Sommaire et résumés des articles du dossier. Juin 1940 : continuer ou arrêter la guerre Historiens & Géographes n° 450 (parution le 30/05/2020)

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Dossier « Juin 1940 : continuer ou arrêter la guerre »

Sous la direction de Fabrice GRENARD pour la Fondation de la Résistance

Dossier en partenariat avec la Fondation de la Résistance.

Programme de Terminale voies générale et technologique applicable en septembre 2020 (Thème 1 – Fragilités des démocraties, totalitarismes et Seconde Guerre mondiale, 1929-1945 / Chapitre 3 – La Seconde Guerre mondiale / Points de passage et d’ouverture : « Juin 1940 en France : continuer ou arrêter la guerre [uniquement en voie générale] ; « De Gaulle et la France libre »).

Le général de Gaulle au micro de la BBC (source : © Fondation Charles de Gaulle). Droits réservés.

Juin 1940…

• Introduction par Fabrice GRENARD, Directeur scientifique de la Fondation de la Résistance. 129

• De la défaite à l’effondrement par Hélène STAES 130

• Poursuivre la lutte ou arrêter la guerre ? Les débats au sein du gouvernement Reynaud par Fabrice GRENARD 135

• L’armistice et sa signification par Fabrice GRENARD 140

• Une autre analyse du conflit : l’appel du 18 juin par Laurence NEGRI 145

• Les premières réactions et formes de désobéissance en métropole. 1940 par Cécile VAST 149

• Les mémoires brouillées de 1940 par Gilles VERGNON 152

Point de passage et d’ouverture : De Gaulle et la France libre

• De Gaulle et la France libre : gagner la légitimité par Sylvain CORNIL FRERROT 156

• Le rôle militaire de la France libre aux côtés des Alliés par Julie LE GAC 161

• Les Français libres. Un groupe singulier dans l’univers résistant français par Jean-François MURACCIOLE 165

Résumés des articles (français/anglais)

De la défaite à l’effondrement par Hélène STAES

L’année 1940 est marquée en France par une défaite militaire humiliante qui stupéfait le monde entier. La défaite n’a pas pu être pensée par les contemporains car aucun signe avant-coureur ne permettait de l’anticiper. Grande puissance coloniale, la France est une force militaire redoutée quand elle déclare la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939 aux côtés des Britanniques. Ses forces armées lui permettent de rivaliser avec l’armée allemande et la mobilisation indique que les hommes sont prêts à se battre. Après huit mois d’une « drôle de guerre » qui déconcerte l’opinion, la rapidité de la défaite en mai-juin 1940 provoque un effondrement brutal du pays et de ses structures, avec près de huit millions de réfugiés sur les routes. Cet effondrement est vécu comme un traumatisme par les Français qui entrent alors de plain-pied dans les « années noires ».

Hélène STAES. From defeat to collapse.

In France, 1940 was the year of a humiliating military defeat which surprised the whole world. It could not have been anticipated by its contemporaries since there had been no precursory sign. France was a great colonial power and a dreaded military force when it declared war to Germany on Sept. 3, 1939, alongside Great Britain. The French army was a strong contender for the German forces and the general mobilisation indicated that the men were ready to fight. After eight months of the “Phoney War”, which perplexed the public, the swiftness of the defeat in May-June 1940 provoked a brutal collapse of the country and its structures, resulting in close to eight million refugees taking to the roads. This collapse was a trauma for the French population, and signaled the beginning of what is know as the “dark years”.

Poursuivre la lutte ou arrêter la guerre ? Les débats au sein du gouvernement Reynaud par Fabrice GRENARD

Succédant en mars 1940 à Édouard Daladier à la présidence du Conseil, Paul Reynaud échoue à constituer un véritable « cabinet de guerre » et doit composer au sein même de son gouvernement avec la persistance du courant « pacifiste » qui demande l’ouverture de négociations avec l’Allemagne. L’offensive allemande du 10 mai 1940 provoque un effondrement militaire qui s’accompagne d’une véritable crise politique dès lors que le gouvernement apparaît miné par l’opposition entre les partisans d’un armistice et ceux qui souhaitent continuer la lutte aux côtés des Britanniques grâce aux ressources de l’Empire et à la flotte demeurée intacte. Les arguments de chaque camp montrent que sont déjà en germe les deux visions géopolitiques qui allaient caractériser par la suite le régime de Vichy et sa politique de collaboration d’un côté, la France libre et la poursuite de la guerre aux côtés des Alliés de l’autre.

Fabrice GRENARD. Continuing the fight or ending the war ?

In march 1940, Paul Reynaud becomes the new Council president after Edouard Daladier and he fails to constitute an actual “war cabinet”. Additionally, he has to deal with a persisting pacifist movement from within his government, demanding that he negotiates with Germany. The German attack on May 10, 1940 causes a military collapse as well as a genuine political crisis. Indeed, the government seems undermined by an opposition between members in favour of a truce and those who wish to continue the fight alongside the British forces, thanks to resources from the Empire and to the still intact naval fleet. The arguments used by each side show that two geopolitical visions are already emerging, that will shape Vichy France and its political collaboration on the one hand, and Free France and the continuation of war with the Allied forces on the other.

L’armistice et sa signification par Fabrice GRENARD

L’armistice signé dans la clairière de Rethondes entre les délégations françaises et allemandes le 22 juin 1940 marque la fin de la bataille de France. Pour Hitler, cet armistice constitue la revanche de 1918 et permet d’imposer des conditions très dures à la France, avec notamment l’occupation des deux-tiers de son territoire. Mais le « Führer » souhaite également que la France vaincue sorte définitivement du conflit. Il ne veut pas voir le gouvernement français quitter la métropole. Le chancelier du « Reich » renonce à certaines dispositions qui auraient pu faire échouer la négociation, notamment une occupation totale du territoire, l’occupation d’une partie de l’empire, la remise totale ou partielle de la flotte française. L’armistice est un événement considérable qui pose le cadre juridique de toute l’Occupation, place la France dans une dépendance totale à l’égard du Reich et constitue en réalité la matrice de toute la politique du futur gouvernement de Vichy, notamment la collaboration avec l’Allemagne.

Fabrice GRENARD. Armistice and its meaning

The armistice of 22 June 1940 signed in Rethondes by the French and German delegations ended the Battle of France. In Hitler’s mind, this armistice is the revenge for the armistice of 1918, and it enables him to impose very strict conditions, notably the occupation of two-thirds of the French territory. Besides, the Führer also wants France out of the conflict for good. He does not want the French government to leave the country. The chancellor of the Reich drops some of the conditions that might have caused the negotiation to fail, such as total occupation of the territory, of some of the colonial empire, and the partial or total delivery of the French fleet. The armistice is a major event which lays the legal ground of the German administration in occupied France, completely subordinates France to the Reich and is the direct origin of the future Vichy France political orientation, specifically collaboration with Germany.

Une autre analyse du conflit : l’appel du 18 juin 1940 par Laurence NEGRI

Dans l’appel qu’il prononce le 18 juin 1940 sur les ondes de la BBC, le général de Gaulle développe une autre vision du conflit que celle proposée par le maréchal Pétain dans son discours du 16 juin annonçant l’ouverture de discussions avec les Allemands en vue d’un armistice. Contrairement à Pétain, qui considère comme inéluctable la victoire allemande, de Gaulle a foi en l’avenir et anticipe sur les événements en évoquant une « guerre mondiale ». Forte des soutiens de son Empire, de « l’Angleterre qui tient la mer » et de « l’immense industrie des États-Unis », la France finira par l’emporter. Acte fondateur de la France libre et plus largement de la résistance française, le discours du 18 juin a pourtant été peu entendu sur le moment même. Si pour la première fois le mot de « résistance » est prononcé, la lutte que de Gaulle appelle à poursuivre se limite au seul domaine militaire et ne possède pas encore de dimension politique.

Laurence NEGRI. The Appeal of 18 June

In the appeal De Gaulle makes on 18 June 1940 on BBC Radio, he develops an alternative vision of the conflict, distinct from that which the maréchal Pétain had exposed in his 16 June speech to announce the opening of armistice talks with Germany. Contrary to Pétain, to whom the German victory was inevitable, De Gaulle places his hope in the future and anticipates a “world war.” Thanks to “a vast Empire behind her”, to “the British Empire that holds the sea” and to “the immense industry of the United States”, France will eventually be victorious. Seminal event of Free France and the Resistance in general though it may be, the Appeal of 18 June was not heard live by many. If he utters the word “resistance,” De Gaulle’s call focuses on military action and does not encompass politics yet.

Les premières réactions et formes de désobéissance en métropole. 1940 par Cécile VAST

Dans les semaines qui suivent l’effondrement du pays, la dénonciation de l’armistice et le rejet de l’occupation allemande suscitent les premières révoltes. Des tâtonnements et des actes dispersés de refus s’agrègent peu à peu. En 1940, ils marquent les débuts d’une Résistance à inventer : les structures, les actions, la clandestinité, l’espoir.

