Été 1944. La libération du Lot-et-Garonne et la Gironde rattachée
Compte-rendu de lecture
Le 23 mai 2018
Pascal de Toffoli, Jean-Pierre Koscielniak et Philippe Souleau, Été 1944. La libération du Lot-et-Garonne et la Gironde rattachée, Toulouse, Éditions Privat, 2015, 159 pages, 29,50€.
Dans le cadre des commémorations du soixante-dixième anniversaire de la Libération, les Archives départementales de Lot-et-Garonne ont demandé à trois historiens locaux de rédiger une synthèse consacrée à l’été 1944 à l’échelle du Lot-et-Garonne, agrandie par une partie de la Gironde en raison de la ligne de démarcation, synthèse complétée par des notices ponctuelles (biographies, opérations militaires…) de six autres contributeurs lot-et-garonnais.
Traversé par l’axe Bordeaux/Toulouse le long de la vallée de la Garonne donnant au département une place stratégique qui se vérifie par l’implantation d’un Nachkommando de la 2e division blindée SS Das Reich, ce territoire, marqué par une présence italienne importante et par l’implantation du communisme rural dans les landes lot-et-garonnaises, fut propice au développement des maquis. Mais, depuis 1943, l’appareil répressif, dont l’emblème est la centrale d’Eysses où sont concentrés tous les condamnés politiques de la zone Sud, est bien en place. Dans une approche chrono-thématique, l’ouvrage met d’abord l’accent sur la période allant de janvier 1943 à mai 1944 pour évoquer l’ordre milicien, la répression de l’occupant allemand et la Résistance ; puis, c’est le territoire en guerre qui est au cœur de la deuxième partie allant du 6 juin au 15 août 1944 ; enfin, la dernière partie étudie la libération de ce territoire, du 15 août 1944 au printemps 1945 et la renaissance de la République.
Ces deux dernières parties sont certainement les plus neuves et aussi de lecture plus fluide. Le lecteur est ainsi amené à découvrir les combats de l’été 1944 entre SS et FFI, la radicalisation des violences allemandes, la détermination de la Milice pour en finir avec le maquis. Mais, au début du mois d’août, les unités combattantes de Lot-et-Garonne intensifient la guérilla et les sabotages pour préparer l’ouverture d’un second front intérieur dans le but d’isoler l’occupant et de le contraindre à la reddition. Le lecteur apprend également que les villes ont été davantage abandonnées que libérées. Et, après l’ivresse de la victoire, suivent arrestations, exécutions sommaires et débordements violents de l’épuration extrajudiciaire. Mais c’est aussi l’heure du retour de la démocratie et de l’épuration judiciaire. La vie politique se reconstruit avec de nouvelles figures issues de la Résistance.
L’intérêt majeur de cet ouvrage abondamment illustré réside essentiellement dans l’apport iconographique, varié et souvent inédit (grâce au fonds des archives départementales et à des collections privées), ainsi que dans le croisement des témoignages et des sources d’archives dont la liste en fin d’ouvrage sera utile à tous ceux qui voudront consulter les dossiers. Il manque tout de même à ce livre une dimension historique importante, à savoir la mise en perspective de la situation en Lot-et-Garonne avec le reste du pays, manque confirmé par la bibliographie qui, même si elle n’est qu’indicative, reste bien trop locale (il s’agit le plus souvent des travaux des auteurs eux-mêmes). Ce territoire a-t-il vécu une situation originale, spécifique ou, au contraire, identique aux autres départements ? Cela n’est pas précisé. Cet ouvrage n’en reste pas moins une intéressante contribution à l’histoire départementale de la Seconde Guerre mondiale.
Lien de l’éditeur
© Céline Piot pour les services culturels de la Rédaction d’Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 26/04/2018.
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