L’Empire romain… par le menu

Compte-rendu de lecture / Histoire romaine
Le 14 mars 2018

Par Bernard Rémy 1

Dimitri TILLOI-D’AMBROSI , L’Empire romain… par le menu, Paris, éd. Arkhé, 2017, 189 p. ; chronologie, courte bibliographie, rares illustrations en noir et blanc ; huit planches (ht) en couleurs. 18,90 €.

Agrégé d’histoire, l’auteur a choisi de traiter une question finalement assez peu étudiée sérieusement ces dernières années : l’alimentation à Rome, sous la République (à partir du IIe s. av. J.-C.) et l’Empire, en se fondant sur toutes les sources disponibles. Elles sont essentiellement littéraires (comiques, médicales, morales…), avec de nombreuses citations bien venues, mais l’apport de l’épigraphie, de l’iconographie (graffites, peintures et mosaïques de natures mortes, reliefs funéraires…) — notamment du musée de Naples — et de l’archéologie, avec ses nouvelles méthodes scientifiques d’analyse des trouvailles (carpologie…), n’a pas été négligé. Après un avant-propos, où il expose sa vision personnelle de son sujet (le fait alimentaire est un marqueur social et culturel essentiel), Dimitri TILLOI-D’AMBROSI a divisé son livre en quatre grandes parties, dont les titres sont explicites : « dis-moi ce que tu manges… », p. 19-23 — « Préparer », p. 25-69 — « Manger », p. 71-118 — « Digérer », p. 119-169. Dans le très inégalitaire monde romain, il va de soi que les riches et les pauvres n’avaient pas les mêmes préoccupations alimentaires. Pour une bonne partie des premiers (et de leurs parasites), la nourriture, la gastronomie, les repas — codifiés par les normes sociales — occupaient une place fondamentale dans leur vie, surtout le soir (plaisirs, mais aussi souci de représentation). Pourvus de cuisiniers compétents, ils veillaient à la variété, à la qualité, à l’origine — parfois très lointaine — et à l’originalité des produits. Certains, comme le célèbre Lucullus, étaient de véritables gourmets. Pour les autres qui constituaient la quasi totalité de la population urbaine, il importait avant tout de réussir à se nourrir pour continuer à vivre et à reconstituer ses forces en vue d’un éventuel travail. Le pain constituait l’essentiel de leur alimentation, d’où l’importance d’un approvisionnement régulier en céréales, mais ils consommaient aussi des légumes, de la charcuterie et buvaient du vin. Au fil de pages faciles à lire, l’auteur nous fait pénétrer dans l’intimité des riches, des soldats et même des petites gens, parcourir les mers et les marchés aux victuailles, visiter les cales des navires… Dans la dernière partie (“Digérer”), il montre que pour certains « Romains » l’alimentation était aussi un moyen de conserver la santé ou de se soigner par la diététique (Hippocrate, Galien) : régimes spécifiques, diète… En fin de volume, l’auteur donne quelques recettes de cuisine d’Apicius tirées de son De re coquinaria (De l’art culinaire). Au total, un livre, où l’auteur a réussi à montrer qu’il fallait « considérer la nourriture au-delà de sa simple fonction nutritive ». Il pourra être très utile aux collègues pour essayer d’intéresser par ce biais leurs élèves à l’histoire romaine. cuisine-romaine-323x475.png Site internet de l’éditeur © Bernard Rémy pour Historiens & Géographes 14/03/2018 – Tous droits réservés.

Notes

  1. professeur émérite d’histoire romaine à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble