
L’APHG le rappelle à tous ses interlocuteurs et le dit haut et fort à toute la communauté enseignante en Histoire et Géographie, aussi bien à ses membres qu’aux collègues qui sont invités à nous rejoindre : elle défend la liberté de l’enseignant face aux consignes traditionnellement corsetées des programmes. L’enseignant du secondaire est un citoyen responsable qui est le plus à même pour apprécier, dans les classes qui sont les siennes, la manière de concevoir le programme dans son ensemble, la démarche à adopter et la pédagogie la plus appropriée pour faire passer savoirs et réflexion. Il en va de même à l’école primaire et, bien évidemment, à l’Université. Qu’on le laisse libre de gérer son temps dans le cadre de sa/ses matière(s) à enseigner. En revanche, qu’on lui en donne les moyens scientifiques et ce, grâce à une formation initiale suffisante et à une formation continue satisfaisante. Que les horaires ministériels attribués prennent en compte ces exigences de qualité et de responsabilité que l’ensei-gnant a vis-à-vis de ses élèves et de lui-même.
L’APHG lutte aussi pour l’égalité. L’École est pour elle un facteur d’égalité des chances et c’est pour cette raison qu’elle défend la culture générale - dont l’Histoire et Géographie est porteuse - qui ne doit pas être réservée aux élites, mais à tous les futurs citoyens de notre pays, au-delà de toutes les appartenances et origines, même à ceux qui n’iront pas à l’Université. Les savoirs ne sont pas réservés à une minorité, ils sont le patrimoine commun à toute une génération. Ce que l’Histoire et Géographie apportent aux élèves est une lecture citoyenne et donc républicaine du temps passé et du monde qui nous entoure.
L’APHG est très attachée à cette grande idée qu’est la laïcité, car pour elle c’est le moyen de vivre ensemble dans la République multiculturelle qu’est devenue la France. L’APHG défend donc la laïcité comme vecteur de neutralité confessionnelle dans l’enseignement de l’Histoire et de la Géographie, matières qui sont amenées à croiser, dans les thèmes traités en cours, des questions culturelles, sociales et géopolitiques sensibles. Elle est pour un enseignement des trois grandes religions monothéistes en classe de 6e et assure que les professeurs d’Histoire et de Géographie sont les plus à même, par leurs compétences, à assurer l’enseignement moral et civique.
Son approche ouverte et citoyenne de la laïcité fait que l’APHG s’adresse pleinement aux collègues de l’enseignement privé sous contrat qui sont les bienvenus dans notre association qui ne cultive aucun ostracisme.

L’APHG est résistante

L’APHG a été intéressée par le thème des Rendez-vous de l’Histoire de Blois portant sur la notion de « rebelles », terme qu’il faut entendre comme ceux qui savent rompre avec leur milieu d’origine. L’APHG n’est pas rebelle, elle a une âme résistante, au sens noble du terme, celui de l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ainsi qu’en référence à la Seconde Guerre mondiale qui a vu se lever, pour lutter contre l’occupant nazi, de nombreux résistants, aussi bien hommes que femmes.
L’APHG, en effet, résiste face à tous ceux qui veulent transformer ces deux matières fondamentales - l’Histoire et la Géographie sont formatrices pour tous les esprits, même les scientifiques ! - en matière secondaires, qu’ils soient gouvernements, syndicats ou fédérations de parents d’élèves.
Sa résistance n’est nullement passéiste, mais moderne au sens où il faut l’entendre comme une voix qui s’élève - souvent la seule comme lors de la suppression de l’Histoire et de la Géographie en Terminale S - comme un cri dans la plaine médiatico-sociétale devenue curieusement silencieuse ! Pour se faire entendre, elle publie des communiqués, signe des motions, fait circuler des pétitions, organise des États Généraux comme en janvier 2012.

