Paul Bert, l’inventeur de l’école laïque Compte-rendu de la rédaction

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Rémi Dalisson, Paul Bert, l’inventeur de l’école laïque. Armand Colin (2015), 336 pages, 22 euros.

Par Sylvie Rachet [1]

Cette biographie de Paul Bert est la bienvenue, car, si son nom est bien connu, grâce aux rues et aux établissements scolaires qui le portent, son œuvre est souvent oubliée dans le meilleur des cas, ignorée dans le pire.

Le livre est divisé en deux parties :

La première partie, intitulée « Itinéraire d’un scientifique patriote, éducateur et républicain » est une biographie complète qui n’oublie aucune des options de l’homme et qui cherche à nous faire comprendre le parcours si riche de Paul Bert, homme de science et homme politique. Son père le destinait à une carrière juridique, mais il résiste à la volonté paternelle et s’oriente vers des études scientifiques qui le conduiront à être un des plus grands scientifiques de son temps, disciple et ami de Claude Bernard avant d’en être le successeur. Chargé de cours de zoologie à l’université de Bordeaux en 1866, il est nommé au muséum d’histoire naturelle à Paris, chargé de cours de physiologie. L’auteur situe parfaitement Paul Bert dans le monde scientifique de l’époque. Ainsi la pratique de la vivisection, souvent reprochée à Paul Bert et à Claude Bernard est contextualisée, ce qui évite tout anachronisme. Raison et esprit critique sont les mots qui qualifient le mieux le parcours du savant. Il appartient à de multiples sociétés (l’auteur nous en donne la liste en annexe). Elles le mettent au centre de nombreux réseaux qui le conduisent naturellement vers la vie politique. « Ses convictions républicaines sont solides, son désir d’engagement fort et ses réseaux en cours d’élargissement… » nous indique l’auteur.

La guerre de 70 joue un rôle capital dans son engagement politique : « si la France était restée victorieuse, si la défaite n’était pas venue l’accabler et l’amoindrir, je ne serais pas sorti du domaine scientifique auquel j’avais voué ma vie… » reconnait Paul Bert. Il s’oppose au pouvoir insurrectionnel de la Commune et suit la politique de Gambetta, faite de modération, afin d’assurer à la jeune République de solides appuis et de rallier le monde paysan. Jeune élu municipal d’Auxerre, puis conseiller général, il « rode ses thématiques et s’affirme en parfait républicain... » Il rencontre de plus en plus Gambetta avec lequel il se lie d’amitié. Il devient « l’homme de Gambetta » et mène, en parallèle à sa carrière scientifique, une brillante carrière politique. En 1882, à l’âge de 48 ans, il est nommé ministre de l’Instruction Publique des Cultes et des Beaux Arts. C’est pour lui l’occasion de mettre en œuvre ses convictions. Il garde une grande partie de l’administration de Jules Ferry en conservant auprès de lui des hommes comme Ferdinand Buisson (libre penseur comme lui et théoricien de la laïcité).

L’auteur nous le présente comme un grand pédagogue qui a la volonté farouche de former des citoyens libres, capables de réfléchir par eux mêmes, et désireux de défendre les valeurs de la République et leur patrie : « par l’école, pour la patrie » est sa devise. Les programmes de la loi de mars 1882 témoignent de cette volonté dans un pays traumatisé par la défaite et tourné vers la Revanche pour laquelle le pays doit se tenir prêt, ce qui explique les bataillons scolaires. Grand républicain, Paul Bert est aussi un laïque intransigeant, auteur d’un manuel d’instruction civique. Son œuvre pour la laïcité à l’école est le centre du livre de Rémi Dalisson.

La dernière partie de la vie de Paul Bert, en Indochine où il est nommé Résident général en 1886, nous le montre à l’œuvre dans la mise en pratique de sa pensée coloniale. L’auteur fait une très bonne mise au point sur les « errements d’un pays pétri d’ethnocentrisme et de certitudes... » Ce qui permet d’éviter tout anachronisme et toute velléité de voir en Paul Bert un raciste.

La deuxième partie : « Paul Bert : images, mémoires et controverses » est beaucoup plus brève. Elle permet d’illustrer et de compléter la première partie. Les caricatures présentées sont commentées avec une grande précision.

La conclusion, remarquable, nous donne une définition claire de la laïcité (fortement inspirée d’Henri Peña-Ruiz, comme nous l’indique l’auteur) à un moment où celle-ci subit des assauts et perd toujours plus terrain.

Des annexes et des notes très fournies complètent bien l’ouvrage.

Ce livre présente parfaitement la vie et les combats de Paul Bert, pose bien les contradictions du personnage et nous plonge dans les luttes des premières années de la République. L’auteur contextualise remarquablement l’œuvre de Paul Bert. Il nous donne, en outre, une belle mise au point sur la laïcité.

© Sylvie Rachet pour la revue Historiens & Géographes

© Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 20/11/2015. Tous droits réservés.

Notes

[1Membre de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes