Table ronde Géopolitique des lieux saints en Méditerranée Compte-rendu de l’APHG Régionale Aix-Marseille

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Mercredi 29 avril (Villa Méditerranée - MUCEM à Marseille).

Par Daniel Micolon [1]

Un public de 800 personnes était rassemblé à Marseille, Villa Méditerranée, sous la présidence de Michel Vauzelle. La table ronde était constituée d’un magnifique panel de personnalité de grande qualité autour du thème de la géopolitique des lieux saints. [2]. Celle-ci faisait suite à l’inauguration de l’exposition actuellement au MUCEM : Lieux saints partagés en Méditerranée. [3]

Que retenir des débats ? Celui-ci s’est centré essentiellement sur la ville de Jérusalem, on a finalement peu évoqué les autres lieux. On recense actuellement une quarantaine de lieux saints pour les trois monothéismes. Ces lieux sont au cœur des conflits, des points de tension où s’attisent passions et haines, comme le souligne J. Huntzinger qui animait le débat. Mais pour comprendre ces conflits, nous devons découvrir ces lieux, aller à la rencontre des gens ordinaires souligne Dionigi Albera, anthropologue et commissaire général de l’exposition du MUCEM. Pour lui « la religiosité est plus large que la religion », il rejoint en ce sens la pensée de Fernand Braudel dans sa Grammaire des civilisations qui n’a pas vieillie d’un pouce, que j’aime bien rappeler à mes élèves et dans laquelle il dit que « les religions sont des civilisations ».

Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée - DR

J-P Chagnollaud s’est transformé en professeur d’histoire et géographie, nous apportant de quoi nourrir notre cours de Terminale autour de la géopolitique de Jérusalem. Rien ne vaut une image et un croquis pour montrer quelques idées fortes, nous retiendrons quelques repères fondamentaux :

Le 11 décembre 1917 l’entrée des Britannique à Jérusalem faisant suite aux accords franco- britanniques (Accords Sykes-Picot) et le renoncement de placer Jérusalem sous l’égide d’une autorité internationale.

1967  : La Guerre des six jours et les territoires occupés non reconnu par la communauté internationale (résolution 242 des Nations-Unies). Aujourd’hui nous assistons à une « judaïsation » de la ville et une annexion volontaire des territoires occupés. C’est pour JP. Chagnollaud « une victoire d’Israël sans avenir, la défaite des vainqueurs y est inscrite » alors que le nombre des Palestiniens continu de s’accroître. Leïla Shahid nous interpelle sur le « désastre que nous somme entrain de vivre ». C’est une tragédie qui peut nous amener à la destruction de Jérusalem. C’est une ville occupée illégalement, le conflit n’est pas religieux, il est colonial. Pour Leïla Shahid le gouvernement actuel d’Israël « instrumentalise la dimension religieuse contre l’Islam ». Il faut instaurer le même droit pour tous !

Pour Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, nous vivons une époque de grande régression. Les religions sont « meurtrières ». Le monothéisme a une vérité à imposer, pas question de cohabiter. Ce n’était pas le cas des religions polythéistes qui n’avaient « rien à vendre ». Ce qui rend les fanatiques dangereux c’est qu’ils « sont sincères », ils font UNE lecture / UNE interprétation du judaïsme ou de l’islam. Toutes les religions sont des « auberges espagnoles » ! Lorsqu’on met Dieu au milieu on ne peut plus évoquer le droit. C’est la nationalisation des lieux saints qui fait problème. Les espaces ne sont pas partagés. Quant au christianisme qui a perdu le pouvoir, il est passé du stade de dominant à celui d’une religion victime (Voir la vulnérabilité des Chrétiens d’Orient).

Pour Régis Debray les lieux saints relèvent du sacré. Dans sacré il y a séparation (à part des autres en latin). « NOUS contre EUX ». « Le sacré est criminogène, pas marchandable ».« La souveraineté métaphysique » de l’Etat d’Israël est un problème. Ce n’était pas le cas à l’origine du sionisme qui n’avait pas un fondement strictement religieux souligne l’ancien ambassadeur d’Israël… S’il s’avère impossible de faire de Jérusalem un lieu partagé sous l’autorité de l’ONU ne pourrait-on pas néanmoins donner un statut international pour les lieux saints « Voilà une belle idée que pourrait défendre notre ministre des affaires étrangères » (R. Debray).

Quels points communs ressortent de ces débats ? Tout d’abord un constat partagé, nous traversons une période très dangereuse, meurtrière, régressive y compris dans d’autres parties du monde menacée par les intégrismes de tous poils. C’est autour de ces deux mots : Laïcité et droit que nos intervenants se retrouvent. Nous ne les désapprouverons pas, à condition de leur donner du SENS.

Marseille, le 29 avril 2015.

http://www.marseille.fr/ DR

Daniel Micolon - Tous droits réservés.
Régionale AIX-MARSEILLE
Commission Lycée et Europe de l’APHG

Illustration : intervention de Madame Leïla Shahid, source

Le dossier pédagogique

Les services de la Rédaction - Tous droits réservés. 10/05/2015.

Notes

[1Professeur d’Histoire-Géographie en Lycée, Régionale d’Aix-Marseille, Membre des Commissions nationales de l’APHG chargées des Lycées et de l’Europe.

[2Table ronde animée par Jacques Huntzinger, ambassadeur de France.
En présence de : Régis Debray, philosophe, écrivain ; Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques, spécialiste du Moyen Orient, directeur de l’IReMMO ; Leïla Shahid, ancienne déléguée de l’autorité palestinienne en France et ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union Européenne ; Elie Barnavie, diplomate israélien, professeur émérite de l’histoire de l’Occident moderne à l’université de Tel Aviv ; Dionigi Albera, anthropologue, directeur de recherche au CNRS, commissaire général de l’exposition Lieux Saints partagés au Mucem

[3Voir notre article à ce sujet : http://www.aphg.fr/Exposition-Lieux...