Notre revue Historiens & Géographes

N°470 – Mai 2025

Faire l’Histoire des Mobilités. Géographie du Royaume-Uni

  • Sommaire
  • Édito

HISTORIENS ET GÉOGRAPHES SOMMAIRE N°470, Mai 2025

Organigramme Association
Liste des présidents et des présidentes de régionales de l’APHG

ÉDITORIAL
L’enseignement des questions vives : un défi pédagogique, républiain et civique. Joëlle ALAZARD

GRAND ENTRETIEN
Entretien avec Anne Yvonne GUILLOU autour de son ouvrage Puissance des lieux, présence des morts. Sur les traces du génocide khmer rouge au Cambodge. Cécile CHALMIN

ACTUALITÉS

COMMEMORATION ARMÉNIE. Cécile CHALMIN
L’enseignement de l’histoire et la fabrique de l’identité arménienne au XXe siècle. Le cas de la Turquie et de l’Arménie soviétique dans l’entre-deux-guerres. Élodie GRAVILOF
EXPOSITION : Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman, (1915-1923) Mémorial de la Shoah , Paris. Christine GUIMONNET
MÉDIAS Entretien avec Marie Pierre Rey « Des hommes, des femmes, des empires ».Une série de podcasts de la Fondation Napoléon.
COMMEMORATION Alfred Dreyfus. Cécile CHALMIN
ENTRETIEN : Vincent Duclert commémoration de la mort d’Alfred Dreyfus. Fabien SALESSE
EXPOSITION : Alfred Dreyfus : vérité et justice, Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Christine GUIMONNET
ACTUALITÉS- Les banlieues au centre ! Cécile CHALMIN
ENTRETIEN avec Thibault TELLIER autour de son ouvrage, Histoire de la banlieue. Cécile CHALMIN
EXPOSITION « Banlieues chéries. L’expo qui recadre les clichés », Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris. Cécile CHALMIN

ACTIVITÉS DE L’APHG
Projet de calendrier institutionnel
Apéro de la jeune recherche, spécial Syrie et Liban, Louis LE DOUARIN, LUCA NELSON-GABIN. Emmanuel ZAREIE
Fenêtres sur cours

DOSSIER Mobilités Louis BALDASSERONI
Introduction Faire l’histoire des mobilités aujourd’hui. Louis BALDASSERONI
Grand entretien : Poser des repères pour comprendre les mobilités actuelles : une nécessité en histoire et en géographie. Louis BALDASSERONI et Etienne FAUGIER, Claire PELGRIMS, Eloïse LIBOUREL, Mathieu SCHORUNG
Mobilités et démodalisation : une histoire décloisonnée. Mathieu FLONNEAU et Arnaud PASSALACQUA
Des transports aux mobilités : voyage historique autour du tourisme. Etienne FAUGIER
La sécurité routière : une question citoyenne à historiciser. Louis BALDASSERONI, Steve BERNARDIN, Mathieu FLONNEAU
Comprendre les enjeux territoriaux des mobilités. Claire PELGRIMS, Eloïse LIBOUREL
Qui bouge ? Voiture de sport, voiture de tourisme et outil de travail. Les usages sociaux de l’automobile au XXe siècle. Yoann DEMOLI
Qui gouverne ? Des problèmes économiques et sociaux à la gestion des transports du quotidien. Steve BERNARDIN
Des champs à suivre : l’histoire environnementale des mobilités. Arthur EMILE, Tiphaine ROBERT

DOSSIER Géographie du Royaume-Uni
Introduction. Lise-Marie GEARY-COURONNE
Glasgow, métropole régionale en constante réinvention. Fabien JEANNIER,
La transition énergétique britannique est-elle possible ? Mark BAILONI
Les territoires d’outremer britanniques : quelques defis d’un espace post-imperial. Marc FOURCHES
Le Royaume-Uni, laboratoire de gouvernance territoriale. Lise-Marie GEARY-COURONNE

DOSSIER Journées Armées et Territoires, Tristan LECOQ Matthieu PILON
De l’entre-deux-guerres à la fin de la Guerre froide : de la ligne Maginot au sanctuaire nucléaire et au théâtre « Centre-Europe ». Défendre le territoire et protéger les territoires. Tristan LECOQ
Projection ou protection ? Le dilemme de la défense du territoire depuis le premier livre blanc de 1972 à aujourd’hui. François DAVID
Un désengagement militaire : “restructurations” et la fin du service national. Denis MATHIS, Nicolas BONNEAU
Enseigner les Armées et les Territoires avec les ressources du ministère des Armées. Catherine DUPUY, Mathilde BERNARDET

PÉDAGOGIES
CNRD session 2026 Lettre de cadrage Vincent DUCLERT
Proposition pédagogique : Enseigner les dynamiques territoriales de la France contemporaine en classe de Troisième par les mobilités, par Camille Lambin-Lorvellec, Amélie Burguet, Mickael Pinot, Marie Delaveyne et Olivier Erudel

GÉOPOLITIQUE
Pratiques de la guerre économique : rien de nouveau sous le soleil … Axel DUC

CONTRIBUTIONS
Un avant et un après de Gaulle à l’école de mai 1968. Tristan LECOQ
L’Europe et les Mongols aux XIIIe ET XIVe siècles. Paul STOUDER
Des mots pour apprendre l’étrange. Lycanthropes, ombres et dévoreuse d’enfants comme outils pédagogiques du monde grec antique. Baptiste MARQUE.