Cécile VAST. First responses

In the weeks following the collapse of the country, rejection of the armistice and of German occupation provoke the first acts of revolt. Scattered attempts and gestures of refusal start to aggregate. In 1940, they symbolize the onset of a Resistance which is yet to be invented : structures, actions, clandestinity, hope.

Les mémoires brouillées de 1940 par Gilles VERGNON

La mémoire collective, nous dit Henry Rousso, c’est « le présent du passé » ou « le souvenir vivace d’acteurs ou d’événements remarquables d’un passé proche ou lointain ». Or, s’il est bien un « événement remarquable » du XXe siècle, à l’échelle nationale et même mondiale, c’est bien l’écrasante défaite militaire française de mai-juin 1940, qui abat en six semaines une armée réputée et un régime apparemment solide, et ouvre la route au IIIe Reich pour la suite de son projet impérial. Si la séquence a fait l’objet de nombreux travaux historiques de qualité depuis des décennies, les modalités de configuration de sa mémoire, de son « souvenir vivace », sont plus délicates à établir…

Gilles VERGNON. The blurred memories of 1940

Collective memory, in the words of Henri Rousso, is “the present of the past” or “the vivid memory of remarkable people or events from a distant or close past.” One could argue that the crushing French military defeat of May-June 1940 precisely constitutes a “remarkable” event in the 20th century, at both the local and global scale : in a mere six weeks, the Third Reich collapsed a respected army and an apparently stable regime, thereby clearing the path for its imperial project. If that sequence has been widely covered by historians in the past decades, the subject of our “vivid memory” of it is more sensitive.

De Gaulle et la France libre : gagner la légitimité par Sylvain CORNIL FRERROT

En créant à Londres la France libre et en appelant ceux qui veulent continuer la lutte à le rejoindre, de Gaulle, souhaite maintenir la présence de la France dans la guerre, afin de lui garantir une place parmi les vainqueurs, le jour de la victoire. Mais il lui faut aussi remporter la bataille des opinions publiques, à la fois contre Vichy et les gouvernements alliés. Cela nécessite de gagner une légitimité dont de Gaulle apparaît au départ totalement dépourvu du fait de son isolement. Cela passe par la conquête d’une base territoriale au sein de l’Empire, la mise en place d’institutions permettant de doter la France libre de structure étatiques, le développement de relais dans le monde entier pour augmenter les ralliements. Ce combat pour doter la France libre d’une véritable légitimité a été long et difficile, avec parfois de véritables retours en arrière, comme le montre la mise à l’écart de de Gaulle lors du débarquement allié de novembre 1942 en Afrique du Nord. Il ne sera définitivement gagné qu’avec la création du CFLN (Comité français de libération nationale) en juin 1943 et sa reconnaissance officielle par les puissances alliées quelques mois plus tard.

Sylvain CORNIL-FRERROT. De Gaulle and Free France

When he created Free France in London and called upon anyone willing to continue the fight to join him, De Gaulle wanted to maintain France in the war so as to secure a place for the country among the victors when the time would come. But he also needed to win the battle of public opinions, both againt Vichy France and the Allied governments. De Gaulle, isolated in London, did not quite have the legitimacy required for this task. To acquire it, he had to conquer a territorial base in the Empire, set up institutions to give state-like structures to Free France, and garner worldwide support to increase the number of his recruits. This struggle to make Free France truly legitimate was long and arduous, with real setbacks, such as how De Gaulle was kept away from Operation Torch in November 1942. It took the creation of the French Committee of National Liberation (Comité français de libération nationale or CFLN) in June 1943 and its official recognition by Allied governments a few months later to establish the legitimacy of De Gaulle and Free France.

Le rôle militaire de la France Libre aux côtés des Alliés par Julie LE GAC

De nombreux efforts ont dû être déployés pour permettre à la France libre de reprendre place dans le combat contre l’Axe et incarner une « France combattante » qui pourra figurer dans le camp des vainqueurs en 1945. Commencé dans le désert libyen, avec la prise de l’oasis de Koufra par Leclerc et ses hommes, puis la défense de Bir Hakeim face à la progression de l’Afrikakorps de Rommel, l’épopée de la France libre se poursuit surtout après le débarquement allié en Afrique du Nord qui permet à l’action militaire des Français libres de changer d’échelle avec la fusion de l’Armée d’Afrique du général Giraud. La participation du corps expéditionnaire du général Juin à la campagne d’Italie, le rôle de l’armée B de De Lattre lors du débarquement de Provence, l’épopée de la 2e DB de Leclerc de la Normandie jusqu’à Strasbourg en passant par la libération de Paris, constituent autant d’événement qui marquent la renaissance militaire de la France et lui permettent de jouer un rôle aux côtés des Alliés dans les combats de la Libération.

