Manifeste des Etats Généraux de l’Histoire et de la Géographie des 17 et 18/12/1977 Nos fondamentaux

- [Télécharger l'article au format PDF]

Nous reproduisons ci-dessous le texte de référence et toujours actuel des Premiers Etats Généraux de l’Histoire-Géographie, organisés à Paris par l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) les 17 et 18 décembre 1977.

La Rédaction du site www.aphg.fr

Exposé des Motifs

La tribune de l’assemblée générale de l’APHG du 30 novembre 1980 - ENS rue d’Ulm. De gauche à droite : Bernard Phan, Jacques Aldebert, Odette Lacuèva, Jean Peyrot, Hubert Tison et Daniel Jean-Jay (Photo A. Brunet)

L’Histoire et la Géographie, disciplines, aujourd’hui et sans plus d’examen, jugées de formation traditionnelle, font l’objet d’attaques de toutes natures qui témoignent souvent d’ignorance et d’esprit partisan. En un temps de mutation ou de dissolution des structures intellectuelles et mentales d’hier, ces attaques portent gravement atteinte à l’éducation du citoyen comme elles ruinent sa confiance en l’Ecole. Elles appellent une réflexion de tous sur la place que tiennent et le rôle que pourraient jouer l’Histoire et la Géographie dans le monde actuel.

Deux observations encouragent d’autre part à cette réflexion :

  • Il existe aujourd’hui une indiscutable curiosité, un réel intérêt pour les temps passés ou les mondes extérieurs ; l’engouement, parfois désordonné, pour l’archéologie, le folklore ou les enquêtes au village, l’essor des déplacements lointains ou l’audience des problèmes d’environnement et d’écologie, dans le domaine des moyens d’accès à la connaissance, l’éclatant succès d’émissions télévisées ou du tourisme organisé, les tirages importants de publications historiques de tout niveau, ou la diffusion massive de cartes géographiques, en témoignent évidemment. L’Histoire et la Géographie sont devenues biens de consommation.
  • Mais en même temps l’information offerte au public de tous âges et de toutes cultures se présente le plus souvent sous une apparence pulvérisée (données brutalement et rapidement arrachées à leur contexte d’espace et de durée), ou encore simplifiée au point de ne plus offrir la moindre aspérité où s’accrocherait le sens critique, trop souvent aussi exceptionnelle, provocante, seulement liée aux modes et aux fantasmes. L’adulte, comme l’adolescent, ne perçoit dans cet excès d’information aucun lien interne logique, aucune hiérarchie de valeur ; il est conduit à adopter à son égard une dangereuse attitude de conformisme, de docilité, de passivité.

Cependant, aspirer à la découverte ou rechercher le dépaysement dans le temps ou l’espace est une donnée positive de l’esprit humain ; elle témoigne peut-être d’un certain désarroi, mais aussi d’un vif désir de retrouver sa propre identité ou sa propre place dans le monde. C’est à l’histoire et à la géographie de satisfaire et de structurer cette exigence légitime.

De l’objectivité

L’Histoire comme la Géographie élaborent puis enregistrent des faits dont elles ont dégagé places et caractères : comme toutes les sciences, elles ne peuvent être purement descriptives : leur objectivité repose sur la présentation de tous les éléments qui constituent ces faits et permettent d’en rechercher la signification totale ; parce qu’elles s’insèrent dans un temps et un espace particuliers, parce qu’elles classent ainsi et trient les données, l’Histoire et la Géographie ne peuvent être neutres.

De la tolérance

La Géographie comme l’Histoire sont sciences de l’homme ; elles doivent donc s’efforcer de les connaître tous, de comprendre tous les types de société, d’admettre les comportements insolites d’aujourd’hui comme d’hier, de mesurer la place relative qui est la nôtre dans le monde. Parce que l’intolérable porte atteinte aux droits de l’Homme, il doit être dénoncé, mais après avoir été effectivement analysé. En effet, l’Histoire et la Géographie, parce qu’elles sont sources de tolérance ne peuvent être complaisance.

De la responsabilité

Jean Peyrot, Président de l’APHG (1975-1995)

Parce qu’elles fondent leurs connaissances sur le document et non sur l’actualité, l’Histoire et la Géographie permettent aux Hommes d’échapper à la tyrannie du présent ; elles apportent ainsi l’esprit et le sens critique sans lesquels il n’y a pas de liberté ; elles forment la base de toute comparaison sociale, économique, culturelle, politique ; elles opposent ainsi la notion de pluralité à celle de conformisme, de responsabilité à celle de fatalisme. Sources essentielles de formation civique, elles replacent l’Homme, particulièrement comme travailleur et citoyen, dans son cadre temporel et spatial ; elles lui montrent qu’il est capable de modeler son environnement et de faire sa propre histoire ; elles l’incitent à être acteur dans les changements du monde. S’il ne peut, notamment grâce à elles, saisir sa responsabilité, l’Homme demeure asservi au superficiel, à la publicité, à la propagande et au mensonge.

De l’intelligence du monde contemporain

Par les connaissances qu’elles diffusent, l’Histoire comme la Géographie fournissent les bases de toute connaissance du monde contemporain ; elles permettent d’en saisir