N°463 Août 2023
Les vivants et les morts
- Sommaire
- Édito
• Organigramme association 03
• Liste des président(e)s de régionales de l’APHG 04
ÉDITORIAL
• Se retrouver (Joëlle ALAZARD) 05
GRAND ENTRETIEN
• Entretien avec Monique COTTRET (Olivier ANDURAND) 09
• Encart publicitaire noir et blanc : Nonfiction.fr 12
ACTUALITÉS
• Hommage à Pierre Cabanes (Jean-Luc LAMBOLEY) 13
• Hommage à Jean-Jacques BECKER (Nicolas BEAUPRÉ) 15
• Nos adhérents publient 18
• Partenariat APHG/Prix du Livre de Géographie des Lycéens et Étudiants (Maie GÉRARDOT et Caroline EMIN) 19
• Présentation de l’édition 2023 des Rendez-Vous de l’Histoire de Blois (Pierre MATHERON et Jean-Marie GÉNARD) 25
ACTIVITÉS DE L’APHG
• LISTE DES SECRÉTAIRES DES RÉGIONALES DE L’APHG 28
• Programme des Agoras de 2023 29
GRAND DOSSIER
• Dossier spécial « Rendez-vous de l’Histoire » à Blois : Les vivants et les morts (coordination : Joëlle ALAZARD
– Avant-propos (Joëlle ALAZARD) 33
– Entretien avec Anne Lehoërff. L’archéologie : à la vie, à la mort ! (Joëlle ALAZARD) 35
– Entretien avec Caroline Callard. Entre les vivants et les morts : le fantôme, un objet d’histoire (Olivier JANDOT) 47
– Entretien avec John Scheid (Noémie LEMENNAIS) 52
– Les funérailles impériales et royales :
1 – Les funérailles des empereurs romains (Stéphane BENOIST) 55
2 – Entretien avec Murielle Gaude-Ferragu. Les rituels funéraires royaux,
de Philippe Auguste à l’aube de la Renaissance (Joëlle ALAZARD) 59
3 – Les funérailles royales au XVIIe siècle dans le royaume de France (Stéphane GUERRE) 64
– Mourir pour quelle France ? (Serge BARCELLINI). 67
– Entretien avec Valérie Igounet, Guy Le Besnerais et Clarisse Cohen. Pour mieux nous souvenir de Samuel Paty… Autour de Crayon noir. Samuel Paty, histoire d’un prof (Joëlle ALAZARD). 70
– Encart publicitaire noir et blanc – Revue Dix-Huitième Siècle 74
• Dossier spécial « Festival international de géographie » à Saint-Dié : Urgences (coordination : Christophe LÉON)
– Introduction (Florian OPILLARD). 77
– L’infinité géographique (Philippe PELLETIER). 80
– Entre urgences et (in)actions climatiques (Sandrine VAUCELLE). 84
– Trouver l’aménagement le plus urgent avec la méthode du bilan géographique (Vincent SCHWEITZER). 90
Encart publicitaire noir et blanc sur deux pages : Société de Géographie. 96-97
DÉBAT
• Table ronde animée par Philippe PRUDENT autour du master MEEF et des nouvelles épreuves du CAPES avec : Sylvie APRILE et Aurélia KNAPIK (Université de Paris-Nanterre), Pierre VERSCHUEREN (Université de Franche-Comté), Patrick FOURNIER (Université de Clermont-Auvergne) et Jean-Charles GESLOT
(Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines). 99
HISTORIOGRAPHIE
Quoi de neuf sur le Premier Empire ?
