Exposition « La Fabrique de l’œuvre » à Angers Compte-rendu culturel de la rédaction

- [Télécharger l'article au format PDF]

Musée des Beaux Arts d’Angers - 14, rue du Musée 49100 Angers

La Fabrique de l’œuvre
Jusqu’au 28 février 2016
Horaires d’ouverture : du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h.
Tél : 02 41 23 50 00 / www.angersloiretourisme.com
Site internet des Musées d’Angers

Par Luigi Novelli [1]

La présentation consacrée à l’un des fleurons des collections des musées d’Angers, son cabinet d’arts graphiques est assurée avec maestria par Ariane Sarrazin, conservatrice en chef du Patrimoine, directrice des musées et de l’Artothèque d’Angers et par Daniel Brème, directeur du musée départemental du château de Sceaux, tous les deux commissaires de l’exposition.

Charles Meynier, Deux académies d’homme (détail), vers 1782-1789 (?) ou vers 1810-1820 (?), mine de plomb, 199 x 221 mm, Angers, musées, inv. MTC 117 © Musées d’Angers

Daniel Brème a présenté l’exposition 100 dessins dans l’exposition « Parcours choisis » au Domaine de Sceaux. Un travail scientifique a été effectué sur les dessins. A Angers, 162 œuvres originales sont exposées. Elles représentent la richesse et la diversité du Cabinet d’arts graphiques qui réunit 13 500 dessins qui proviennent de la convergence fonds distincts : musée des Beaux Arts, musée des Antiquités Saint-Jean (disparu), musée Poncé (fermé actuellement), 112 dessins des écoles européennes (française, italienne, flamande, hollandaise, allemande), appartenant aux collections des musées d’Angers et 50 œuvres (peintures, sculptures, gravures, objets d’art) empruntées aux musées français et étrangers de Rubens à Delacroix ; c’est une mise à jour scientifique de la fabrication des premières esquisses, sur la toile, des influences et des attributions.

Caspard-David Friedrich, Ruine de la porte d’Heiligen Kreuz, Meissen, 1824, Aquarelle et crayon sur papier, 210 x 149 mm © Musées d’Angers

On affirme une certaine vision de l’art, un parti pris scientifique. On réfléchit à la forme au support, aux premiers dessins tracés sur un mur, à l’évolution du dessin jusqu’à aujourd’hui. Le mot italien designo (tracer un trait), mais l’intention porte le geste jusqu’à 1750, après le dessein, la quête, le projet apparaît. Il s’agit de dépasser le rôle servant du dessin et d’étudier la polysémie du dessin et sa pluralité. L’exposition permet de soulever le voile du mystère de la création artistique, de la fabrique de l’œuvre, des méthodes de déduction de l’historien de l’art. La scénographie de l’Agence Du&ma du graphiste Cédric Gatillon est ingénieuse : au premier plan les dessins sur cimaise blanche et au second plan, dans des alcôves coloriées : les dossiers génétiques ou les documentaires. Les alvéoles permettent de contextualiser le dessin en amont et en aval, le pêle-mêle de l’atelier, les préparations du dessin, les esquisses. On entre dans la cuisine de la fabrique de l’œuvre et c’est passionnant de le découvrir. La reproduction est en retrait et n’a pas vocation à se substituer à l’original comme la table de l’historien de l’art.

Théodore Géricault, Croquis d’un cheval, sans date, Plume et lavis brun sur papier, 188 x 249 mm © Musées d’Angers, F. Baglin

5 espaces sont dédiés au dessin. L’introduction Du dessein au dessin, 4 parties thématiques 1 Exercices 2 Genèses 3 Fortunes, 4 Obsessions...

Imiter le réel, telle est l’ambition d’un Giotto avec le berger sur un rocher. Des sculptures aussi figurent dans l’exposition des vases sculptés. C’est l’âge d’or de la peinture, de l’architecture entre 1480 et 1520. En Italie la perfection est atteinte avec Le Titien, Michel Ange, Raphaël. Au fil des ces deux premières parties de l’exposition on peut admirer un très beau paysage de Poussin et un dessin très nerveux représentant la houle des herbages de Boucher. Pierre Rosenberg a fait tout un travail de ré-attribution à son sujet.