Julie LE GAC. The military role of Free France

It took a lot of efforts to install Free France as a belligerent against the Axis and embody the “fighting France” which would be counted among the victors in 1945. It started in the Lybian desert, when Leclerc and his men took the Kufra oasis ; it continued with the defense of Bir Hakeim against Rommel’s Afrikakorps ; yet the adventure of Free France became more significant after the Allied attack in North Africa, which allowed French military action to change scale as it joined forces with the General Giraud’s African Army. The participation of General Juin’s expeditionary corps to the Italy campaign, the role played by De Lattre’s B army during the Provence débarquement, and the epic battles won by Leclerc’s 2nd Armored Division from Normandy to Paris and Strasbourg were major events leading up to the renaissance of the French miltary power and allowing the country to play an role alongside Allied forces in the battle for Liberation.

Les Français libres. Un groupe singulier dans l’univers résistant français par Jean-François MURRACIOLE

Les recrutements de la France libre ont connu une chronologie, une sociologie et des motivations de l’engagement en fort contrastes avec celles de la Résistance intérieure. La France libre recrute dès l’été 1940, même si les ralliements restent modestes (80 000 en juillet 1940). Après une période de vaches maigres, un second pic intervient au début 1943 grâce à deux événements majeurs : le débarquement allié en Afrique du Nord et l’instauration en France du STO qui fait exploser les évasions par l’Espagne. Sur le plan social, les Français libres forment un groupe en marge de la population française de l’époque. Avec un âge moyen d’engagement qui s’établit à 22,5 ans, les Français libres frappent par leur grande jeunesse. Les catégories ouvrières et paysannes y sont très peu représentées tandis que les classes supérieures sont nettement sur-représentées. Dans la majorité des cas enfin, le ralliement à la France libre s’explique d’abord par des motivations patriotiques. Il constitue un engagement « apolitique » qui ne s’inscrit pas dans la continuité d’un militantisme développé dans une organisation politique ou syndicale avant-guerre.

Jean-François MURRACIOLE. Free French

The timeline of rallyings to Free France, as well as the sociological profile and the motivations of the people joining De Gaulle differ vastly from the situation of the Resistance within the country. Free France recruited members as early as the summer of 1940, even though the numbers are still low (80,000 in July 1940). After a rather slow period, another peak is reached early in 1943 following two major events : Allied forces landing in North Africa and the instauration of the Service du Travail Obligatoire (Compulsory Work Service) which provokes a surge in the number of flights via Spain. Sociologically, Free French are marginals with regards to the overall French population. Aged 22 years and a half on average, they are very young. The working and rural classes are scarce, whereas upper classes are over-represented. For a majority of Free French, their rallying was motivated by patriotism : it was an apolitical gesture which did not follow any pre-war party or union membership.

Photo de couverture : Istanbul. Le Bosphore et la mosquée de Dolmabahçe vus depuis l’entrée du palais du même nom. © Jean-Marc FEVRET, 2012. Tous droits réservés.

La Fondation de la Résistance

Créée en 1993, la Fondation de la Résistance assume trois missions essentielles : sauvegarder la mémoire de tous les actes individuels et collectifs ayant marqué la Résistance intérieure et extérieure contre l’occupant nazi entre 1940 et 1945 ; transmettre aux jeunes générations et à la société civile les valeurs individuelles et collectives qui motivaient les acteurs de la Résistance ; pérenniser la mémoire des associations d’anciens résistants ne pouvant plus exister par elles-mêmes.
Pour répondre à ses différentes missions, la Fondation organise des manifestations scientifiques autour de l’histoire de la Résistance, propose des formations pédagogiques à destination des enseignants, publie une Lettre semestrielle et dispose également d’un Musée de la Résistance en ligne.
Très investie dans le Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD), c’est elle qui a coordonné la brochure nationale du concours pour la session 2019-2021 (« 1940. Entrer en Résistance »).

© La Fondation de la Résistance et Marc Charbonnier pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes - Tous droits réservés. Traduction (anglais) : Etienne Arrivé. 28 mai 2020. Mise en ligne le 08 juin 2020.