Pierre-Yves BEAUREPAIRE, La France des Lumières, Paris, Belin, 2011, coll. « Histoire de France », 836 p., version brochée, 42 €.

par Mathilde MONGE
Le 21 octobre 2014

Belin a lancé une grande collection couvrant la totalité de l’histoire de France, destinée au grand public. Il sera ici traité de deux des quatre volumes sur l’époque moderne. Tous les ouvrages bénéficient d’abondantes illustrations, d’annexes utiles (index, repères chronologiques, notices biographiques, encadrés sur des points de vocabulaire, bibliographie sélective triée par chapitre, à jour). La taille des ouvrages autorise des exposés assez complets, par rapport au public visé et à l’ampleur thématique du propos. Ces livres ont surtout un intérêt du fait des choix éditoriaux. Le premier est « l’atelier de l’historien » : deux ou trois chapitres supplémentaires, présentant les débats historiographiques, les sources et leurs usages. Il s’agit de montrer à un public amateur ou aux étudiants débutants que l’histoire n’est pas une succession de faits donnés, mais un discours construit, toujours en cours de production – un point de vue qui peut être salutaire. Le deuxième choix éditorial est de présenter un très grand nombre de documents de qualité (plusieurs centaines par volume). Ce sont des documents iconographiques, cartographiques et statistiques, souvent commentés, et des extraits de textes. Beaucoup sont « classiques », comme les portraits des principales plumes du Grand Siècle (Hervé Drévillon), des cartes des divisions administratives du Royaume (Pierre-Yves Beaurepaire) et des textes, mais également des documents moins courants, comme une carte des missions en Bretagne au XVIIe siècle (HD, p. 514).

telechargement-lafrance_des_lumieres.jpgLe volume rédigé par Pierre-Yves Beaurepaire traite longuement d’un « court XVIIIe siècle ».Contrairement à l’ouvrage de Hervé Drévillon qui assumait une perspective clairement politique, le volume sur le siècle des Lumières tente de trouver un équilibre entre l’histoire de la domination du roi sur le royaume, et des thématiques sociales et culturelles, venant parfois compléter des aspects qui étaient mis de côté dans l’ouvrage précédent (en particulier dans la présentation sociale et économique de la population de la France d’Ancien Régime, avec une présentation claire du finage et de la seigneurie, p. 557). L’ouvrage est divisé en dix chapitres : les cinq premiers adoptent une construction chronologique, jusqu’à la fin du règne de Louis XV, et les chapitres suivants font un bilan thématique du « mitan du siècle », au moment où les traits distinctifs du siècle des Lumières sont en place. Ce sont les tentatives pour gouverner autrement, à travers l’apparition de « sciences administratives » et politiques (comme ailleurs en Europe). La croissance démographique et ses causes et le délitement de l’autorité royale sont traités. À la fin de l’ouvrage, on reprend le fil de la narration chronologique, qui aboutit à la Révolution. Le point de vue adopté est donc plus linéaire, mais aussi peut-être un peu plus neutre, que celui de l’ouvrage précédent dans la collection. L’« atelier » de l’historien brosse un panorama pertinent des principales sources et des débats au coeur des travaux des historiens spécialistes : les documents constituant la « littérature de témoignage », non spécifique mais caractéristique du siècle (JL Ménétra), le problème historiographique de l’opinion publique et la notion d’espace public, la sociabilité des élites abordée à travers les « ego-documents » et le rattachement de ces problématiques anciennes aux langage plus récent des réseaux et des espaces relationnels, et enfin le débat autour de l’histoire économique au XVIIIe siècle. Du fait des choix éditoriaux et du détail assez important que le format de la collection autorise, ces livres sont des mines pédagogiques. Ils peuvent être commodes pour les enseignants, et fort utiles pour les étudiants avancés, en particulier ceux qui préparent les concours de l’enseignement et désirent se (re-)mettre à niveau – les nombreux documents iconographiques commentés présentant à cet égard un certain intérêt, du fait de l’intégration de l’histoire de l’art aux programmes du secondaire. A mi-chemin entre le très bon manuel et le « beau livre », il est dommage que les étudiants ne puissent se les offrir. © Mathilde Monge pour Historiens et Géographes tous droits résevés