Le dessin illustre aussi des livres comme les oeuvres de Racine (Didot) avec des gravures de Girodet et de Gérard. Autre découverte : la sculpture de Sainte Cécile offerte par David d’Angers à sa ville, statue revêtue des vêtements médiévaux a un aspect hiératique.

Un espace de médiation, aménagé en atelier de pratique, de dessin libre ouvert pour tous les âges. Des cours d’art y sont dispensés Des séances de modèle vivant, des cours techniques, dessiner sur un mur. Les termes techniques sont définis dans l’exposition Tous les instruments, les outils, les crayons, les pinceaux utilisés pour le pastel, l’estampe, la gravure, la linotypie, les matières, les colorants sont présentés.

La partie IV de l’exposition, qui s’intitule Obsessions, aborde un motif récurrent le thème du cheval avec Géricault, le thème de l’homme abandonné le parallèle avec un dessin de Rembrandt sur la vieillesse.

Gilgian GELZER, Sans titre, 2013, mine de plomb sur papier, 200 x 150 cm GJF.3202 Crédit photo : Laurent Ardhuin, Courtesy : galerie Jean Fournier Sans titre, 2014, mine de plomb sur papier, 200 x 150 cm, GJF.3198 Crédit photo : Laurent Ardhuin, Courtesy : galerie Jean Fournier Sans titre, 2013, mine de plomb sur papier, 200 x 150 cm, GJF.3195 Crédit photo : Laurent Ardhuin, Courtesy : galerie Jean Fournier

Catalogue de l’exposition publié aux Editions Snoeck La fabrique de l’œuvre. Dessins de Musées d’Angers sous la direction d’Ariane James-Sarrazin et Dominique Brême.

Notices : Christine Bessin, Véronique Boidard, Dominique Brême, Delphine Galloy, Ariane James-Sarrazin, 300 pages, 404 illustrations, 39 euros.

Propositions contemporaines

Deux propositions contemporaines de l’arthothèque présentée par Elodie Derval : L’accrochage « intentions graphiques » et la performance de l’artiste malaisien Eric Winarto.

Éric Winarto, Blacklight Selva_piques, 2011, acrylique fluorescent sur toile, lumière noire, 110 x 120 cm - Crédit photo : Thomas Maisonnasse, Courtesy Galerie Charlotte Moser.
Intentions graphiques

Deux espaces ont été investis (galerie d’actualités et cabinet d’arts graphiques) sous la forme d’une carte blanche intitulée « intentions graphiques » qui révèle les intentions du dessin contemporain à travers 15 œuvres récentes de 15 artistes présents dans la collection de l’arthotèque. Les artistes sont invitées à dévoiler l’une de leurs œuvres récentes. Elise Beaucousin a présenté son travail sur du papier à musique vibration, par transparence ; Yann Bernard, lui, une photographie de la mer, des vagues qui incitent à la rêverie et la méditation.

Gregory Markovic, Sans titre, 2015, fusain sur papier, 150x390cm © photo Musées d’Angers / F. Baglin
Eric Winarto

L’artiste d’origine malaise, invité en résidence a créé une œuvre in situ et éphémère. La proposition de l’artiste est un dessin blanc sur lequel il a inscrit des traits qui expriment des paysages mariant dessins anciens et contemporains. C’est une peinture phosphorescente qui est placé dans un couloir qui joue avec les ombres et l’obscurité, révèle un paysage dessiné, de l’atelier. L’auteur a puisé aussi dans la méditation des moines tibétains. Depuis 2006, il poursuit sa quête, son travail de méditation sur notre destin, sur le rôle de l’humain, sur la vie en constant mouvement qu’il traduit sur sa toile blanche. Étonnant travail destiné à disparaître à la fin de l’exposition.

Eric Winarto work in progress BLACKLIGHT SELVA, 2015, installation in-situ au musée des Beaux-Arts d’Angers, photo Alain Chudeau

Angers et ses musées méritent votre visite et faites un tour au Musée des Beaux Arts pour apprendre, voir et mieux comprendre l’art et le dessous du dessin.

Télécharger en pièces jointes :

  • Le communiqué de presse
  • Le dossier de presse
  • L’affiche
  • Les visuels de l’exposition (agence Heymann-Renoult DR).

© Luigi Novelli pour le service culturel de la revue Historiens & Géographes, 16 décembre 2015. Tous droits réservés.

Notes

[1Membre de la Rédaction d’Historiens & Géographes, service culturel.