Shoah et bande dessinée. L’image au service de la mémoire Compte-rendu / Histoire contemporaine

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Dans le cadre de l’exposition « Shoah et bande dessinée » réalisée par le Mémorial de la Shoah (janvier-octobre 2017), a été publié un album Shoah et Bande dessinée. L’image au service de la mémoire, sous la direction Didier Pasamenik et de Joël Kotek. Préface d’Annette Wieviorka, Mémorial de la Shoah, Denoël Graphic, 168 pages, 29 euros.

Aucun événement n’échappe à la fiction. La Bande dessinée s’est aventurée comme la littérature et le cinéma sur le terrain de la Shoah. Chacun connaît Maus d’Art Spiegelman. Mais en dehors de ce chef d’œuvre, comment les acteurs graphiques se sont-ils emparés du sujet ? C’est à ces interrogations que répond l’exposition Shoah et Bande Dessinée, proposée par le Mémorial en 2017. Ce livre s’en fait l’écho, en approfondit le questionnement et donne à voir comment l’image au service de la mémoire a fait passer l’horreur indicible de l’ombre à la lumière.

Joël Kotek et Didier Pasamonik retracent l’histoire de la Bande dessinée face à la Shoah. Après une période d’amnésie de 1944 aux années 80, c’est l’inexorable retour du refoulé des années 1970-1995, puis la mémoire apaisée des années 2000 (cf. la déclaration historique du Président Jacques Chirac du 16 juillet 1995 lors du 53e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv).

La Shoah est définitivement entrée dans l’univers de la BD en même temps qu’elle acquiert ses lettres de noblesse avec l’éclosion des romans graphiques, vecteurs privilégiés du discours mémoriel dans le 9éme art. Une mémoire quelquefois dénaturée et instrumentalisée.

Le chapitre 1 concerne la lente gestation de la Shoah dans la BD. La naissance d’un sujet (Joël Kotek, Didier Pasamonik) ; Premiers Témoins, Premiers dessins (Joël Kotek, Didier Pasamonik) ; La Bête est morte. La première mention de la Shoah dans la Bande dessinée (Tal Brutmann), Master Race : le récit graphique comme forme d’art [1] (Art Spiegelman).

Le chapitre 2, L’impuissance des Super-héros, Le tombeau du spirit (Joël Kotek, Didier Pasamonik) ; Pourquoi les Super-Héros n’ont-ils pas libéré Auschwitz ?(Jean-Paul Gabilliet), X-Men dans l’ombre de la Shoah (Tal Brutmann) ; L’homme qui fit de Magneto un rescapé de la Shoah (Chris Claremont).

Chapitre 3, La Révolution Maus, Comment Maus a changé le 9e Art ? (Tal Brutmann) ; Art Spiegelman : un enfant de survivants, Maus : une histoire de famille (Martin Winckler).

Chapitre 4, Les enfants d’Holocaust ; L’histoire des 3 Adolf : la mélodie de l’horreur (Didier Pasamonik) ; L’outrageant Lord Horror (Paul Gravett) ; Charlie / Shoah (Pascal Ory) ; Hitler = SS, procès et interdictions (Bernard Joubert) ; Rure dans la fachosphère, quand un dessin est-il antisémite ? (Jean-Yves Camus).

Chapitre 5, Transmission et références, Shoah et Bande dessinée : un récit à deux temps (Charlotte F. Werbe) ; Victimes en case (Lucie Servin) ; Qui se soucie des Arméniens ? (Laurent Mélikian) ; Mémoires Rwandaises (Florian Florian Birnmeyer).

Chapitre 6 Un sujet d’histoire parmi d’autres, Georges Bensoussan « On peut faire comprendre l’horreur sans tomber dans le voyeurisme », propos recueillis par Didier Pasamonik ; Une esthétique de l’obscène (Ophir Lévy) ; Bande dessinée, Lieu de Mémoire (Joël Kotek, Didier Pasasamonik) ; Le dernier combat de Will Eisner (Benjamin Herzberg).

Un livre à lire sur une exposition à voir, très bien présenté et illustré qui a sa place dans les CDI des établissements.

Voir en ligne sur le site de l’éditeur

© Les services culturels de la revue Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 05/06/2017.

Notes

[1Avec une série de planches. NDLR.