Notre revue Historiens & Géographes

N°474 Mai 2026

Histoire et géographie de l'énergie. L'âge des révolutions

  • Sommaire
  • Édito

SOMMAIRE 474

ÉDITORIAL : Le temps des sentinelles. Joëlle ALAZARD

ACTUALITÉS

HOMMAGE à Michel Bée, Jean LASPOUGEAS

ENTRETIEN : “Les mémoires de Tchernobyl ont encore du mal à franchir les frontières en Europe…”Laurent COUMEL Tatiana KASPERSKI

La loi Taubira du 21 mai 2001 : une loi pour quoi ? Pierre-Yves BOCQUET

Europe : comment être puissant sans être une puissance? Sylvain KAHN

Dans l’ombre de Marc Bloch. Destins croisés sous l’Occupation, Stéphane NIVET

Marc Bloch, l’histoire, la géographie et le baccalauréat

DOSSIER : FAIRE LE PLEIN D’ÉNERGIE, Dossier spécial Histoire et Géographie . Coord. RENAN VIGUIÉ

Introduction, Renan VIGUIÉ

Éclairer des notions en débat : les « Trente glorieuses » et la « transition énergétique »

Histoire de l’énergie : avec ou sans transition ? Yves BOUVIER

Les Trente Glorieuses de l’énergie, Yves BOUVIER

Le charbon et bien plus encore. Une autre histoire de la « révolution industrielle » et de l’industrialisation

Au-delà du charbon ? Les énergies de l’industrialisation. François JARRIGE

Une civilisation du charbon ? Charles-François MATHIS

L’usine à gaz ou l’oubliée de l’industrialisation au XIXe siècle, Jean-Pierre WILLIOT

Gaz, pétrole et nucléaire. Pour une géopolitique de l’énergie

L’énergie gazière nouvel enjeu géopolitique mondial ? Jean-Pierre WILLIOT

La mainmise des Majors occidentales sur le pétrole du Moyen-Orient, des années 1910 aux années 1950, Philippe TRISTANI

PÉDAGOGIE : Les objectifs des États-Unis au Moyen-Orient en 1945 : le pétrole et seulement le pétrole ? Philippe TRISTANI

Les dimensions géopolitiques de l’industrie nucléaire civile, Teva MEYER

« Suez et Ormuz (1956 – 2026) : un siècle de tensions sur la route de l’or noir », Nora MAREÏ

L’énergie et la construction des territoires après 1945 : le rayonnement de la France et l’intégration européenne

Nationaliser l’énergie après-guerre : cheminements, nécessités et convergences, Alain BELTRAN

Vers l’Europe de l’électricité, Christophe BOUNEAU

L’énergie au cœur de la construction européenne, Maria PADOVAN

Une histoire du nucléaire français depuis 1945, Louis FAGON

Les infrastructures énergétiques et la transformation des territoires

Les barrages hydroélectriques : un outil pour penser les ambivalences du développement par les grands aménagements, Anne DALMASSO

Les énergies renouvelables : une solution pour décarboner la production d’électricité, Lucas LOPEZ et Pauline ROMARY

Les besoins en eau des centrales nucléaires : un enjeu environnemental, économique et politique. L’exemple du Rhône, Louis FAGON

DOSSIER AGRÉGATION INTERNE : « L’ÂGE DES REVOLUTIONS (ANNÉES 1770-1804) FRANCE, ÉTATS-UNIS, SAINT-DOMINGUE ; IRLANDE, PAYS-BAS AUTRICHIENS ET PROVINCES-UNIES ». Coord PAUL CHOPELIN ET FABIEN SALESSE

Introduction, Paul CHOPELIN et Fabien SALESSE

L’âge des patriotes. Patriotismes, révolutions et circulations transnationales (années 1770-1804), Maxime KACI

Républicanismes atlantiques, Nicolas SOULAS

Providentialisme et engagements religieux dans les révolutions atlantiques, Paul CHOPELIN

La mer en révolution : circulations et conflictualités dans l’espace atlantique (années 1770-1804), David PLOUVIEZ

La presse et la circulation de l’information entre Europe et Amérique à l’âge des révolutions (1770-1804), Anaïs NAGEL

Exils et circulations révolutionnaires (années 1770-annees 1800), Sibylle FOURCAUD