• Charles-Éloi VIAL (Philippe PRUDENT). 107
• Aurélien LIGNEREUX (Philippe PRUDENT). 113
• Le Prix du livre d’histoire du Sénat 2023 remis à Pierre-Yves Beaurepaire (Philippe PRUDENT). 118
HISTOIRE DU GENRE
Compte-rendu de la journée d’étude organisée par l’association Mnémosyne le 10 juin 2023 :
Histoire d’avortements (Elena PAVEL). 119
PÉDAGOGIES
Cahier spécial concours
• Bibliographie longue – question histoire romaine Agrégation 2024 (Hélène MÉNARD et Sylvain JANNIARD) 122
• Bibliographie longue – question d’histoire médiévale Agrégation 2024 (Isabelle ROSÉ, Alexis GRÉLOIS et
Pascal MONTAUBIN) 155
• Histoire médiévale : La notion de « réforme grégorienne » en débat (Véronique BEAULANDE-BARRAUD,
Corinne LEVELEUX-TEIXEIRA et Arnaud FOSSIER) 199
• Histoire médiévale – Tribune Libre : Dominique BARTHÉLÉMY 204
• Histoire médiévale – La réforme grégorienne, « fait social total » ? Quelques remarques (Patrick HENRIET) 206
Avec nos élèves
• Lettre de cadrage du CNRD – session 2024 209
• Des archives à la classe : Entretien avec Stéphane GUERRE (Philippe PRUDENT) 213
• Entretien avec Éloïse LIBOUREL autour de la géographie de la France
(Valérie SCHELSTRAETE et Camille LAMBIN-LORVELLEC) 216
Proposition pédagogique sur la géographie de la France :
• Niveau collège : Enseigner les espaces productifs en classe de 3ème
(équipe de professeurs coordonnée par Marie DELAVEYNE et Olivier ERUDEL) 222
CULTURE
• Entretien avec Mathieu DELDICQUE, directeur du musée Condé (Philippe PRUDENT) 231
• L’exposition vedette : « Ingres. L’artiste et ses princes » (Philippe PRUDENT) 236
• Entretien avec Sébastien ALLARD, directeur du département des peintures du musée du Louvre
(Philippe PRUDENT) 238
• L’exposition vedette : « Naples à Paris. Le Louvre invite le musée de Capodimonte » (Philippe PRUDENT) 242
• La Villa Kérylos (Christine GUIMONNET) 243
• Comptes-rendus d’expositions 247
• Le livre vedette : L’Art du XVIIe siècle, d’Olivier BONFAIT (Philippe PRUDENT) 251
• Histoire des arts – Analyse d’œuvre(s) – La construction de l’image royale en France au XVIIe siècle
(Philippe PRUDENT) 252
LIRE, RELIRE
• Livres 255
LA TABLE DES ANNONCEURS
Encarts : Encart couleurs avec visuels expositions 129/136
Adhésions / abonnements

Photo de couverture : Portrait de momie : L’Européenne
Photo © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Poncet
© Philippe Prudent pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes – Tous droits réservés. Mise en ligne le 05/09/2023.
SE RETROUVER
Par Joëlle ALAZARD 1
L’APHG vous souhaite une agréable rentrée et se réjouit de vous préparer un bel automne, chaleureux, pédagogique et éclairé : de l’accueil des stagiaires à la reprise de l’opération « Coup de pouce » pour nos adhérents préparant l’agrégation interne, l’association restera plus que jamais au service des enseignants. Les rendez-vous qui nous rassemblent et nous consolident, tant scientifiquement que dans notre identité professionnelle, s’annoncent particulièrement nombreux. Qu’il s’agisse des cafés virtuels de l’association, des conférences et journées d’étude, du festival international de géographie de Saint-Dié, des Rendez-vous de l’Histoire de Blois ou bien sûr de nos « agoras » organisées, cette année, autour du « Patrimoine en Nord » 2, les occasions de nous retrouver ne manqueront pas. Dans un contexte où le ministère minore, trop souvent, les urgences du terrain, et où nombre de journalistes et de parents dénigrent le métier, ces rendez-vous s’avèrent particulièrement précieux pour prendre de la hauteur, réaffirmer nos missions, nos valeurs et nos attentes… et pour nous retrouver.
LE POISON DE LA DIVISION
« Il nous faut un cogneur » : la phrase, laissant augurer un changement de style, rend songeur. C’est ainsi qu’Elisabeth Borne aurait justifié à Pap Ndiaye son départ au profit de Gabriel Attal, le 20 juillet dernier (« Le calvaire solitaire de Pap Ndiaye », Le Monde, 4 août 2023 3). Départ qui retentit comme une victoire de l’extrême-droite, tout en sonnant définitivement le glas de la chimérique tentative de réconciliation de l’Elysée avec les enseignants. Le « pacte » mis en place par le ministre historien, loin de satisfaire les attentes, a en effet suscité, d’emblée, une large hostilité. Comment la « revalorisation historique » promise par le candidat-président, entre les deux tours, a-t-elle pu se muer en un très sarkozien « travailler plus pour gagner plus » ?
On nous objectera que l’augmentation est là. Certes… Mais comment se contenter de cette obole compte tenu de la longue perte du pouvoir d’achat des enseignants, aggravée par le taux d’inflation de ces deux dernières années ? 1 La promesse des 10% d’augmentation formulée par le candidat-président, entre les deux tours, est loin d’être tenue. Conditionner la hausse des salaires des enseignants à l’acceptation d’heures et de missions supplémentaires traduit un mépris total pour l’investissement et la charge de travail de ces derniers : travaillant plus de 43h par semaine 4 en moyenne, nous sommes sans doute les seuls fonctionnaires à ne jamais avoir bénéficié ni de la réduction du temps de travail, ni d’une revalorisation honnête.
