Les derniers clous sur le cercueil du Baccalauréat ? Communiqué de l’APHG

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Chaque étape de la réforme du lycée délivre une modification profonde des conditions de travail des élèves et de leurs professeurs dont les effets délétères ont été régulièrement pointés par l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG).

Un an de difficultés multiples liées à la pandémie a montré que, pourtant régulièrement alerté, le ministère n’a jamais fait preuve de l’anticipation nécessaire. Entre injonctions contradictoires et précipitation, les équipes pédagogiques ont fait le maximum pour préparer au mieux leurs élèves. Convocations envoyées au dernier moment, parfois le jour-même de l’épreuve, jurys convoqués comme « spécialistes » d’un enseignement qui n’est pas le leur, élèves se retrouvant plusieurs heures sans jury… Les épreuves du baccalauréat 2021, celles de la première année de la réforme, se sont déroulées dans un désordre sans pareil. Les autorités rectorales et ministérielles minimisent la réalité mais prennent soin d’en attribuer la faute sur les professeurs qui ne peuvent que subir les effets d’une usine à gaz contre lesquels nous avions alerté dès novembre 2017 ! C’est irresponsable et, dans le climat qui est le nôtre, c’est choisir de jeter l’opprobre sur les professeurs. Tant bien que mal, les épreuves ont finalement été passées. Mais à quel prix ?

Alors que les délibérations vont se tenir, le Comité de suivi de la réforme du lycée propose des ajustements, repris dans un communiqué de presse du Ministère de l’Education nationale, sans même avoir pris soin de consulter les associations disciplinaires ni d’évaluer sereinement la structure actuelle de la réforme en cours. Les épreuves communes de contrôle continu seraient supprimées tandis que la part d’un contrôle continu total serait renforcée dans le calcul de la note finale, passant de 10 à 40%. Que ces épreuves disparaissent ne nous attriste guère, car la première et unique session, passée au cœur de l’hiver 2020, avait montré que nous avions raison de dénoncer les prévisibles lourdeurs d’organisation ! Mais qu’on leur substitue un contrôle continu total nous alarme et nous scandalise : l’évaluation permanente, si insupportable avec les EC, s’en trouvera renforcée et élevée au rang de dogme. Avec elle, ce sont des élèves toujours davantage en souffrance, pour qui le moindre échec, loin d’être formateur, pourra être perçu comme une menace immédiate sur leur avenir. Avec elle, ce sont des professeurs toujours davantage sous pression, de parents revendicatifs ou de chefs d’établissement soucieux de la réputation de leur lycée, professeurs à qui ne sera apporté aucune aide ni soutien. Avec elle, ce sont des sélections dans le supérieur qui se feront au bénéfice des élèves fréquentant les lycées de bonne réputation. Avec elle, c’est une préparation dégradée aux exigences des études supérieures, alors que la marche à franchir entre la terminale et la première année du supérieur s’avère déjà bien haute pour nombre de lycéens. L’APHG craint que ces nouvelles annonces n’aggravent de manière irréversible la perte de confiance des enseignants dans l’Institution.

Le Bureau national de l’APHG dénonce ce passage en force sans aucune prise en compte des arguments que l’association développe inlassablement depuis sa première audition en 2017 et demande énergiquement le maintien d’une épreuve écrite terminale dans toutes les disciplines pour les lycéens, au même rang que la philosophie, dès la session de juin 2022. Il semble important de garder à l’esprit que si des réformes sont nécessaires, et que l’APHG souhaite une amélioration de notre système éducatif et le renforcement de l’enseignement moral et civique [1], elles ne sauraient pour autant se traduire par une nouvelle dégradation des conditions de travail des professeurs et des élèves, et ce, dans le contexte déjà difficile de crise sanitaire. Il serait sage de ne pas favoriser le découragement et le désinvestissement alors que très nombreux sont celles et ceux qui ne comptent pas leur temps pour la réussite des élèves et qui souhaitent pouvoir travailler avec joie et passion. L’association préparera un ensemble de propositions alternatives s’inscrivant dans un cadre, des principes et des démarches, respectueux de l’intérêt de tous les lycéens. Elle appelle toutes les organisations des enseignants et les partenaires du système éducatif à la mobilisation afin de faire vivre le projet d’une école humaniste et démocratique permettant à tous les élèves de faire République !

Le Bureau national de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie - APHG.

© Les services de la rédaction d’Historiens & Géographes - Tous droits réservés. 29/06/2021.

Notes

[1Extrait du texte du communiqué : « L’enseignement moral et civique, qui contribue tout particulièrement à l’acquisition des valeurs de la République et de la laïcité, serait ainsi distingué dans l’évaluation ».