Les damnés de la Commune
Compte-rendu de lecture / Histoire contemporaine
Le 31 août 2018
MEYSSAN (Raphaël), Les damnés de la Commune. 1- A la recherche de Lavalette, Paris, Editions Delcourt, collection Histoire et Histoires, 144 p., 2017, 23,95 €.
Raphaël Meyssan, graphiste, connaisseur des gravures et des romans feuilletons du XIXe, respectueux de la recherche de la vérité historique révélée par les archives, rêve de proposer un récit conçu comme une manière différente d’écrire sur une période historique. Il s’agit de restituer un contexte en utilisant le vocabulaire et les représentations graphiques du temps. Plongée dans le passé qui aboutit à ce premier résultat.
L’auteur feuillette le tome 13 du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français parmi les six tomes consacrés aux hommes de la Commune de Paris sur lesquels Jean Maitron a consacré des notices plus ou moins longues, le plus souvent à partir des sources d’archives. Les données réunies sur Bernard Lavalette servent de point de départ et de trame pour suivre en onze chapitres ce gazier, parfois limonadier, dans le Paris restructuré par Haussmann. La police surveille le militant dans ce Paris remuant de la fin des années 1860 et de la terrible année 1870.
Le graphiste reproduit les illustrations de la communication de l’époque. Pour présenter l’épisode transmis par une gravure, un récit, un document d’archives, au lieu de fournir des photocopies, l’auteur les dessine en noir et blanc en introduisant des grisés dégradés. Une telle œuvre ne s’analyse pas, elle ne se commente pas. Elle se regarde, elle nous touche et nous replonge dans une époque révolue avec les représentations dont on prenait connaissance des faits à cette époque. Seul le sens visuel est sollicité, mais quelle efficacité !
Raphaël Meyssan, dessinateur de talent, fait aussi œuvre d’historien en cherchant à construire des faits par la confrontation des sources dans les archives et dans la presse. Sans archives il lui a fallu reconstruire l’itinéraire possible dans le Paris populaire de son futur cadre de la Commune. Il retrouve Lavalette responsable du comité électoral d’Henri Rochefort, candidat républicain à l’élection de 1869. Il se sert des mémoires de Victorine B. pour évoquer sa présence dans les mouvements de la foule parisienne après la défaite de Sedan. Avec une hardiesse inattendue pour mieux saisir l’intérêt de ses Souvenirs d’une morte vivante, il met en scène son éditeur François Maspero et le logo de sa maison dans les années 1960-1970, l’enfant crieur de journaux. A la tête du peuple parisien gagné à la République, les futurs dirigeants de la Commune entrent en scène. Particulièrement réussies, les images reconstituées du peuple pendant le siège apportent des éléments émotifs. Dans les archives, il retrouve la présence de Lavalette, futur membre du comité central de la Garde nationale, lors de l’investissement de la prison de Mazas pour libérer le futur dirigeant de la Commune Gustave Flourens. Son fils adoptif et l’enfant de Victorine sont emportés, victimes de convulsions. Double détresse que ces décès « qui ne font qu’aggraver nos misères et détruire la famille humaine ».
Loin de la foule parisienne, les députés, réunis à Bordeaux, partisans du retour à l’ordre, s’organisent. Ils défilent à la tribune du parlement pour choisir la paix alors que Paris républicain se prononce pour continuer la guerre. L’auteur commente, « Bientôt, des générations d’écoliers rêveront de revanche devant la carte d’une France amputée ». Cette intervention rompt les contenus des bulles le plus souvent empruntés aux reportages parus dans la presse.
On attend impatiemment l’histoire de la Commune annoncée dans un tome 2.
Lien de l’éditeur
© Jacques GIRAULT pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 31/08/2018.
© Jacques GIRAULT pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 31/08/2018.