Mon exode de juin 1940

Compte-rendu de lecture / Histoire contemporaine
Le 19 avril 2018

Gérard Régnier, Mon exode de juin 1940, Bayeux, OREP Editions, 2016, 174 p.
19,90 €. Préface de Pascal Ory.

Né dans une famille modeste, — orphelin de père, une mère couturière — Gérard Régnier, ancien professeur d’histoire et géographie puis chef d’établissement, auteur d’une thèse Jazz et société en France sous l’Occupation (1940-1944) dirigée par son préfacier, publie ses souvenirs du désastre de l’été 1940. L’auteur qui avait alors six ans et vivait au Havre avec sa mère et son frère nous livre plus une reconstruction historique que des souvenirs. Son récit s’appuie sur des archives, la presse locale et des ouvrages. Gérard Régnier dresse un tableau du Havre devenu une base anglaise en 1939. Fuyant la ruée allemande en juin 1940, les réfugiés affluent, les Britanniques évacuent la ville, les Français se replient non sans avoir saboté les usines de la Défense nationale et incendié les cuves de mazout. Le 9 juin, les autorités civiles, le député-maire radical-socialiste Léon Meyer en tête et la quasi-totalité de son conseil municipal, fuient la ville abandonnant une population civile prise au piège. En plein désastre, le 11 juin, alors que le port est bombardé, l’auteur et sa famille gagnent les quais à pied où quelques bacs et bateaux de pêcheurs traversent encore la Seine vers Trouville-sur-Mer sous la mitraille des Stukas. En trois jours, 26 600 soldats français, 11 059 Britanniques et 20 000 civils furent ainsi évacués. Puis, c’est le départ par train vers Lisieux, Caen et Saint-Hilaire-du-Harcouët où la famille est prise en charge pendant deux mois par des fermiers de Saint-Martin-des-Landelles (Manche). Pour le petit citadin, cette escapade champêtre à un goût d’aventure avant le retour au Havre à la fin août. L’auteur consacre un chapitre à l’attitude des élites havraises qui ont quitté la ville en juin 1940, dont le sous-préfet Périé qui rentre reprendre son poste le 5 août 1940, et l’archiprêtre Alleaume. Quant à Léon Meyer, bien qu’ayant voté les pleins pouvoirs à Pétain, il est révoqué au titre du premier statut des juifs mais il a déjà gagné le Var où il sera arrêté avec son épouse en février 1944 puis déporté à Bergen-Belsen et Terezin. Quelques pages portent sur les débuts de l’occupation au Havre et à Lillebonne. Du fait des bombardements de la RAF, la population civile est progressivement évacuée à partir de l’été 1943, si bien de Gérard Régnier se retrouve à Lillebonne chez son oncle Joseph Pleynet, conseiller juridique de la société Félix Amiot qui fabriquait des bombardiers avant guerre. Tout en travaillant pour l’occupant, le patron aurait protégé les intérêts de ses deux associés juifs, les frères Wertheimer partis aux États-Unis, dont l’entreprise a été partiellement aryanisée. On aurait aimé en savoir plus sur ce point. Là, son instituteur qui a pourtant fait six mois de prison pour avoir distribué des tracts antiallemands en 1941 s’est engagé dans les Jeunesses nationales populaires de Marcel Déat puis dans la milice de ce parti collaborationniste. Il sera condamné en 1945. Revenu au Havre durant l’été 1944, il faut à nouveau évacuer la ville le 22 août 1944 pour quelques jours, dans l’attente de la libération, mais la famille échappe ainsi aux terribles bombardements des 5 et 6 septembre. Ce petit ouvrage à l’ambition historique est illustré d’une trentaine de photographies. 1240.jpg Site de l’éditeur © Christian Bougeard pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 19/04/2018.