Franc-maçonnerie et circulations maritimes : un exemple d’influence des colonies dans l’évolution des sociétés atlantiques entre le milieu des années 1770 et la Révolution haïtienne, Éric SAUNIER

Circulations administratives à l’âge des révolutions, Aurélien LIGNEREUX

ACTIVITÉS

Agoras 2026 : Languedoc-Roussillon Terres d’échanges

PÉDAGOGIE

Concours national sur L’histoire de la colonisation et de la Guerre d’Algérie, Thématique 2027 : « Les femmes dans l’Algérie Coloniale (1830-1962) », Conseil scientifique et pédagogique du concours

GÉOPOLITIQUE

ENTRETIEN avec Paul Zajac, Directeur des affaires stratégiques au sein de la Direction des Applications Militaires (DAM) du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA), Axel DUC

CONTRIBUTION

Grand entretien : Paul Claval, Philippe SIERRA

CULTURE

Exposition : Robert Capa, Photographe de guerre, Musée de la Libération, Paris, Cécile CHALMIN

EXPOSITION : Lee Miller, Musée d’Art Moderne de Paris, Cécile CHALMIN

EXPOSITION :  Madame de Sévigné. Lettres parisiennes, Musée Carnavalet, Histoire de Paris, Joëlle Alazard

EXPOSITION : Simone Veil. Mes sœurs et moi, Mémorial de la Shoah, Paris, Christine GUIMONNET

EXPOSITION : Matisse 1941-1954, Grand Palais, Paris, Cécile CHALMIN

EXPOSITION :  Marylin Monroe, La Cinémathèque française, Paris, Cécile CHALMIN

EXPOSITION : Frontière, Cité des Sciences et de l’Industrie, Paris, Ludovic SOT

EXPOSITION : Africa Fashion, Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, Brice BOUSSARI suivi d’un entretien avec Christine Barthe, conservatrice du fonds photographique du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac

CINÉMA :  La Bataille de Gaulle. Partie 1 : l’âge de fer, Bryan MULLER

 

LIRE

BANDE DESSINÉE : Laïcité. Comment la loi de 1905 fut votée ?, entretien avec Arnaud BUREAU, co-auteur avec Alexandre FRANC, Joëlle ALAZARD

10 LIVRES TANTÔT, Anthony GUYON

Recensions

ÉDITORIAL : LE TEMPS DES SENTINELLES

Le monde continue de gronder, et le débat public national s’électrise chaque jour un peu plus dans une surenchère de polémiques stériles qui dévitalisent la démocratie. Pendant ce temps, les professeurs continuent à faire face avec des moyens toujours plus contraints. Travailler dans le service public de l’Éducation nationale est devenu une épreuve d’endurance, particulièrement en ces mois une longue période caniculaire est venue alourdir des corps et des esprits déjà éprouvés. Maintenir le cap de la transmission intellectuelle au milieu de ce dénuement matériel et de ces locaux majoritairement inadaptés : telle est la réalité, souvent invisible, de notre métier.

Face à cette usure du quotidien, l’APHG a su opposer, cette année encore, la force de son collectif, sa solidarité et sa réactivité. Loin de toute rigidité, c’est par le bas, par l’écoute de notre base et le travail partagé, que nous parvenons à agir, penser et transmettre ensemble.

S’ENGAGER POUR LA PROFESSION ET LES PROGRAMMES

Ce n’est pas seulement une discipline que nous défendons : c’est une certaine idée de ce que l’École doit à la République. Ce collectif s’est notamment illustré sur le plan institutionnel, là où l’indépendance et l’expertise de l’APHG font référence. Pour notre part, nous avons scrupuleusement répondu à toutes les propositions d’audience du Conseil supérieur des programmes (CSP) et de la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO). Qu’il s’agisse des programmes du cycle 3 puis du cycle 4 en histoire-géographie, du projet de programme en histoire des arts ou encore de l’auto-saisine du CSP, l’APHG a pu s’exprimer en s’appuyant sur les nombreuses remontées de terrain et discussions de nos ateliers – que les collègues qui ont passé de longues heures à examiner les projets de programme soient ici tous remerciés. Ce travail de fond nous a permis de souligner un certain nombre d’avancées obtenues, mais aussi de pointer les entraves ou les problèmes structurels qui menacent la liberté pédagogique et la cohérence de nos disciplines.

