Une alerte de bon sens sur les programmes du Second degré Par Xavier Liacre

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Les nouveaux programmes d’Histoire et Géographie semblent victimes de leurs intentions louables et peut-être par trop ambitieuses, faute d’une analyse de terrain sur les aptitudes réelles du public scolaire dont ils paraissent méconnaître et le niveau d’expression langagière et le niveau de réflexion réelle.

La panacée d’un supposé progrès des élèves par une appropriation du savoir qui reposerait sur une préalable étude de cas semble à plus d’un titre faire fausse route en confondant l’observation critique, toujours féconde, et la mise en situation devant un corpus documentaire qui renvoie à des connaissances, voire des concepts que les élèves ne maîtrisent pas ; le procédé inductif dont la philosophie réaliste occidentale s’est longtemps nourrie présuppose ici des acquis que l’enseignant est censé avoir fixés préalablement.

Cette contradiction se révèle quand on tente d’élargir au général : redondance, avec lassitude subséquente des élèves qui ont l’impression de « patiner », manque de clarté car le général nécessite d’introduire de nouvelles notions qui brouillent le message, passage calamiteux à l’écrit où l’élève n’arrive plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire…la liste ne s’arrête pas là.

De plus la déstructuration chronologique des programmes en Histoire qui renforce davantage la fameuse « zapping attitude » et le côté « aménageur de territoire » en géographie fondée sur une novlangue truffée d’acronymes et passablement racoleuse dans l’illustration des manuels ,désorientent les élèves, surtout ceux de 1re, et semble marcher à rebours des déclarations d’intentions tous azimuts sur le besoin de repères de la jeunesse .Le point de départ des programmes qui consiste, du collège à la 1re, à privilégier le proche par rapport au cadre général de l’espace et du temps ne parait pas aller dans le sens souhaitable d’une école du civisme , dont la mission première est de relativiser le « je » individuel montrant que tout humain s’insère nécessairement dans un groupe social qui lui préexiste, a construit le réel et enfin a marqué l’espace de l’empreinte multi-générationnelle avec patience, maîtrise et pourquoi pas sacrifices. Il en va d’un civisme urgent qui se doit de lutter contre une forme de « nombrilisme » galopant auquel la culture ne saurait être soumise.

Xavier Liacre, Professeur d’Histoire-Géographie au Lycée Montaigne (Paris)