Bien que les syndicats appellent à ne pas accepter le pacte, certains collègues seront cependant volontaires. Comment en vouloir à ceux, en situation de fragilité financière, qui le signeront, ou qui y trouveront un moyen de mieux rémunérer ce qu’ils assumaient déjà ? À celles et ceux qui remboursent un emprunt immobilier, financent les études de leurs enfants ou la prise en charge de leurs parents ? Le pacte, poison de division, altérera les relations en salle des professeurs et compliquera les rapports avec nos directions ; il détériorera le climat scolaire pourtant essentiel à la cohésion de la communauté éducative, elle-même fondamentale pour la prévention et l’endiguement des violences.FACE AUX URGENCES DU RECRUTEMENT… RIDEAU DE FUMÉE ET RUSTINES DE « COM’ »
Dans ce contexte, les décrets publiés les 9 et 12 août, organisant la mise en place de la « continuité pédagogique » des établissements à la rentrée, confirment les craintes apparues à la fin du printemps : les enseignants signataires du pacte devront accepter des créneaux d’astreinte pour les remplacements de courte durée tandis que les personnels de direction pourront confier à des assistants d’éducation (AED) la prise en charge de séquences pédagogiques numériques préparées par le CNED. Pour tenter de satisfaire à l’engagement présidentiel du 24 juillet dernier, « un professeur devant chaque classe », il y aura donc, nuance, un adulte devant chaque classe : habile écran de fumée pour les parents, terrible négation supplémentaire de la spécificité du métier d’enseignant.Sur ces remplacements de courte durée devenus l’abcès de fixation de journalistes et de parents exaspérés, nourrissant tous les stéréotypes contre le prétendu « absentéisme des enseignants », on aimerait rappeler que les heures perdues – souvent à cause d’une autre obligation professionnelle ! – ne représentent qu’une minorité des cours non assurés 5… Et qu’il y aurait bien des solutions simples à apporter pour notre profession, moins absentéiste que les autres salariés de la fonction publique ou même du privé : si l’on prend le seul exemple du lycée, le maintien des épreuves de spécialité en mars, au mépris de tous les avertissements et préconisations des associations et des syndicats, a par exemple fait perdre, selon les syndicats enseignants, plus d’un million d’heures. Quant à l’affectation des TZR (titulaires remplaçants pour les étudiants qui liront ce texte), elle connaît bien souvent des retards en début d’année, laissant des classes sans professeur durant une période particulièrement stratégique de la scolarité.
Restent les absences de longue durée. Pour les non-enseignants qui nous lisent, clarifions ce que nous appelons ainsi : il s’agit des absences liées à des accidents, à des congés maternité ou à ce que l’on appelle pudiquement les « affections de longue durée » – qui explosent chez les enseignants comme pour toutes les catégories professionnelles 6. Ces absences constituent le problème le plus saillant pour nos élèves. On peut jeter un voile pudique sur celles-ci pour se concentrer sur le problème des remplacements de courte durée ; on peut aussi sauter sur sa chaise comme un cabri en répétant « Remplacement ! Remplacement ! Remplacement ! » : le problème restera insoluble tant que les vocations pour le professorat continueront à diminuer.
C’est cet étiage, fort préoccupant, qui constitue aujourd’hui l’urgence des urgences. En continuant à faire appel à des vacataires que le métier éprouve particulièrement faute de formation et d’accompagnement, c’est tout notre système éducatif que nous affaiblissons… Les campagnes de communication, les clips « Un professeur, ça change la vie pour toute la vie », c’est joli, rafraichissant, sans doute enregistré à peu de frais au ministère, bref : on aime bien (pour une fois qu’on nous flatte !). Avouons néanmoins que ce petit dispositif de com’ ressemble davantage à une modeste rustine qu’à un grand plan ambitieux de recrutement. Pour rendre le métier plus attractif, rien ne remplacera un salaire valorisant et la considération retrouvée pour le métier. Cela nécessiterait de pouvoir trouver davantage d’appui auprès de nos hiérarchies dans les situations difficiles, mais surtout la fin de ce que l’on appelle, abominablement, le « prof bashing » dans les médias ou la classe politique. Quel gouvernement aura le courage de redessiner les contours du métier, de redéfinir les missions et les tâches d’un professeur, en cessant d’empiler les mesures et de semer la confusion ? En attendant celui-ci, les collègues de lycée disposeront-ils dès la rentrée d’un calendrier précis de leur année pour planifier leur travail et celui des élèves ? Qu’en sera-t-il des ajustements annoncés en juin pour les épreuves de spécialité, passées l’an dernier en mars ? Si l’absence d’anticipation n’est pas une fatalité, nos urgences enseignantes (maîtriser son calendrier, travailler avec des équipes pédagogiques stables et formées d’experts) ne sont que trop rarement prises en considération. La situation est encore plus difficile en lycée professionnel, où les incertitudes sur les contenus comme sur l’avenir des collègues demeurent préoccupantes 7.