« Le Discours à la Jeunesse » de Jean Jaurès (1903) Hommage national après les attentats - 16 novembre 2015

- [Télécharger l'article au format PDF]

Cher(e)s collègues,

La Rédaction relaie ci-après un message de nos collègues du Bureau de la Régionale APHG du Nord-Pas-de-Calais à propos de la minute de silence observée ce lundi 16 novembre 2015, dans tous les établissements scolaires. Plusieurs collègues de l’académie de Lille utiliseront le texte de Jean Jaurès, que nous publions ci-dessous, dans leurs classes cette semaine.

Un grand merci à notre collègue Ann-Laure Lièval, professeur à Lille, qui nous a transmis ses notes, et à Monsieur Vincent Duclert, Historien, Inspecteur général de l’Education nationale, pour avoir partagé le texte suivant avec les participants à la Journée de formation de l’APHG Lille, qui s’est tenue samedi dernier.

« Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel » (Jean Jaurès)

« Penser pour résister » - Journée d’étude de l’APHG Nord-Pas-de-Calais, samedi 14 novembre 2015. En présence de Vincent Duclert. © Photo APHG Lille DR.

Lors de la journée d’étude de l’APHG sur le XIXe siècle qui a eu lieu samedi 14 novembre 2015 à l’Université de Lille 3, malgré tout, et bien qu’écourtée, Vincent Duclert, Historien, Inspecteur général de l’Education nationale, a partagé avec nous cet extrait du célèbre discours de JEAN JAURÈS aux Lycéens d’Albi (1903), qui résonne incroyablement avec notre actualité, et que je lirai aussi à mes élèves mardi :

« L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication. Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit : c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; (...) Le courage, c’est d’être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale. (...) Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir, mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Jean Jaurès, « Discours à la Jeunesse », Albi, 1903. [1]

Lille, le 14 novembre 2015.

Ann-Laure Lièval

Les services de la Rédaction via le Bureau APHG Nord-Pas-de-Calais et Ann-Laure Lièval. Tous droits réservés. 16/11/2015.