L’APHG est innovante

L’APHG est une association qui ne cesse de réfléchir à la manière la plus adaptée pour enseigner les deux matières que sont l’Histoire et la Géographie. L’APHG ne fait pas que réclamer toujours plus d’horaire ! Ses membres s’organisent en de multiples commissions portant sur les différents niveaux d’enseignement et sur les questions transversales qui nous préoccupent. Ces commissions sont formées d’enseignants de terrain qui se réunissent régulièrement pour débattre et échanger sur les programmes en place, sur la manière de les aborder, sur les documents les plus appropriés à utiliser, sur les évaluations à proposer, sur les pédagogies originales qui peuvent être testées. Elle organise des conférences thématiques d’une journée sur des thèmes au cœur des problématiques des enseignants. Pour témoigner de son excellence et faire connaître sa réflexion, l’APHG s’appuie sur sa REVUE Historiens et Géographes qui fait autorité sur le plan scientifique et qui en est à son 428e numéro, sur son tout nouveau SITE qui offre un espace d‘informations et d’interactivité et, enfin, elle dispose, ce qui est une exclusivité pour une association scientifique francophone, d’un web TV qui est optimisé pour smartphone, tablette et téléviseur.
De plus, dans les différents établissements secondaires, l’APHG encourage ses membres, et au-delà tous les collègues historiens et géographes, à participer à des projets transversaux pluridisciplinaires qui permettent de travailler avec des collègues des autres matières, associant ainsi divers domaines d’enseignement et visions pédagogiques renouvelées. Les régionales de l’APHG organisent dans les différentes académies, en lien avec les IPR, des journées de formation qui sont ouvertes à tous les collègues et qui ont souvent été la seule source de formation continue dans notre métier.
Si l’APHG dure, c’est qu’elle a su évoluer et, par là même, proposer aux collègues une réflexion pédagogique actualisée et scientifique sur notre enseignement. Elle est désormais très sensible à toutes les nouvelles formes de dialogue avec les différents publics que les collègues ont en face d’eux, à toutes les nouvelles techniques numériques qui font partie de l’environnement de nos élèves, bref l’APHG est de son temps !