CULTURE
L’EXPOSITION VEDETTE : Les Très Riches Heures du duc de Berry, Château de Chantilly. Philippe PRUDENT.
EXPOSITION : Trésors sauvés de GAZA. 5000 ANS d’histoire. IMA, Paris. Christinne GUIMONNET
EXPOSITION, Fêtes & célébrations flamandes. Brueghel, Rubens, Jordaens, PBA Lille. Olivier JANDOT
EXPOSITION MAMLOUKS 1250-1517, Musée du Louvre, Paris. Christinne GUIMONNET
Entretien avec Gaëlle BEAUJEAN commissaire générale de l’exposition « mission Dakar-Djibouti [1931-1933] : contre-enquêtes ». Jean Pierre ALLAIN
MUSEE. La maison régionale de la memoire de Metz. Serge BARCELLINI
FILM DOCUMENTAIRE : Retour de flamme, 50 ans de normalisation de l’extrême droite, entretien avec Valérie IGOUNET. Cécile CHALMIN

LIRE, RELIRE
ENTRETIEN avec Alexandre DOULUT au sujet de son ouvrage La déportation des juifs de France : changement d’ échelle, ed du CNRS, 2025. Emmanuel MENETREY
ENTRETIEN avec David FIASSON, à propos de son ouvrage Crécy, éditions Perrin, 2022. Ivan BUREL
Livres

LA TABLE DES ANNONCEURS

Hurricanes in Flight, Eric Ravilious, 1942.
History and Art Collection / Alamy Stock Photo

Par Joëlle ALAZARD1

L’ENSEIGNEMENT DES QUESTIONS VIVES : UN DEFI PÉDAGOGIQUE, RÉPUBLICAIN ET CIVIQUE

L’été approche, avec ses promesses de lumière, de repos bien mérité et de lectures échappées. Peut-être le dernier numéro d’Historiens & Géographes trouvera-t-il place dans quelques sacs de plage, glissé entre un roman et un carnet de notes. Nous l’espérons, car il porte en lui le souffle de nos disciplines, toujours attentives au monde. Mais comment dire la sérénité quand la réalité s’y refuse ? Comment prétendre à l’apaisement alors que le droit international, socle fragile de l’ordre mondial, se voit chaque jour un peu plus piétiné, défiguré, ignoré ? L’actualité nous heurte, nous interpelle, nous oblige. Elle rappelle cruellement combien nos enseignements sont ancrés dans le réel, et combien ils sont nécessaires. En cette fin d’année, les enseignants ne sont pas sereins. Ils sont lucides, inquiets, engagés. Et ils restent debout, dans la complexité du monde, pour transmettre à leurs élèves ce que penser veut dire.

ENSEIGNER LES QUESTIONS VIVES : ENTRE ANCRAGE DISCIPLINAIRE ET OUVERTURE AU RÉEL

En cette année 2025, le professeur d’histoire-géographie est plus que jamais au cœur des tensions de notre société. Traversées par les échos du monde, nos salles de classe n’échappent pas aux questions sur les guerres contemporaines, sur les enjeux environnementaux, les crispations identitaires, les conflits mémoriels, ou les controverses sur la colonisation, le genre, la religion, la liberté d’expression, quand il ne s’agit pas des inégalités sociales et territoriales. Ces questions vives, que la société elle-même peine à nommer, à traiter ou à pacifier, entrent avec force dans les établissements scolaires.

Comment répondre aux questions légitimes de nos élèves sur la politique israélienne après le 7 octobre 2023, quand le droit international est désormais bafoué à Gaza face à une communauté internationale impuissante ? Comment apporter dans le même temps une réponse ferme à l’antisémitisme, phénomène dont nous ne cessons d’enseigner les spécificités dans l’histoire française et européenne, alors même qu’il est parfois réfuté comme phénomène d’ampleur par certains avec une cécité effrayante ? Comment enfin apporter des réponses en gardant la paix civile dans notre pays ?

Aussi tragique soit la situation, il importe de rappeler que l’enseignement de l’histoire-géographie ne saurait se réduire à un simple commentaire de l’actualité. Il ne s’agit ni de céder à la dictature de l’émotion ni de fuir les débats, mais bien de travailler ces questions à l’intérieur d’un cadre disciplinaire exigeant. C’est par la rigueur des méthodes historienne et géographique – contextualisation, croisement des sources, construction du raisonnement, mise à distance – que nous pouvons répondre aux interrogations de nos élèves sans renoncer à notre mission : transmettre des savoirs durables et former des esprits libres. Les enseignants ne sont pas des arbitres moraux, ne valident pas les slogans des entrepreneurs d’idéologie : ils enseignent, éclairent, et arment intellectuellement, à partir de savoirs éprouvés. C’est justement cette distance critique qui permet d’aborder les sujets sensibles de manière sereine, dans le respect de tous, et dans le refus des simplifications.

