Les territoires de Marseille antique
Compte-rendu de la rédaction / Antiquité
Le 20 juin 2016
S. Bouffier, D. Garcia (dir.), Les territoires de Marseille antique. Errance/Actes sud, 216 p., 32 euros.

Trente ans après la parution du volume 1 des Etudes Massaliètes, « le territoire de Marseille », (M. Bats et H. Tréziny), S. Bouffier et D. Garcia ont réuni les contributions de chercheurs en histoire grecque et de protohistoriens pour croiser leurs regards sur les « territoires de Marseille », définis comme « autant de lieux et de moyens d’interaction entre Grecs, Romains et communautés indigènes ». Si l’interdisciplinarité, de rigueur aujourd’hui dans les programmes de recherche, est particulièrement fructueuse dans ce domaine, elle rend parfois difficile la cohérence thématique de l’ensemble des contributions. Les éditeurs soulignent, il est vrai, que l’ouvrage ne se veut pas une synthèse mais un recueil qui « interroge ». Le lecteur est invité en tout cas à s’interroger sur la notion de « territoire » conçue de façon très large tantôt comme l’espace de la cité de Massalia (sa « chôra »), tantôt comme la zone des relations à longue distance qu’entretient la cité grecque dans ses échanges commerciaux – terrestres et maritimes – ou politiques – Phocée, les Étrusques, les colonies du Sud de la Gaule, Rome.
Trois ensembles se dégagent : c’est d’abord la phase d’installation des Phocéens qui intéresse H. Tréziny pour l’urbanisme, entre tradition ionienne et tradition occidentale, S. Bouffier et D. Garcia pour les territoires indigènes avant et après l’arrivée des grecs, et M. Bouiron pour la description du territoire chez Stéphane de Byzance. L’analyse de l’environnement politique et culturel par S. Bouffier et E. Caire concerne la période postérieure au milieu du VIe s., et traite d’un « territoire de l’identité » métaphorique. On peut rattacher à cet ensemble l’analyse de la continuité de la trame urbaine aux époques grecque et romaine par Ph. Mellinand à partir des fouilles de l’Hôtel-Dieu.
Ensuite, trois contributions traitent du territoire et de ses limites : un article collectif tire le bilan de plusieurs projets de recherche sur l’exploitation de la plaine de l’Huveaune – à travers des cartes riches mais un peu petites – et les relations entre Grecs et populations locales, peu à peu dégradées, que l’on peut en déduire. Puis deux exemples, le massif de St-Cyr Carpiagne et le site de la Tourette, illustrent l’occupation gauloise à la fin de l’âge du bronze et au début de l’âge du fer aux portes de Marseille.
Enfin, les relations extérieures de Marseille aux époques grecque et romaine sont envisagées dans une perspective élargie. La diffusion du monnayage de Marseille est étudiée dans tout le sud-est de la Gaule. Puis les rapports entre Marseille et Rome sont abordés dans une perspective cultuelle, à travers l’Artémis de Marseille et la Diane de l’Aventin (M. Bats) ; mais aussi politique, sur le long terme, notamment vis-à-vis de la pacification des tribus gauloises qui ne profite pas à Marseille (R. Feig-Vishnia) ; et enfin économique, avec un « territoire marseillais des échanges » défini par M.-B. Carre. Le rayonnement de la cité massaliète se lit pour finir dans le réseau terrestre formé par les colonies phocéennes, Nice et Antibes notamment (L. Mercuri) et dans le réseau maritime fonctionnant sur trois niveaux d’activité (P. Arnaud). Les questions scientifiques majeures posées dans ce volume auraient pu être davantage unifiées et mises en perspective dans une synthèse introductive ou conclusive générale.
Lire en ligne la présentation sur le site de l’éditeur
© Hélène Aurigny pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 25/05/2016. Tous droits réservés.