Parallèlement, notre association a continué de faire vivre une immense chaîne de solidarité professionnelle. C’est le sens profond de nos opérations « Coup de pouce pour l’agrégation interne » et « Coup de pouce pour l’agrégation externe » où plus de 90 lauréats du concours étaient inscrits. Voir des collègues donner bénévolement de leur temps, de leurs soirées, pour en accompagner d’autres vers l’excellence du concours est la plus belle définition de notre engagement. Ces dispositifs ont, une fois encore, pleinement rempli leur rôle, et nous pouvons en être fiers.

UN AN DE RÉUSSITES SCIENTIFIQUES ET PÉDAGOGIQUES

L’année qui s’achève a été d’une densité rare, rythmée par de nombreux rendez-vous qui ont, chacun à leur manière, trouvé un écho immédiat auprès des collègues. De la Sorbonne au Collège de France, l’APHG a prouvé qu’elle restait ce carrefour indispensable où la recherche scientifique la plus exigeante vient renouveler et enrichir les pratiques de terrain.

Notre grande journée de réflexion sur les questions socialement vives en histoire-géographie-EMC, co-organisée au Collège de France avec Patrick Boucheron et Vincent Duclert, a marqué les esprits par sa justesse et sa nécessité. La journée consacrée aux âges de l’enseignement et du bac professionnels, mise sur pied avec le Comité d’histoire du ministère de l’Éducation nationale, a mis à l’honneur un enseignement qui mérite toute notre attention : je tiens à remercier chaleureusement Jean-François Chanet et Barbara Bazoly, respectivement Président et Secrétaire générale du CHIMEN, mais aussi Stéphane Lembré qui a conçu ce beau moment dans un dialogue fécond avec Jean-François Condette et les organisateurs de la rencontre. Enfin, notre matinée du 6 juin consacrée à « L’Europe : état d’urgence » a réuni de multiples spécialistes autour des enjeux brûlants de notre présent, grâce au travail d’orfèvre et à l’implication de Catherine Biaggi et de Sylvain Kahn.

Ce dynamisme se mesure tout autant à notre capacité à créer des outils pour le quotidien. À l’occasion de la panthéonisation de Marc Bloch, l’APHG a déployé une énergie remarquable. Nos fiches pédagogiques, qu’elles soient autonomes ou conçues en lien étroit avec la bande dessinée dont nous sommes partenaires, trouvent une large diffusion dans les établissements. Plus marquant encore : notre exposition scolaire itinérante, conçue main dans la main avec la famille Bloch et superbement maquettée par le Centre des monuments nationaux (CMN), connaît un engouement qui dépasse toutes nos attentes. Le nombre de téléchargements sur notre site montre à quel point l’association répond à un besoin viscéral des collègues : faire entrer l’histoire vivante dans les classes.

Cette exigence de transmission m’a également conduite à Rennes ce 19 juin, aux côtés d’Amaury Chauou, président de notre régionale de Bretagne, pour deux événements consacrés à la mémoire d’Alfred Dreyfus. J’ai eu l’honneur de représenter l’APHG lors de l’inauguration de la nouvelle plaque de la rue Alfred Dreyfus – moment républicain émouvant, présidé par la maire Nathalie Appéré en présence des descendants de Dreyfus, qui actait la loi l’élevant enfin au grade de général de brigade. La journée s’est prolongée aux Champs Libres, où le Musée de Bretagne inaugurait sa nouvelle exposition permanente sur l’Affaire et le procès de Rennes, labellisée « Exposition d’intérêt national » : une « leçon vivante de citoyenneté », selon les mots de sa directrice Céline Chanas, et un outil précieux pour les enseignants face aux défis de l’antisémitisme et de l’éducation aux médias. Que les Champs Libres comptent sur l’APHG pour faire rayonner ce travail dans les mois à venir !

DE MARC BLOCH À SAMUEL PATY : HONORER LES SENTINELLES

Ces chantiers et ces combats ne sont pas de simples ornements. Ils disent qui nous sommes au moment où nous portons un combat mémoriel et civique majeur.

Le 23 juin restera une date gravée dans l’histoire de notre corporation. En entrant sous la coupole de Soufflot, Marc Bloch est devenu le premier historien à rejoindre le Panthéon. Mais comme je l’écrivais récemment dans Le Monde, le Panthéon ne doit pas être seulement l’assemblée des génies immortels : il existe aussi une autre tradition, plus sombre mais plus haute encore, celle qu’inaugurent Alphonse Baudin ou Jean Zay, des destins ordinaires emportés pour être restés à leur poste face à la barbarie.

