Leclerc, patriote et rebelle

Compte-rendu de lecture
Le 31 août 2018

LÉVISSE-TOUZÉ Christine et TOUREILLES Julien, Leclerc, patriote et rebelle, Rennes, Éditions Ouest-France, 2017, 199 p., illustr., bibliogr., filmogr., discogr., 45 €

C’est un très bel album que proposent les éditions Ouest-France pour les 70 ans de la mort d’un soldat à la fois classique par sa culture et sa formation et atypique par son parcours et ses choix. C’est ce que souligne d’ailleurs très bien le titre de l’ouvrage et c’est ce qui constitue l’argument principal de cette belle biographie dont il faut d’abord souligner la qualité et la richesse des illustrations et des légendes qui les accompagnent (Leclerc découvrant les camps de la mort par exemple), ainsi que celle de la cartographie. Le texte est à leur hauteur. Très clair et agréable à lire, il apporte des précisions de première main sur le parcours du héros et le restitue toujours dans les divers contextes qu’il a eu à traverser. Car il s’agit bien d’un héros, quel que soit le sens que l’on donne au mot, et qui, comme tout bon héros, a su aussi mettre en scène son épopée, avec cette particularité que le personnage fait toujours passer le collectif, ses hommes – la 2e DB au premier chef –, avant lui. Les six chapitres du livre suivent logiquement les étapes de la vie de ce militaire issu d’une famille d’aristocrates traditionalistes (grands propriétaires monarchistes et catholiques) qui choisit d’oblitérer son nom en 1940 et, en quelque sorte, de le démocratiser pour se fondre parmi les manants de la France libre. Notons que son évolution est significative de tout un pan de la Résistance puisque le croisé réactionnaire qu’il est au départ devient un catholique compréhensif de la démocratie et de la politique, pour autant qu’elle œuvre pour une « certaine idée de la France ». C’est ce qu’il partage avec le général de Gaulle auquel il restera indéfectiblement fidèle. Il est difficile de ne pas céder à la fascination qu’il inspire, mais l’on saura gré aux auteurs, en dépit de l’admiration qu’ils ont pour le personnage, de ne pas avoir cédé à l’hagiographie et d’avoir toujours tenté de prendre quelques distances avec un homme qu’ils ont cherché avec succès à dépeindre « dans toute sa complexité ». Ajoutons que le dernier chapitre, qui porte sur la construction et les aléas d’une mémoire par ailleurs très liée à celle de la France libre, propose une analyse originale et particulièrement réussie. On n’en attendait d’ailleurs pas moins de Christine Lévisse-Touzé, directrice du Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris – Musée Jean Moulin jusqu’à il y a peu, bien connue pour ses travaux sur les armées de la France combattante et de Julien Toureilles dont elle a été la directrice d’une thèse qui a porté précisément sur Leclerc. Lien de l’éditeur leclerc_aphg.jpg © Jean-Marie Guillon pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 30/08/2018.