Triste constat d’intertextualité dans un manuel de préparation à l’agrégation d’histoire Communiqué commun de l’APHG et d’H2C

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Triste constat d’intertextualité dans un manuel de préparation à l’agrégation d’histoire. Communiqué commun de l’APHG et d’H2C.

Le 24 juin dernier, Guillaume Blanc donnait pour l’APHG (Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie) une conférence filmée présentant la nouvelle question d’agrégation externe en histoire contemporaine « Les sociétés africaines et le monde : une histoire connectée (1900-1980) », titre de la conférence en ligne depuis cette date. Guillaume Blanc a donné la même conférence le 27 juin, lors d’une journée organisée par H2C (Historiennes et Historiens du Contemporain, ex-AHCESR) pour présenter plusieurs thématiques de la nouvelle question de concours. Ces deux interventions constituaient la version préparatoire de l’introduction du manuel que G. Blanc dirige actuellement pour les éditions Atlande, sur la même question d’agrégation.

Puis, le 9 août, est paru aux éditions Ellipses le manuel Les sociétés africaines et le monde : une histoire connectée (1900-1980), dirigé par Yannick Clavé et dont une partie de l’introduction, rédigée par le directeur de l’ouvrage, est en ligne sur le site des éditions Ellipses et d’autres éditeurs depuis le 5 août, sous le titre « Chapitre 1. Une histoire connectée et transnationale des sociétés africaines au XXe siècle ». Il s’avère que des similitudes frappantes avec la conférence de G. Blanc se retrouvent dans plus de la moitié du texte de Y. Clavé, à savoir les trois premières parties du chapitre sur les quatre qui le composent : les détails se situent à la fin de ce communiqué.

Guillaume Blanc et plusieurs collègues ont alors contacté les éditions Ellipses et Yannick Clavé après la mise en ligne de ce Chapitre 1 le 5 août, et avant la parution en librairie le 9 août, leur demandant de bien vouloir reporter la sortie de ce manuel, afin que l’introduction en soit modifiée : leurs mails sont restés sans réponse et l’ouvrage est publié depuis. Un huissier de justice a donc été mandaté pour constater les similitudes entre les deux productions. Le constat est sans appel : les trois premières parties rédigées par Yannick Clavé contiennent 20 paragraphes, parmi lesquels 13 paragraphes (soit environ 65% du texte) sont similaires aux arguments, raisonnements et formules de Guillaume Blanc ; on y trouve plus particulièrement 28 phrases où les similitudes sont de mot à mot, relevant dès lors d’une évidente intertextualité.

L’Association des professeurs d’histoire-géographie (APHG) et Historiennes et Historiens du contemporain (H2C) s’élèvent fortement au nom de la défense du principe même de la mise en accès libre de ressources pour les candidat.es - et ce d’autant plus que, si rien n’est fait, le texte de G. Blanc pourrait passer pour un plagiat flagrant de celui d’Y. Clavé, la sortie du manuel Atlande étant prévue pour la mi-octobre. Nous apportons tout notre soutien à Guillaume Blanc et espérons le retour à des mœurs éditoriales plus déontologiques : ne s’agit-il pas de former de futur.es enseignant.es, auxquels il faut montrer l’exemple ? Qu’un manuel cherche à sortir en librairie le plus vite possible ne peut rien justifier.

Entre la conférence de Guillaume Blanc (24 juin 2022) et le chapitre introductif de Yannick Clavé (9 août 2022), voici la liste des similitudes (indiquées en gras) et des similitudes mot à mot (indiquées en gras et souligné) constatées par un huissier de justice : voir l’annexe en pièce jointe ci-dessous.

Annexe APHG et H2C 11 août 2022 Communiqué commun - DR.

Site de H2C (l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche (ex AHCESR))

Ajout du 26 septembre 2022

En application des articles 13 de la loi du 29 juillet 1881 et 6, IV de la loi n°2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique ainsi que des dispositions du décret n°2007-1527 du 24 octobre 2007 relatif au droit de réponse applicable aux services de communication au public en ligne, le conseil de Yannick Clavé, Me Pierre-Emmanuel Blard, nous demande, par lettre avec accusé de réception datée du 20 septembre 2022, d’insérer la réponse suivante.

“Le communiqué commun publié le 11 août 2022 par l’APHG et H2C soutient que le chapitre introductif que j’ai rédigé dans l’ouvrage collectif Les sociétés africaines et le monde : une histoire connectée (1900-1980), publié aux Éditions Ellipses, comporterait des “similitudes frappantes” avec les propos qu’a tenus mon collègue, Monsieur Guillaume BLANC, lors de deux conférences retransmises sur internet les 24 et 27 juin 2002.

Je récuse fermement ces accusations de plagiat qui ne disent pas leur nom et qui portent atteinte à mon honneur et à ma considération.

Les prétendues “similitudes frappantes”, qui me sont aujourd’hui reprochées, proviennent en réalité du programme et de la lettre de cadrage élaborés par le Ministère de l’Éducation nationale. Ces derniers mettent l’accent sur des notions, des concepts, des références, un cadrage chronologique, que je me devais obligatoirement de retranscrire dans le chapitre introductif d’un tel ouvrage de préparation au concours de l’agrégation externe d’histoire.

Par ailleurs, les concepts cités et les références utilisées que j’aurais soi-disant empruntés à Monsieur BLANC ne sont l’apanage d’aucun chercheur et sont, au surplus, d’une banalité confondante en ce qu’ils ont déjà été maintes et maintes fois cités et exploités dans la littérature scientifique consacrée à l’histoire contemporaine de l’Afrique.

Je m’étais, enfin, engagé auprès de mon éditeur à relire l’ensemble des contributions des auteurs de l’ouvrage collectif, y compris mon introduction, tout au long du mois de juin 2022 afin de remettre la version finale de l’ouvrage le 1er juillet 2022. Cette lourde tâche a occupé la majorité de mon emploi du temps, en plus de mes fonctions de professeur en CPGE et de la direction en parallèle d’un autre ouvrage collectif. Je n’ai donc eu ni le temps ni la possibilité de “m’inspirer” des conférences de mon collègue avant cette courte échéance.

Je me suis toujours efforcé, tout au long de mon parcours universitaire et professionnel, de faire preuve de la plus grande rigueur intellectuelle et de la probité requise par mes fonctions. Je rappelle à ce titre être agrégé et docteur en histoire contemporaine, géographe, et à l’heure actuelle professeur en CPGE. J’ai également eu l’honneur d’étudier au sein de l’ENS Lyon, d’être membre de plusieurs jurys de concours nationaux (CAPES, agrégation, ENS) et d’avoir accompagné de nombreux candidats dans leurs préparations. Travaillant avec plusieurs éditeurs, j’ai publié de nombreux manuels de concours, ainsi que des ouvrages scientifiques et des articles de recherche.

Les accusations infondées dont je suis aujourd’hui la victime me cause d’importants préjudices et sont à l’origine de débordements sur les réseaux sociaux. J’ai, par conséquent, demandé à mon Conseil de prendre toutes mesures, y compris juridiques, aux fins de mettre un terme définitif à la diffusion de telles allégations et que soit réparée l’atteinte portée à mon honneur et à ma considération.”

© Les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes avec H2C - Tous droits réservés. 11/08/2022 ; 26/06/2022