Exposition Éros Hugo, Entre pudeur et excès Maison de Victor Hugo (Place des Vosges. Paris)

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Exposition « Éros Hugo. Entre pudeur et excès » - Maison de Victor Hugo. 6, place des Vosges 75005 Paris. Jusqu’au 21 février 2016.

Avec les services « Expositions et culture » de la rédaction d’Historiens & Géographes.

Si vous ne connaissez pas ce musée, il est bon de s’y rendre. Son entrée donne sous les arcades de la place de Vosges. Il s’y tient une exposition qui est dans l’air du temps où le sexe devient un thème ou le prétexte pour attirer les visiteurs alléchés par le titre de l’exposition, parfois provocateur (voir au Musée d’Orsay), où l’amour tient comme dans la vie une grande place, notamment des écrivains. Qu’en est-il de Victor Hugo le grand poète, homme de théâtre, romancier, dessinateur, homme politique ?

« Ce que on appelle passion, volupté, libertinage, débauche, n’est autre chose qu’une violence que nous fait la vie », écrit Hugo en 1875. Cette violence touche à la fois aux passions, puisque Hugo a été tout au long de sa vie, un grand amoureux, et à sa sexualité « débridée ». Elle touche à l’une des principales qualités de son œuvre : la puissance, la générosité, le lyrisme.

Victor Hugo est partagé entre la pudeur et l’excès, « l’hubris » des Grecs. Pudeur, quand il glorifie, de Cosette à Déa, des amours idylliques, « purs », et presque chastes. Pudeur, quand il réserve à des publications posthumes les poèmes très sensuels écrits pour ses grands amours que furent Juliette Drouet, Léonie Biard et Blanche Lanvin. Pudeur, quand il s’interdit toute intrusion du côté de l’érotisme fût-il littéraire, alors que le siècle tout autour de lui y verse abondamment.

Excès dans les passions au cours des deux scènes presque hallucinées de Notre- Dame de Paris et de l’Homme qui rit. Excès, quand il laisse libre cours à la force vitale qui est celle du dieu Éros. « Une extraordinaire puissance porte l’œuvre de Victor Hugo ».

L’exposition suit un ordre chronologique dans sa vie et son œuvre. Elle permet de replacer Hugo parmi ses contemporains, car c’est tout le XIXe siècle qui est à la fois corseté et débridé, et d’avancer l’hypothèse que la pudeur de son œuvre, si elle résulte d’un choix, révèle chez Hugo sa volonté de donner à l’amour son caractère spirituel, ce qui lui permet de « canaliser la violence et l’excès du désir ».

Autour des œuvres de Victor Hugo, sont présentées des sculptures de Pradier, de Rodin, les peintures de Böcklin, de Chassériau, Corot, Courbet, des dessins et des gravures de Boulanger, Ingres, Delacroix, Dévéria, Gavarni, Guys, Rodin, Rops, des photos de Félix Moulin, de Valou de Villeneuve.

Quelques évocations de l’érotisme au 19e siècle (maisons closes, portraits, photos de courtisanes, gravures licencieuses) permettent « de comprendre combien Hugo ne s’est jamais placé sur ce terrain-là » .

1- De 1830-1832

« Attends qu’enfin la vierge, à mon sort asservie,
Que le ciel comme un ange envoyé dans ma vie,
De la longue espérance ait couronné l’orgueil ;

« La Chauve Souris », 1822, Odes et balades

C’est le mariage d’amour entre Adèle et Victor Hugo en 1819.

Dans ses premiers romans, l’amour n’y est que passion, tentation et violence. Dans presque tous les cas, il n’est pas partagé. Cette vision rejoint en partie des romans gothiques de la fin du 18e siècle et du début du 19e. Les illustrations de Vincent Denon pour le Moine de Mathurin Lewis offrent des parallèles avec celle de Boulanger pour Notre-Dame-de-Paris (1832)

II -1829 -1851

« Tu, tu la contemplais n’osant approcher d’elle
Car le baril de poudre a peur de l’étincelle »

« A OL », mai 1837, Les voix intérieures, XII

Le recueil des Orientales (1829) tout comme Hernani (1829) pour son théâtre marquent un tournant. La poésie se féminise et s’intériorise, le théâtre dévoile la violence des passions.

Hugo semble se libérer d’un carcan moral, esthétique et politique. Il commence une liaison avec Juliette Drouet et Adèle se rapproche de Sainte Beuve. Durant les deux décennies suivantes, Victor Hugo a une vie chaotique, court les bals, trompe sa maîtresse, fréquente les actrices et les courtisanes, se rapproche de Léopoldine dont le mariage et la mort l’abattent, et dispute à son fils les faveurs d’Alice Ozy.

http://www.franceinter.fr/ émission du 15 novembre 2015 : « 1851 : Victor Hugo face à Napoléon le Petit »

III -1852-1870

« Elle savait se faire esclave et rester reine
Suprême grâce ! et quoi de plus inattendu
Que d’avoir tout donné sans avoir rien perdu ! »

Toute la Lyre, VI,7

« Aimée, célébrée, convoitée, caressée, épiée, crainte, redoutée, la femme occupe dans l’œuvre de Victor Hugo une place centrale. Ce sont les amours idylliques et purs (Cosette et Marius dans les Misérables), les amours sataniques (face à face de Gwymplain et Josiane dans L’homme qui rit, les amours vils et dégradants mais sauvés par le sacrifice (Fantine dans les Misérables). Jamais de scènes d’amour physique ; des héros vierges et purs ! A cette période, Victor Hugo alterne des périodes charnelles frénétiques avec des périodes d’abstinence. Les carnets témoignent des ces pratiques furtives, le plus souvent monnayées avec des servantes, des prostituées, des visiteuses occasionnelles.

IV–Éros

« Toutes les passions et tous les appétits
S’accouplent, Evohé ! rugissent, balbutient,
Et sous l’œil froid du destin, calme et froid, associent
Le râle et le baiser, la morsure et le chant
La cruauté joyeuse et le bonheur méchant,
Et toutes les fureurs que la démence invente ;
Et célèbrent, devant l’esprit qui s’épouvante,
Devant l’aube, devant l’astre, devant l’éclair,
Le mystère splendide et hideux de la chair »

« Solitudines Coeli », Dieu Océan d’en haut, IV

Le combat de Gilliatt et de la pieuvre dans Les travailleurs de la mer, tout en baisers, en enlacements, en succions, peut se lire comme une étreinte amoureuse. Métaphore animale quand il décrit Gwymplaine découvrant Josiane : « Au centre de la toile, à l’endroit où est d’ordinaire l’araignée, Gwymplaine aperçut une chose formidable, une femme nue ».

Le satyre dans le poème éponyme de la Légende des siècles « garnement de Dieu, fort mal famé » s’adresse à tout l’Olympe : « Place à Tout Je suis Pan : Jupiter à genoux ».

Ce Hugo satyre, cette figure nue, puissante et conquérante, c’est bien celle que sculpte Rodin, Böcklin et Rops...

Visites-conférences de l’exposition

Durée 1h30. 26,28 novembre, 3, 5, 10, 12, 17, 19 décembre à 16 h.
Sans réservation. Ouvert tous les jours sauf le lundi et jours fériés de 10h à 18h.

Site web : maisonsvictorhugo.paris.fr

Groupes scolaires sur rendez-vous

Tél : 01 71 28 14 97
Courriel : francoise.lagneaux@paris.fr

© Les services culturels de la revue Historiens & Géographes, 22 novembre 2015 -Tous droits réservés.