Face au passé. Essais sur la mémoire contemporaine Compte-rendu de la rédaction

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Henry Rousso, Face au passé, Essais sur la mémoire contemporaine, éditions Belin, 2016, 326 pages, 23 euros.

Plus de 70 ans après les faits, le nazisme, la collaboration, la Résistance et le génocide habitent encore notre mémoire collective. A ce titre, ils constituent des enjeux politiques forts pour nos sociétés nationale et européenne. Car le passé - qui ne passe pas, pour reprendre le titre d’un livre qui marqua naguère son époque [1] - vit toujours dans notre présent et conditionne en grande partie notre futur.

Mythes & Co...

On reste dans les délicats rapports entre mémoire et histoire [2] avec l’ouvrage d’Henry Rousso qui est un historien majeur de la mémoire depuis maintenant trente ans et qui occupe une position académique très importante au sein de sa profession. M. Rousso n’aime guère les histoires nationales qu’il considère, à l’instar de beaucoup de ses pairs, comme des « romans », c’est à dire des récits historiques dénués le plus souvent de vraie valeur scientifique. On peut cependant se demander en quoi l’histoire de la nation française - à laquelle celle de la Résistance appartient - serait nécessairement moins crédible que celle de la culture des petits pois en Basse-Bretagne au XIXe siècle, mais passons...

Il est de surcroît très féru de psychanalyse, ce qui l’a conduit à utiliser les notions et les concepts de cette discipline - refoulement, traumatisme, syndrome et mythe - pour analyser la mémoire de Vichy dans un ouvrage remarquablement écrit [3] qui posa sa réputation et qui exerce toujours aujourd’hui une influence notable sur les auteurs de manuels (voir notre article dans Le Patriote Résistant de septembre 2013). Il y forgea, en particulier, la notion de « mythe résistancialiste » pour désigner l’attitude collective qui, selon lui, aurait consisté à « inventer » une France entièrement résistante afin de mieux refouler la mémoire honteuse de la collaboration et de la participation nationale à la Shoah. C’est une interprétation des années d’après-guerre qui peut se discuter, mais le malheur est qu’elle s’est transformée très vite en vérité révélée, voire en « vulgate » - dixit Pierre Laborie [4] - et que jointe à la critique concomitante du roman national dans les milieux universitaires, elle a conduit nombre de « bons esprits » à se demander in fine si la Résistance avait jamais réellement existé. Henry Rousso se défend ici d’avoir voulu une telle dérive et il reconnaît que les nombreux travaux historiques effectués depuis trente ans « rendent justice » à la Résistance. Dans un article passionnant sur l’évolution des politiques mémorielles dans la Ve République, il ajoute même qu’il existe aujourd’hui un très net retour de balancier en faveur de celle-ci. Dont acte. On attend désormais que les auteurs de manuels lui emboîtent une nouvelle fois le pas...

Voir en ligne la notice de l’ouvrage sur le site de l’éditeur

© Franck Schwab, Le Patriote Résistant (Revue mensuelle de la Fédération Nationale Déportés et Internes Résistants et Patriotes, créé en 1946) n° 909 - juin 2016, p. 19. Tous droits réservés. Avec l’aimable autorisation de la Rédaction.

© Les services de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 2 juillet 2016.

Notes

[1Eric Conan et Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, éditions Fayard, 1994.

[2Cf. notre article « Sébastien Ledoux, Le devoir de mémoire, une formule et son histoire » : https://www.aphg.fr/l-enseignant/ly...

[3Henry Rousso, Le syndrome de Vichy, éditions du Seuil, 1987.

[4Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, éditions Bayard, 2011.