C’est précisément un chemin que nous pourrions imaginer prolonger. Car après le grand historien assassiné par les nazis pour ce qu’il incarnait, comment ne pas penser à celui qui, dans le silence d’un collège ordinaire, portait exactement le même héritage ? Samuel Paty enseignait la liberté d’expression et la citoyenneté avec la conviction tranquille de ceux qui croient que la République se joue d’abord dans nos salles de classe. Il a été décapité le 16 octobre 2020 pour avoir fait son métier selon les règles de l’école laïque et émancipatrice. Entre Bloch et Paty, il n’y a pas seulement la communauté tragique : il y a la continuité d’une mission.

C’est pourquoi plusieurs membres du bureau national portent aujourd’hui, avec force et solennité, aux côtés de la famille Paty, une demande de panthéonisation pour notre collègue assassiné. Panthéoniser Samuel Paty, ce serait dessiner, à côté de la France des génies, une France des sentinelles. Ce serait affirmer, sans emphase mais sans faiblesse, que la liberté pédagogique est intouchable, et que lorsqu’on frappe un professeur, c’est l’État tout entier qui fait bloc.

FAIRE VIVRE LA DÉMOCRATIE : LE PALMARÈS DU PRIX SAMUEL PATY 2026

Nous vivons le temps des sentinelles. Le mot dit assez ce qu’il faut entendre : la sentinelle est celle qui veille, pour que d’autres puissent dormir en paix. Un temps où enseigner demande du courage, où la calomnie rôde, mais où le renoncement n’est pas une option. Près de 170 classes étaient inscrites cette année au Prix Samuel Paty dont le thème était : « Débattre pour faire vivre la démocratie ! ».

C’est avec une immense fierté que nous annonçons aujourd’hui le palmarès de cette édition 2026, qui témoigne de l’exceptionnelle créativité et de la rigueur de la jeunesse et de ses enseignants :

Catégorie Cycle 3 :
École Pasteur (Clichy)
École Convention (Paris)
École Les Bourguignons (Ezanville)

Catégorie Collège :
Collège Sainte Jeanne d’Arc (Tours)
Collège Saint-Joseph La Salle (Dijon)
Collège Aux Lazaristes La Salle (Lyon)

Catégorie Lycée :
Maison d’éducation de la Légion d’honneur (Saint-Denis)
Lycée Scheurer Kestner (Thann)
Lycée Rosa Parks (Neuville-sur-Saône)

Félicitations chaleureuses à tous les lauréats et un immense merci à l’ensemble des classes participantes et à leurs enseignants pour ce travail remarquable ; merci aussi aux collègues engagés dans le jury, présidé par Christophe Capuano.

Voir ces classes apprendre, ensemble, à débattre sans se déchirer est sans doute la plus belle réponse que nous puissions offrir au tumulte du monde – et c’est aussi ce qui nous donne la force de tenir, à notre tour, le reste de l’année.

TENIR LE POSTE

Adhérer à l’APHG, y militer, faire vivre nos régionales, c’est refuser de rester seul face aux tempêtes de l’époque. C’est choisir la chaleur d’un collectif soudé par un lien réel, une égalité de travail et une même idée de notre dignité professionnelle.

Cette force collective, nous la devons d’abord à l’engagement sans relâche du bureau national de l’APHG, dont le travail patient et trop souvent invisible permet à notre association de tenir sur tous les fronts à la fois. Je veux aussi dire ma gratitude toute particulière à notre secrétaire générale en charge de la revue, Cécile Chalmin : c’est grâce à son travail rigoureux et constant que cette revue existe, et que nos collègues peuvent, numéro après numéro, la tenir entre leurs mains.

Face au bruit du monde, aux canicules du quotidien et à la pénurie budgétaire, nous restons à notre poste. Fidèles à nos disciplines, fidèles à nos valeurs, fidèles à l’avenir.

Avant de nous retrouver à la rentrée, je vous souhaite à toutes et à tous un très bel été et d’excellentes vacances : qu’elles vous offrent enfin le repos et le temps que cette année si dense ne nous a guère laissés.

Lille, le 22 juin 2026

Joëlle ALAZARD, Professeure de chaire supérieure au lycée Louis-le-Grand de Paris, Présidente de l’APHG.