« Mademoiselle France pleure », un film de Vijay Singh Compte-rendu culturel de la rédaction

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Mademoiselle France pleure, un film de Vijay Singh, 2016, produit par Silhouette Film en coproduction avec RSTV (Inde), avec le soutien de France Télévisions et du Ministère de la Défense. Dans le grand amphi Foch de l’Ecole Militaire, ce film a été présenté à un public très nombreux, en présence de l’Ambassadeur de l’Inde en France et de Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants et de la Mémoire. Dans leurs discours, l’Ambassadeur et le Secrétaire d’Etat ont parlé des liens qui unissent nos deux pays. Liens culturels, économiques et militaires. L’Inde a passé un très récent contrat pour l’achat de 36 Rafales.

Mademoiselle France pleure est un documentaire-fiction qui brosse un portrait émouvant des soldats indiens qui sont venus en Belgique et en France en 1914 au nombre de 140 000 soldats et travailleurs pour combattre aux côtés des Britanniques et des Français. Ce fait n’a guère été mentionné, même passé sous silence dans les ouvrages sur d’histoire de France.

Dans ce film, Vija Singh raconte l’histoire des ces soldats avec un regard d’affection et d’humanisme. Pendant leur permission en France, des soldats indiens ont noué des relations affectives avec des femmes françaises. Des enfants sont venus au monde. Mais cela fut la plupart du temps caché. Les enfants furent l’objet d’ostracisme. Ce film s’inspire d’une histoire authentique. Une jeune fille, arrière -petite-fille (jouée par Paloma Coquant), d’un soldat inconnu indien et de la française qui l’avait accueilli en France, voyage à travers la France et la Belgique, l’Angleterre et l’Inde pour trouver des traces de ce soldat. En vain ; Mais c’est l’occasion de découvrir la vraie petite-fille de ce soldat, qui a accepté de parler de son père et de sa mère. Le film montre l’hommage de rite hindou qui lui est rendu par la grand-mère et sa petite fille. Superbement filmé et poignant.

Le réalisateur a fondé son travail sur des archives en Inde et dans les pays européens, sur une collection de 600 lettres de soldats envoyées au pays décrivant leur expérience en France. Il n’existe que 37 photos sur les soldats indiens et 1 minute de film ! Il est allé filmer la fête annuelle dans un village indien en hommage aux soldats tombés sur les champs de bataille. Plus de 10 000 ont trouvé la mort, dont les noms figurent dans le mémorial de Neuve-La-Chapelle (inauguré le 7 octobre 1927 par le Maréchal Foch), à Ypres, à Notre Dame de Lorette et sur « l’anneau de la mémoire » (inauguré en 2014 par le Président de la République François Hollande) qui compte plus de 650 000 soldats tués de toute origine, soldats et gradés classés par ordre alphabétique. Il faut savoir aussi que les Indiens se sont battus en Mésopotamie et sur tous les fronts. Plus de 2 millions ont été engagés dans l’armée britannique. Leurs motivations étaient souvent la solde, pourtant très faible en roupies. Le corps d’armée indien en France est composé de 100 000 hommes, regroupés en deux divisions d’infanterie et deux divisions de cavalerie. Les premiers soldats indiens ont débarqué à Marseille le 26 septembre 1914 où ils ont reçu un très bon accueil, mais très vite ils ont été directement envoyés en Belgique et ont subi les tirs d’artillerie et de mitrailleuses de l’ennemi.

Ce film est un chant d’amour et de tristesse, un hommage à l’Inde à travers des paysages et des sites majestueux et magnifiquement filmés, aux paysages picards ou aux étendues immenses des plaines de la Flandre, aux plages de la Mer du Nord, aux lieux de mémoire, aux cimetières, aux soldats. C’est un film en phase avec le tourisme de mémoire.

Né en Inde en 1952, Vijay Singh est un romancier indien établi à Paris. Jaya, Fille du Gange, son premier long métrage, est resté à l’affiche 49 semaines à Paris avant de connaitre le même succès en Angleterre.

Parmi les livres sur lesquels s’est appuyé l’auteur - sans le citer - est le livre écrit par Douglas Gressieux, président de l’association Les Comptoirs de l’Inde, qui travaille sur les anciens Comptoirs de l’Inde. [1] Inlassablement, il collectionne, rassemble de la documentation, organise des conférences et des expositions sur les troupes indiennes.

Page Facebook : https://www.facebook.com/mademoisel...

© Les services culturels de la revue Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 28 septembre 2016.

Illustration  : Farewell My Indian Soldier, Mademoiselle France pleure, © http://mediaindia.eu/ source

Notes

[1Douglas Gressieux, Les troupes indiennes en France 1914-1918, Editions Alain Sutton, 2007.