La guerre de Sept ans (1756-1763)

Compte-rendu de la rédaction / Histoire moderne
Le 11 juin 2016

Edmond Dziembowski, La guerre de Sept ans (1756–17763), Editions Perrin, Paris, 2015, tableau synoptique, cartes, index, 670 pages, 27 euros.

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Edmond Dziembowski, spécialiste averti des relations entre la France et l’Angleterre au XVIIIe siècle, nous propose la première grande synthèse française sur ce conflit majeur que fut la terrible guerre de Sept ans, en vérité la première guerre mondiale de l’histoire comme le remarquait déjà Churchill en son temps. Les hostilités naquirent, on le sait, de la rivalité franco-britannique en Amérique du Nord, lorsqu’en mai 1754 George Washington et un parti d’indiens de l’Ohio massacrèrent une petite troupe française. Ce que les historiens des Etats-Unis appellent la French and Indian war et les Canadiens la « guerre de la Conquête » se termina six ans plus tard devant Montréal. Entre-temps, l’Europe s’était embrasée. Sur mer come sur terre, on sa battit aussi aux Antilles et jusqu’en Afrique et en Inde. Pour les contemporains, cependant, la dimension planétaire du conflit fut rapidement estompée. L’Europe leur apparut comme le véritable champ de bataille. De fait, c’est bien cette longue suite de « boucheries héroïques » décimant les belligérants dès le début de la « guerre d’Allemagne » en 1756 qui inspira son Candide à Voltaire. Depuis, les livres d’histoire européens décrivent une « guerre de Sept ans », close par les paix d’Hubertusburg et de Paris. Si l’auteur, fidèle à la tradition, reprend cette appellation, c’est aussi pour démontrer que, pour légitime qu’elles soient, les approches des historiographies nord-américaines ne doivent pas faire oublier le point de vue séculaire de la vieille Europe. Car la guerre engendre un bouleversement géopolitique majeur, en vérité sans précédent. D’abord, elle clarifie, et pour longtemps, l’équilibre des puissances qui dominent la vie internationale. Jusqu’au début du XXe siècle, la pentarchie que constituent la France, la Grande-Bretagne, la Prusse, l’Autriche et la Russie provoque des systèmes d’alliance dont on connaît les effets. En outre, si le Traité de Paris sanctionne la destruction du premier empire colonial français, il inaugure plus fondamentalement encore le temps de la domination britannique et, plus globalement, de la civilisation anglo-saxonne sur le monde. Le legs politique du conflit n’est pas moins considérable. La guerre de Sept ans annonce la fin inéluctable de l’ordre ancien. En bouleversant le siècle des Lumières, elle accélère les mutations idéologiques, précipite la disparition des paradigmes politiques traditionnels : bref, elle ouvre l’ère des révolutions. En Angleterre, Pitt, homme d’Etat hors normes, « ministre du peuple », sauve son pays de la catastrophe en revendiquant une idéologique en apparence utopique, en répondant aux aspirations d’une nation qu’il comprend bien mieux que Whitehall ou Westminster, en proposant aussi un véritable partenariat entre la métropole et ses colonies fondé sur un patriotisme de guerre. En Amérique du Nord, justement, les « Fils de la liberté » ne peuvent désormais plus concevoir que la Couronne britannique leur imposer en 1765 le principe même du Stamp act et, faute d’être entendus, ils se révoltent. En France, où le patriotisme de guerre submerge aussi l’opinion, le public s’impose comme une entité adulte, dotée d’une faculté de jugement autonome, avec laquelle la monarchie doiit désormais compter. En dépit des différences institutionnelles de part et d’autre de la Manche, la vie politique française se met à ressembler à celle de l’Angleterre. Cette soif de citoyenneté active qui anime les Français accompagne la gestation convulsive du radicalisme britannique et l’essor de l’idéal américain. On connait la suite. © Marc Vigié pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 03/06/2016. Tous droits réservés.