Le Directoire. La République sans la démocratie

Compte-rendu de lecture / Révolution Française
Le 14 janvier 2019

Marc BELISSA et Yannick BOSC, Le Directoire, la République sans la démocratie, Editions La Fabrique, 2018, 296 pages.

Les auteurs – maîtres de conférence de l’Université de Rouen pour l’un et de Nanterre pour l’autre – souhaitent réexaminer cette période qui, selon eux, n’est pas une parenthèse entre la Révolution et le Premier Empire ; elle a été un laboratoire d’une forme de modernité politique, «  celle de la république élitiste, parlementaire et colonialiste  », dont la formule serait une république sans démocratie. Le présent ouvrage veut donc présenter une synthèse des connaissances acquises à travers des travaux anciens et récents, faisant consensus parmi les historiens spécialistes tout en développant l’interprétation qui est à l’origine du sous-titre du livre. Ordonnée en huit chapitres, l’étude parcourt une période complexe, violente et incertaine. Au départ de la période évoquée par M. BELISSA et Y. BOSC, l’espace démocratique, avec l’exécution des robespierristes et derniers montagnards ainsi que le retour des girondins, va se restreindre dans le cadre d’une nouvelle Convention, adoptée à l’automne 1795. Cinq directeurs vont être élus par le Conseil des Anciens sur une liste établie de cinquante candidats choisis par le Conseil des Cinq Cents  : BARRAS, LA REVEILLERE-LEPEAUX, REUBELL, LE TOURNEUR, CARNOT vont diriger le Directoire avec des ministres ayant une attribution précise comme MERLIN de DOUAI à la Justice, DELACROIX aux Affaires Etrangères, RAMEL-NOGARET aux Finances…. Un ministre de «  la police  » est créé, confié à COCHON de LAPPARENT, puis à FOUCHE. Les finances étant exsangues, il faut revoir l’assiette et les modes de recouvrement de l’impôt ; la stabilisation économique, escomptée, est vaine ; la monnaie s’effondre ; la misère des plus pauvres s’accroît. A l’opposé, sous le Directoire, de nouveaux puissants ont pu s’enrichir grâce à la spéculation ou aux fournisseurs de guerre. La vente de la deuxième génération de biens nationaux a bénéficié aux paysans propriétaires « représentant environ la moitié des Français », selon les auteurs. L’Etat, faute de numéraire et du manque d’une Banque de France, prit l’habitude de payer ses gros fournisseurs en biens, comme les coupes en forêts nationales, ou les laissant se servir directement sur les contributions levées par les armées, dans les pays occupés, en Italie ou en Allemagne. Les auteurs, insistent sur les lois sur l’instruction de DAUNOU ainsi que sur le rôle de l’Institut national des sciences et des arts siégeant au Louvre, remplaçant les académies supprimées en 1793. Le rôle du penseur Pierre CABANIS est bien montré sur l’idéologie politique, tout comme la montée du pouvoir des généraux, en particulier, de BONAPARTE. Celui-ci, plus que les autres, va comprendre les failles de ce pouvoir et ainsi le renverser pour devenir le Premier Consul. Ce livre très dense, facile à lire, est complété de 6 pages de notes, de 4 pages de chronologie et 13 pages bibliographiques avec un index. Cette réflexion politique sur la république sans la démocratie est à lire et à relire. lien éditeur aphg_le_directoire.jpg © B. GEOFFROY pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 14/01/2019.