Que faire de nos vieux ? Une histoire de la protection sociale

Compte-rendu de lecture / Histoire contemporaine
Le 20 janvier 2019

CAPUANO (Christophe), Que faire de nos vieux ? Une histoire de la protection sociale de 1880 à nos jours, Paris, Sciences Po Les Presses, 2018, 345 p.

Christophe Capuano, enseignant à l’université de Lyon II, publie cet ouvrage à partir de son mémoire pour obtenir l’habilitation à la direction de recherches. Le titre, légèrement provocateur, s’inscrit dans le contexte social marqué par la progression du vieillissement, de la dépendance, du handicap. Avant que ces questions deviennent plus anxiogènes, raison de plus pour faire le point sur les politiques, sur les « dispositifs publics » de la protection sociale et en montrer les « tâtonnements permanents » dans leurs mises en place. Des années 1880 à la fin de la Deuxième guerre mondiale, le fossé s’élargit entre une faiblesse maintenue des investissements à destination des personnes âgées alors que globalement les moyens financiers de cette partie de la population stagnent, ou régressent souvent. La tendance au strict contrôle des dépenses avec une recherche annoncée de leur diminution conduit à l’appel à l’intervention familiale pour pallier l’insuffisance des établissements spécialisés dont les coûts ne cessent d’augmenter. Avec les effets de la politique de protection sociale née, avec la Sécurité sociale symbolisant la solidarité des générations, se développe une prise en charge des questions de la vieillesse. Le refus de la considérer comme un risque social, un « cinquième risque », empêche une solution assurantielle. Aussi continue-t-on à laisser une large place au recours des familles sur les questions de l’infirmité par exemple assimilées au sort des populations les plus âgées. La prise en charge de la perte d’autonomie devient un nouveau sujet qui attend des réponses. La création en 1959 d’une Commission d’études de ces problèmes, présidée par Pierre Laroque, devait permettre de définir les besoins des personnes âgées. Dès lors le maintien à domicile apparaît comme une solution mais crée de nouvelles interrogations, sur le logement par exemple, auxquelles répondent des solutions, comme les foyers-logements ou les aides à domicile. L’espoir mis dans le développement des solidarités familiales s’estompe. Le recul de la cohabitation des générations en témoigne tandis que l’aide familiale se renforce, ce qui se traduit par le rapprochement des enfants des logements des parents. Depuis les années 1970, progressent dans des domaines variés de nouvelles interventions souvent sans coordination qui confirment l’absence de solutions assurantielles pour la dépendance. Ainsi les hospices sont remplacés par les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EPHAD). Or l’assimilation de la vieillesse au handicap continue alors que se poursuit la reconnaissance de nouveaux droits aux handicapés. L’insistance pour le maintien à domicile correspond au développement d’associations contrôlées pour la gestion de ces structures. Il en résulte des différences régionales et sociales et des défauts dans les dispositifs successifs. Dans un contexte général de crise de l’Etat providence, les solutions familiales pouvant diminuer commence à se poser la situation des aidants alors que la logique budgétaire, qui pousse à l’économie, conduit à accentuer un désengagement de l’État. Comment intervenir face à une tendance sociale lourde qui conforte une évolution incontournable en respectant les valeurs de solidarité et d’individualité ? La politique équilibrée choisie par la France se différencie des deux options possibles présentes en Europe, l’appel à la prise en charge familiale ou l’intervention étatique. Cette solide démonstration s’appuie sur des tableaux explicatifs, une abondante bibliographie, un index nominatif. Les analyses et démonstrations portent essentiellement sur les aspects administratifs mesurables. Les enjeux des politiques et les débats, consécutifs aux autres propositions interviennent peu comme s’ils étaient implicites ! 27246100968540l.jpg Site de l’éditeur © Jacques Girault pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 20/01/2019.