Un stagiaire dans la cour des grands... Par Florian Nicolas

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Jeune professeur d’Histoire-Géographie, encore stagiaire l’année précédente, je débute ma carrière d’enseignant dans un lycée rural de la Haute-Garonne à la rentrée de septembre 2005. Par un document administratif qui m’était apparu abstrait - l’arrêté de titularisation - le jeune stagiaire que j’étais quelques mois plus tôt est propulsé dans le monde des titulaires. Mon changement de statut s’accompagne à la fois d’espoirs mais aussi d’inquiétudes...

Cette nouvelle situation signifie que je peux voler de mes propres ailes : faire des choix pédagogiques seul, au risque de me tromper. Mais le jour de la pré-rentrée, j’arrive dans un établissement qui m’est inconnu, où je n’ai aucun repère. les questions sans réponses se bousculent et les filets de sécurité qui m’entouraient jusque là - mon conseiller pédagogique et les formateurs IUFM - ne sont plus là pour m’accompagner. J’ai le sentiment terrible d’être un élève de Sixième qui, fraîchement sorti de l’école primaire, découvre le collège avec inquiétude. La perte de repères est déstabilisante : le fait de quitter le nid douillet de son établissement de stage - un lycée toulousain - et l’IUFM ébranle des habitudes.

Je dois pourtant faire face et reprendre confiance en moi. Rapidement les doutes font place à une certaine confiance retrouvée. Je n’ai pas le choix, j’ai six classes à ma charge et l’année débute sur les chapeaux de roue. Très vite, je n’ai plus le temps de douter : j’ai trois fois plus d’heures que l’année précédente, trois fois plus d’élèves, trois fois plus de copies... Ce à quoi les jeunes collègues qui débutent depuis septembre 2010 sont immédiatement confrontés ! Et puis nous ne sommes que deux collègues d’Histoire-Géographie donc je suis associé à toutes les décisions, ce qui me contraint à avancer. Au bout d’une semaine de cours, la confiance refait surface et je ressens les effets positifs de la formation reçue l’année précédente. Des démarches que je mettais en oeuvre chaque semaine pendant mon année de stage sont devenues des réflexes que je suis tout à fait capable de reproduire seul. C’est après coup que je mesure l’utilité de certains modules de formation dont je n’avais pas forcément perçu les enjeux et les finalités.

Je mesure cependant la chance que j’ai ; elle facilite grandement la transition entre mon année de stage et ma première année en tant que titulaire. D’abord, je ne quitte pas l’académie de Toulouse et le département de la Haute-Garonne, ce qui ne m’impose pas un déracinement. De plus, bien que « Titulaire sur zone de remplacement » (TZR), je suis nommé à l’année sur le poste que j’occupe. D’autre part, le lycée où j’exerce est un établissement tranquille en zone rurale. Enfin, et c’est là toute la différence avec les stagiaires d’aujourd’hui, j’ai reçu une formation complète pendant mon année de stage, avec un emploi du temps allégé... Ce qui n’existe plus dorénavant. Il y a cinq ans, mon début de carrière était - malgré des conditions confortables - stressante. Une pensée pour les jeunes collègues qui débutent aujourd’hui...

Florian Nicolas, Président de la Régionale de Midi-Pyrénées de l’APHG
in Historiens & Géographes, n°412, « Abécédaire du centenaire », novembre 2010, p.155-156. Tous droits réservés.

Illustration : Caricature de Charb. DR
Source : http://philippe-watrelot.blogspot.c...