La Double Inconstance, de Marivaux Du 29 novembre 2014 au 1er mars 2015

- [Télécharger l'article au format PDF]

Cette pièce créée en 1723 a connu un rapide succès, elle a été jouée constamment pendant un vingtaine d’années, mais l’approche de la Révolution ne lui est pas favorable et elle n’a été reprise qu’en 1920 à l’Odéon et en 1934 à la Comédie française, où Anne Kessler signe une nouvelle mise en scène : la 5e depuis la reprise des représentations, dix-neuf ans après celle de Jean-Pierre Miquel.

L’histoire est d’une délicieuse perversité. Sylvia (Adeline d’Hermy) et Arlequin (Stéphane Varupenne) s’aiment simplement et profondément, ils sont issus du même village, ils n’y sont pas des paysans mais des gens simples. La jeune femme a été remarquée par le Prince (Loïc Corbery) lors des ses chasses, il en devient follement amoureux et décide de l’enlever pour mieux la convaincre. Elle boude au début et refuse de céder, comme Arlequin que les conseillers du prince (Flaminia : Florence Viala et Trivelin : Éric Génovèse) on fait venir ; il tempête contre la violence des puissants et ne veut rien savoir. C’est alors que Flaminia organise une machination : Sylvia n’est pas insensible au charme d’un officier de la garde — qui n’est autre que le prince — et Arlequin trouve Flaminia fort sympathique, après avoir ridiculisé Lisette (Georgia Scalliet) qui était chargée de le séduire. Les deux jeunes gens sont dès lors adoucis par leurs faiblesses : Sylvia adore s’habiller et Arlequin aime bien manger et bien boire, or le Prince dépense sans compter. Peu à peu, Sylvia se détourne d’Arlequin pour les beaux yeux de l’officier et lui-même trouve de plus en plus de charme à Flaminia qui ne fait pas que feindre. Au final, la machination a fonctionné puisque deux mariages ont lieu simultanément : Arlequin et Flaminia, Sylvia et le Prince. Tout va pour le mieux dans le meilleur des monde où l’amour l’emporterait sur la perversité du procédé.

La mise en scène d’Anne Kessler apporte beaucoup pour rendre fluide la pièce : elle choisit de montrer les répétitions des comédiens, leur foyer a été reconstitué sur la scène qui s’ouvre sur une porte-fenêtre qui donne sur la place du Théâtre français, avant que peu à peu ils prennent leurs costumes du 18e avec la dernière scène offrant une terrasse face à la salle. Le mouvement des comédiens avec les jeunes stagiaires qui jouent servantes et serviteurs, est parfaitement maîtrisé sans jamais que des portes ne claquent, les décors et les costumes sont du meilleurs goût, avec une intelligence de la pièce tout à fait admirable. L’accompagnement musical est très bien choisi avec un court moment de comédie musicale magnifique. Les comédiens sont parfaits, avec une mention particulière à Adeline d’Hermy qui passe avec beaucoup de finesse d’un rôle de jeune fille populaire à celui d’une femme du monde accomplie et décidée, mais aussi dans un rôle difficile Éric Génovèse. Anne Kessler a remarquablement réussi sa mise en scène, avec beaucoup d’intelligence et une grande beauté d’ensemble.

Comédie Française : du 29 novembre 2014 au 1er Mars 2015.

Réservations : www.comedie-francaise.fr et 0825 10 16 80

Jacques Portes pour Historiens & Géographes, Tous droits réservés. 17 janvier 2015.

Illustration  : Brigitte Enguerrand DR, 25/11/2014 avec Catherine Salviat et Eric Génovèse. Mise en scène par Anne Kessler.

La Comédie française

Notes

[1Professeur émérite d’histoire nord-américaine à l’université de Paris 8, Président d’Honneur de l’APHG.