L’APHG est représentative

Loin de l’APHG l’idée de revendiquer le monopole de la représentativité pour l’Histoire et la Géographie. Il y a des associations de spécialistes dans les deux matières avec qui nous dialoguons régulièrement et même, au-delà de l’Histoire et Géographie, l’APHG entretient des relations avec les autres associations disciplinaires qu’elle côtoie dans le Forum des sociétés savantes. Il y a des associations portant sur des domaines particuliers, telle « Les amies et amis de la Commune de Paris - 1871 » que l’APHG vient de soutenir dans leur combat pour une meilleure place de cette question dans les programmes. Il y a même une association de juristes que nous avons soutenue face à la disparition de la question des idées politiques à l’agrégation de Droit public. Il y a de la place pour tous sous le soleil républicain de la loi de 1901 !
Cependant, en ce qui concerne les enseignants qui font de l’Histoire et/ou de la Géographie, toutes catégories confondues, du primaire à l’Université, en passant par le collège et les lycées, l’association la plus représentative est l’APHG, car elle est la plus globale, en terme d’effectifs, d’ancienneté, de représentativité et, surtout de résultats obtenus, non pour, je le répète encore une fois, défendre des intérêts petitement catégoriels, mais pour défendre une CAUSE, celle d’une double matière indispensable à la formation du citoyen.
C’est pour cette raison que nous sommes régulièrement reçus par les autorités du monde éducatif national. Outre l’Inspection générale que nous rencontrons régulièrement et les bonnes relations qu’entretiennent les Régionales de l’APHG avec les IPR, nous avons été reçus, depuis la rentrée 2014, le 17 septembre au Ministère de l’Éducation nationale par M. Lejeune, directeur adjoint, pour y défendre le dossier de l’Enseignement moral et civique au Collège et affirmer que les enseignants d’Histoire et Géographie sont les plus aptes à assurer cet enseignement. Ayant écrit à Madame la Ministre, celle-ci m’a répondu le 23 octobre. Je vous cite la fin de sa lettre, consultable sur le site : « L’enseignement moral et civique, qui aura un horaire dédié et qui entrera en vigueur à la rentrée 2015, a vocation à être principalement pris en charge par les professeurs d’histoire et géographie au collège. Des travaux interdisciplinaires seront en outre menés au collège, dans le cadre des enseignements complémentaires, sur des problématiques en lien étroit avec cet enseignement. J’ai lu avec plaisir dans votre courrier que les professeurs d’histoire et géographie tenaient à cet enseignement. Je m’en réjouis et je sais pouvoir m’appuyer sur leurs compétences pour le prendre en charge ». Puis, nous avons rencontré, le 20 octobre, Madame Robine, directrice générale de la DGESCO pour évoquer toute une série de questions concernant nos matières, en particulier la question de la liaison école primaire-sixième et les ESPE. Enfin, le 30 octobre, Monsieur Lussault, directeur du CSP, a reçu une délégation de l’APHG à Vanves pour nous entendre et nous exposer sa manière de voir les futurs programmes et, une fois ceux-ci publiés fin janvier 2015, nous rencontrer à nouveau pour en débattre. Nous avons insisté sur le fait que le projet CSP ne pourra être accepté par les enseignants que s’il est simple et intelligible par tous les enseignants, fatigués de se voir imposer sans concertation des programmes abscons.
Notre représentativité existe aussi en dehors du monde éducatif, puisque nous sommes associés depuis sa création au festival d’Histoire de Blois et l’APHG est représentée à son Conseil scientifique. Il en va de même avec la mission du Centenaire de la Grand Guerre. Nous participons depuis ses débuts au Concours de la Résistance, nous entretenons des relations privilégiées avec toutes les associations d’Anciens combattants porteuses de la mémoire de la Résistance. L’APHG apporte aussi son concours à de grandes manifestations, comme celle qui va avoir lieu en septembre à Lille, le 16e congrès international du patrimoine industriel où Madame Gracia Dorel occupe une place éminente dans son organisation. L’APHG est régulièrement associée aux grandes commémorations de la Nation ; cette année au D-Day, au 70e anniversaire de la Libération, à l’Armistice du 11 novembre...

L’APHG est fédéraliste

L’APHG est une association qui n’est pas exclusivement parisienne, puisqu’elle a une structure fédéraliste, en répartissant les compétences entre Paris où siègent la Présidence, le Secrétariat général, le Bureau national et le Conseil de gestion et où se tiennent les différentes commissions, le Comité national et l’Assemblée générale, et les 25 régionales, dont trois Outre-Mer, qui ont leur bureau et leurs activités propres. Entre l’instance centrale et les instances régionales, il y a une coopération permanente et les instances nationales ne sont que le reflet des instances régionales. L’APHG est fondamentalement démocratique.
Les différentes Régionales envoient des représentants à toutes les réunions qui se tiennent à Paris, soit au local de l’Association, soit au lycée St-Louis. Outre ces réunions, il y a le site de l’Association qui permet de naviguer du national au régional et vice-et-versa.
De plus, tous les trois ans, l’APHG nationale et une Régionale organisent une AGORA qui est une rencontre d’Historiens et de Géographes, professeurs de terrain et spécialistes, à laquelle sont associés les collectivités territoriales et de nombreux acteurs économiques et culturels locaux. La dernière a eu lieu en octobre 2013 à Bordeaux et la prochaine se tiendra en octobre 2016 à Amiens.

À ceux qui cherchent à savoir ce qu’est l’APHG, je réponds que l’APHG est associative, républicaine, résistante, innovante, représentative et fédéraliste.
Je dis à tous les collègues qui ne sont pas encore membres venez nous rejoindre, car avec vous les caractères énumérés ci-dessus ne pourront qu’être renforcés.

Bruno BENOIT
Président de l’APHG. Professeur des universités à l’IEP de Lyon
Lyon
6 novembre 2014