Penser l’oubli après 1945. Voies du silence, voix de l’absence Compte-rendu de la rédaction

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Fabienne Federini, Penser l’oubli après 1945. Voies du silence, voix de l’absence, éditions L’Harmattan, 2015, 375 pages, 38 euros.

Plus de 70 ans après les faits, le nazisme, la collaboration, la Résistance et le génocide habitent encore notre mémoire collective. A ce titre, ils constituent des enjeux politiques forts pour nos sociétés nationale et européenne. Car le passé - qui ne passe pas, pour reprendre le titre d’un livre qui marqua naguère son époque [1] - vit toujours dans notre présent et conditionne en grande partie notre futur.

Dès lors que la Résistance a été un combat contre l’occupant, elle a généré de la violence, une violence ciblée - « Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves / Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous en crève... » dit sans fard le Chant des Partisans - et elle a aussi généré en retour une violence aveugle de la part de l’occupant et de ses suppôts. C’est cette violence infligée et subie par les résistants et déportés qui est au cœur des questionnements d’un ouvrage sur les « silences » de la Résistance.

D’après son auteur en effet, les résistants se seraient tus au lendemain de la guerre en raison du malaise, voire de la honte, qu’ils éprouvaient à l’égard d’une violence qu’ils avaient infligée et qui les aurait durablement traumatisés (!) « Ohé, les tueurs, à la balle et au couteau, tuez vite ! » dit pourtant, là encore sans fard, le Chant des Partisans, car c’était la guerre, et s’il n’y avait pas à être fier d’avoir tué un traître ou un collaborateur, il n’y avait pas non plus à en avoir honte. Mais pour cette raison, selon l’auteur, les résistants et déportés se seraient repliés sur eux-mêmes afin de pratiquer une sociabilité de l« entre-soi » dont la FNDIRP aurait été la parfaite illustration (!) Leur silence aurait ainsi favorisé, puis validé, la diffusion du fameux « mythe résistancialiste » évoqué plus haut. [2] Passons sur le fait que l’auteur confonde allègrement les mémoires résistante et déportée de la violence ; passons aussi sur le fait que, loin de pratiquer « l’entre-soi », la FNDIRP s’est ouverte dès son origine sur la société pour l’alerter et chercher à empêcher le retour des idées qui avaient rendu possible le nazisme et Vichy ; passons encore sur le fait que l’auteur a bien du mal - et pour cause ! - à étayer les preuves du « mythe résistancialiste ».

Tout cela compte finalement assez peu car l’ouvrage souffre avant tout d’un présupposé de départ totalement faux (« Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute... » dit toujours le Chant des Partisans qui justifie ainsi, sans complexe, l’emploi de la violence) et il souffre aussi d’un manque de cohérence interne, ses différentes parties étant souvent bonnes, voire très bonnes, mais son tout ne traitant qu’incomplètement le sujet annoncé. C’est dommage car l’auteur connaît intimement les écrivains de la Résistance - Char notamment - et elle avait pour intention initiale de défendre leur mémoire...

Voir la notice de l’ouvrage sur le site de l’éditeur

© Franck Schwab, Le Patriote Résistant (Revue mensuelle de la Fédération Nationale Déportés et Internes Résistants et Patriotes, créé en 1946) n° 909 - juin 2016, p. 20. Tous droits réservés. Avec l’aimable autorisation de la Rédaction.

© Les services de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 5 juillet 2016.

Notes

[1Eric Conan et Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, éditions Fayard, 1994.

[2Compte-rendu de l’ouvrage d’Henry Rousso, Face au passé, Essais sur la mémoire contemporaine, en ligne : https://www.aphg.fr/l-enseignant/ly... NDLR.