LÉGITIMITÉ DES QUESTIONS, CADRE LÉGAL ET MISSION CIVIQUE DE L’ÉCOLE

Oui, toutes les questions des élèves sont légitimes. Qu’elles traduisent un étonnement sincère, une quête de sens ou une inquiétude, elles doivent être accueillies avec respect et considération. Un élève a le droit de s’interroger sur le conflit israélo-palestinien et la qualification des actions militaires à Gaza par la justice internationale, sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre à travers le monde de la République démocratique du Congo à l’Ukraine, sur les effets du changement climatique, sur l’héritage colonial de la France, sur la présence de religions dans l’espace public, sur la légitimité des frontières ou encore sur le rôle de l’État. Mais il revient à l’École de donner un cadre à cette liberté d’interroger le monde : le cadre de la loi, du droit, de la laïcité et du respect des personnes.

Ainsi, si toutes les questions peuvent être posées, elles ne peuvent pas toutes être débattues n’importe comment, ni à partir de n’importe quel point de vue. La liberté d’expression à l’École est réelle, mais encadrée par les adultes. Elle suppose l’application de principes non négociables : refus des propos haineux ou discriminatoires, des atteintes à la dignité humaine, du détournement de l’histoire pour justifier une cause.

C’est là une exigence démocratique. Et c’est aussi une protection pour les enseignants, dont l’autorité et la légitimité doivent être constamment réaffirmées. La parole professorale n’est pas une opinion parmi d’autres : elle est fondée sur des savoirs, une formation universitaire, et une éthique professionnelle. L’APHG insiste donc sur un point fondamental : les enseignants doivent pouvoir répondre aux questions vives sans craindre pour leur sécurité, leur liberté pédagogique ou leur réputation. Ils doivent être soutenus par leur hiérarchie, formés de manière continue sur les sujets sensibles, et protégés face aux pressions extérieures – qu’elles viennent des familles, des réseaux sociaux ou du champ politique.

L’ÉCOLE, LIEU DE LA RÉPUBLIQUE ET FABRIQUE DU COMMUN

En abordant ces questions vives, le professeur d’histoire-géographie remplit une mission qui va bien au-delà de la transmission des connaissances : il contribue à la formation du citoyen, à la construction d’un terrain de débats commun, à la consolidation du lien républicain. Car l’histoire et la géographie, plus que d’autres disciplines encore, permettent de comprendre le monde dans sa complexité, d’interroger les héritages, de se situer dans le temps et dans l’espace.
L’École ne peut ni tout résoudre, ni tout faire, mais elle peut – et elle doit – aider les jeunes à devenir des acteurs lucides de la démocratie. Non pas des spectateurs passifs de l’histoire en train de se faire, mais des individus éclairés, capables de discernement, d’engagement et de respect de l’autre. En 2025, plus que jamais, le pari républicain passe par la défense d’un enseignement ambitieux, exigeant, et profondément humain. L’APHG appelle l’ensemble des acteurs éducatifs à soutenir cette ambition : garantir un espace scolaire apaisé, offrir aux élèves un accès aux savoirs structurés, et faire de l’histoire-géographie un levier de compréhension du monde… au service d’une société plus juste, plus libre et plus fraternelle.

C’est ce que nous nous échinons à faire depuis des années, c’est ce que nous continuerons à mettre en œuvre pour cette rentrée 2025 qui vous proposera de nouveau nombre de rendez-vous à Paris comme dans les différentes régionales de l’APHG.

Je tiens à adresser mes plus sincères remerciements à Cécile Chalmin, nouvelle rédactrice en chef de Historiens & Géographes, pour la qualité du travail accompli dans la réalisation de ce numéro. Avec rigueur, écoute et enthousiasme, elle a su donner une cohérence éditoriale exigeante à l’ensemble des contributions, sans jamais compter ses heures. Ce numéro en porte la marque : qu’il s’agisse des différents entretiens pour transmettre les nouveaux apports de la recherche, du dossier sur « La géographie du Royaume-Uni » dirigé par Lise-Marie Geary-Couronne, celui sur « Faire l’histoire des mobilités » piloté par Louis Baldasseroni ou des contributions liées à deux grandes journées d’étude de l’année – « Armées et territoires » sous la direction de Tristan Lecoq ou « Enseigner le génocide des Arméniens », dont vous pouvez retrouver les excellentes vidéos sur la chaine de l’APHG, on constate que perdure la diversité des approches, la richesse des réflexions, et bien sûr la fidélité aux valeurs qui animent l’APHG…Qu’il en soit longuement ainsi !

Nous vous espérons des vacances riches de moments de détente mais aussi de découvertes enthousiastes !

Associativement vôtre,

Joëlle Alazard

Paris, le 9 juin 2025