Germaine Tillion ou « la pensée en action » Les rendez-vous de Ciné Histoire

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Ciné Histoire avait organisé le 6 mai dernier, une journée autour de la vie de Germaine Tillion.

Mais, une journée ne suffit pas pour rendre compte des nombreuses actions qu’elle avait menées au cours de ses trois vies ! C’est pourquoi nous continuons, avec une séance prévue le 17 septembre 2015 (à partir de 14 h 30) à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris.

Avec le soutien de l’Association Germaine Tillion.

Cette séance sera consacrée à un évènement peu connu : l’assassinat à la veille des accords d’Evian de 6 dirigeants du service des centres sociaux éducatifs, dépendant de l’Education Nationale qu’elle avait créé en 1955. C’était, disait-elle, l’action qui lui tenait le plus à cœur parmi toutes celles qu’elle avait entreprises.

Le 15 mars 1962 donc, ont été exécutés six inspecteurs des centres sociaux dans les environs d’Alger, à Château Royal. Tous enseignants, c’était des intellectuels qui n’avaient pour arme qu’un stylo. Trois Français, trois Algériens, « hommes de bien » et de culture, qui œuvraient pour une fraternité franco-algérienne. Après avoir été appelés par leur nom suivant une liste préétablie, ils ont été exécutés selon un plan minutieusement préparé et prémédité.

Germaine Tillion sur la route entre Tagoust et Menâa. Collection Germaine Tillion.

Au cours de la nuit qui suivit cet assassinat, Germaine Tillion a écrit le texte suivant qui est paru dans Le Monde du 18 mars 1962.

LA BÊTISE QUI FROIDEMENT ASSASSINE

"Mouloud Feraoun était un écrivain de grande race, un homme fier et modeste à la fois, mais quand je pense à lui, le premier mot qui me vient aux lèvres c’est le mot : bonté...

C’était un vieil ami qui ne passait jamais à Paris sans venir me voir. J’aimais sa conversation passionnante, pleine d’humour, d’images, toujours au plus près du réel - mais à l’intérieur de chaque événement décrit il y avait toujours comme une petite lampe qui brillait tout doucement : son amour de la vie, des êtres, son refus de croire à la totale méchanceté des hommes et du destin.

Certes, il souffrait plus que quiconque de cette guerre fratricide, certes, il était inquiet pour ses six enfants - mais, dans les jours les plus noirs, il continuait à espérer que le bon sens serait finalement plus fort que la bêtise...

Et la bêtise, la féroce bêtise l’a tué. Non pas tué : assassiné. Froidement, délibérément !...

Cet honnête homme, cet homme bon, cet homme qui n’avait jamais fait de tort à quiconque, qui avait dévoué sa vie au bien public, qui était l’un des plus grands écrivains de l’Algérie, a été assassiné... Non pas par hasard, non pas par erreur, mais appelé par son nom, tué par préférence, et cet homme qui croyait à l’humanité a gémi et agonisé quatre heures - non pas par la faute d’un microbe, d’un frein qui casse, d’un des mille accidents qui guettent nos vies, mais parce que cela entrait dans les calculs imbéciles des singes sanglants qui font la loi à Alger...

Entre l’écrivain Mouloud Feraoun, né en Grande-Kabylie ; Max Marchand, Oranais d’adoption et docteur ès lettres ; Marcel Basset, qui venait du Pas-de-Calais ; Robert Aimard, originaire de la Drôme ; le catholique pratiquant Salah Ould Aoudia et le musulman Ali Hammoutène, il y avait une passion commune : le sauvetage de l’enfance algérienne - car c’était cela leur objectif, l’objectif des Centres Sociaux : permettre à un pays dans son ensemble, et grâce à sa jeunesse, de rattraper les retards techniques qu’on appelle « sous-développement ». Dans un langage plus simple cela veut dire : vivre.

Apprendre à lire et à écrire à des enfants, donner un métier à des adultes, soigner des malades - ce sont des choses si utiles qu’elles en paraissent banales : on fait cela partout, ou, à tout le moins, on a envie de le faire. [...]

Et c’était de quoi s’entretenaient ces six hommes, à 10 heures du matin, le 15 mars 1962 (...)"

Germaine Tillion

C’est ce sujet qu’aborderont :

Comme d’habitude des extraits de films dans lesquels Germaine Tillion s’exprime sur ce sujet seront projetés de même qu’une partie du film de Djamel Zaoui : L’OAS un passé très présent.

Rendez-vous
Jeudi 17 septembre 2015
Auditorium de l’Hôtel de Ville
5 rue Lobau à 14h 30.
Réservation indispensable (plan Vigipirate).
Entrée libre selon les places disponibles.

En savoir + et adresse de contact : www.cinehistoire.fr

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