La mémoire des guerres mondiales (France / Italie) Bulletin annuel n°21 de l’APIRP

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Cette récente publication de l’APIRP (association des professeurs d’italien de la région parisienne), d’une longueur de 80 pages, est consacrée en grande partie au devoir d’histoire et à la période qui va de 1915 à 1945. Compte-rendu de lecture par les services de la rédaction de la revue « Historiens et Géographes ».

Dossier « Memoria 1915-1945 » : la mémoire et l’histoire des deux conflits mondiaux


Pierre Kerleroux établit une comparaison lumineuse sur la mémoire des deux guerres mondiales en France et en Italie. Il remarque que les mémoires diffèrent selon que l’on parle de la Première et de la Seconde Guerre mondiale : en France l’Union Sacrée d’août 1914, la restitution de l’Alsace Lorraine en 1918 ; de l’autre une minorité interventionniste en 1915 et une « vittoria mutilata ». La commémoration est plus importante au Nord Est (Trentin, Vénétie, Frioul, Vénétie ; le musée de Rovoreto a été crée en 1921). En France une commémoration florissante, impulsée par l’Etat ; en Italie importante et surtout régionale.

La Seconde Guerre mondiale montre une évolution parallèle des mémoires parce que l’Italie et la France ont connu l’expérience d’un régime dictatorial long en Italie (23 ans), bref en France (4 ans) dont le chef fut longtemps populaire. Ensuite en raison de la guerre civile opposant fascistes et résistants : en 1943-1945 en Italie, soldats ou miliciens de la République de Salo contre les partisans antifascistes, en France en 1944 entre miliciens et maquisards FFI ; enfin la naissance en 1944-46 d’un régime républicain démocratique issu de la Résistance et fondé sur le consensus des forces antifascistes. « Il fallait, à titre de thérapie collective pour deux peuples bouleversés, se persuader que les deux dictateurs n’avaient jamais été populaires, que toute leur politique avait été imposée par l’ennemi, se persuader et proclamer que les deux peuples avaient été d’emblée et massivement antifasciste / antipétainiste et résistants, donc sourdement puis activement résistants. Telle fut, de de Gaulle à Thorez et de Gasperi à Togliatti, la vulgate fasciste, que même la Guerre froide ne parvint pas à rendre caduque ». La critique de cette légende débuta en 1970 avec le film « Le chagrin et la Pitié » de Marcel Ophüls en 1971, et le livre de l’historien américain Robert Paxton « La France de Vichy » en 1973. « Le risque, nous dit Pierre Kerleroux, était de passer d’une vulgate héroïque (tous résistants) à une vulgate masochiste (tous pétainistes, délateurs, collabos) ». Depuis l’opinion française sous Vichy a été bien étudiée. On sait qu’il y eut des résistants et des collaborateurs même des collaborationnistes, mais aussi des vichyso-fascistes, des vichyso-résistants comme le jeune François Mitterrand, des non-engagés, des silencieux philorésistants… En Italie Renzo de Felice avec ses ouvrages sur Mussolini entre 1965 et 1981, relança les débats sur la nature du fascisme, objet d’un consensus entre 1929 et 1936. Aujourd’hui « la multiplication des études de cas permettent de nourrir des synthèses solides, remarque Pierre Kerleroux, qui loin des simplismes, rendent compte de la complexité des choses sans perdre de vue les grands enjeux du conflit ».

  • Rivista stampa par Gabrielle Kerleroux
    « Ces dernières années les médias italiens accordent moins d’attention à l’histoire contemporaine, sauf lorsqu’elle constitue une occasion de dévoiler des scandales alimentant le débat politique. A ce titre, la Première Guerre mondiale, à l’approche de son centenaire, suscite peu d’intérêt des leaders d’opinion, des intellectuels et des historiens » s‘écrit l’historien Marco Pluviano dans un article intitulé « Italie : quels projets pour le Centenaire ? ». C’est la même chose pour l’anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les œuvres citées montrent tout le parti que peuvent tirer des professeurs de langue, ici d’italien, des commémorations du Centenaire de la Grande Guerre et du 70 ème anniversaire de la Libération. Ils peuvent plus facilement échanger avec des collègues italiens. Dans la presse , « les journaux ont fait quand même état des initiatives institutionnelles du « Comitato interministeriale per le Commemorazioni », comme ils ont permis à Umberto Ecco de rappeler dans l’Expresso du 8 janvier 2014 l’importance de la mémoire afin d’éviter « l’appiattimento del passato in una nebulosa indifferianze » ou encore l’historien Ernesto Galli della Loggia d’écrire qu’il ne suffit pas de dure que la guerre fut tragique et inutile (« l’’inutile strage é unà gigantesca notte in cui tutte le vacche sono grigie »). Gabrielle Kerleroux a choisi une sélection d’articles sur ce sujet. Puis suivent des articles sur la chanson (« Les chansons de la Grande Guerre en Italie » par Olivier Morin, « Résistance et émigration italienne - Le cas du groupe Manouchian ou ceux de l’affiche rouge » par Patrizia Bisson, la mode (« Moda e guerra » par Patrizia Bisson), le sport (« Sport tra la prima et la seconda guerre mondiale. L’evoluzione in Italia » par Patrizia Bisson, le cinéma (« Breve excursus sul cinema italiano prima e seconda guerre mondiale » par Marianna Pisci-Bouziani), la cuisine (« Libri e cuccina tra le due guerre » par Patrizia Bisson)...

Autres thématiques traitées dans ce Bulletin

  • Pour la classe
    « Moti e eroi durante le due guerre » (Terminale) par K.Zanfirni.
    Il s’agit de deux textes que la collègue a préparé pour des classes de Terminale LV2 en entraînement à la compréhension et à l’expression écrite dans le cadre de « Mythes et Héros » .Ces textes ont été choisis car ils témoignent de l’évolution du « héros » entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Le premier texte est du poète Umberto Saba (Trieste 1883 –Gorizia 1957), le second : « L’eroismodella povera Gente » est un texte de Luigo Meneglio I Piccoli maestri (1964). Le second projet est une étude du téléfilm « Le raggaze dello swing », RAÎ Fiction, 2010 par Sylvain Luinati, professeur d’italien au Lycée Einstein de Sainte Geneviève des Bois (91300).
  • La ministera fiamma della regina Loana, par Umberto Eco, version pour l’agrégation externe de Lettres modernes.
    Gabrielle Kerleroux présente ce texte et évoque la figure d’ Umberto Eco. Né dans le Piémont, professeur de sémiotique, directeur des études littéraires à l’université de Bologne, chroniqueur à l’Expresso, auteur de nombreux ouvrages dont un des plus célèbres a été adapté au cinéma (« Le nom de la Rose » par Jean-Jacques Annaud), il raconte ici comment un libraire antique de renommée mondiale se trouve frappé à l’âge de 60 ans d’amnésie. Il se lance dans un jeu de piste à la recherche de sa mémoire perdue. Du. passé émergent les étapes de sa vie de jeune garçon à l’époque de Mussolini, et partant une chronique familiale sur fond de « ventennio » fasciste se dessine. Il se demande s’il fut du bon côté.

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