Peste noire, Patrick Boucheron, Niort
Mercredi 18 mars, en partenariat avec la Librairie des Halles et le Moulin du Roc, Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, est venu présenter à Niort son dernier ouvrage Peste Noire paru au Seuil en janvier dernier. 
Devant un auditoire nourri, il a débuté par rappeler l’importance des rencontres autour des livres qui montrent l’intérêt pour la discipline et la réflexion en général face à un monde qui simplifie tout. Ensuite, il a échangé avec Jérôme Lamy, historien et sociologue des sciences et chercheur au CNRS, autour des racines de la peste noire. Le débat s’est étendu tout autant sur les origines, la diffusion que sur la signification du terrible mal. Après tout, cette période n’a pas débouché sur un chrononyme : il n’y a pas eu de temps d’avant la peste noire que temps d’après la peste noire.
Aucun monde d’après donc ! En cela s’inscrit l’engagement de Patrick Boucheron dans les débats sociétaux actuels : un écho avec le Covid qui résonne fortement. Par ailleurs, c’est cette proximité qui l’a poussé à différer la parution d’un livre répondant aux cours donnés au Collège de France durant la Pandémie. Une concordance qui interroge le rôle de l’Historien et a poussé Patrick Boucheron à insister sur la base de toute recherche historique : se placer à hauteur d’Homme et ne pas oublier que les populations confrontées à l’épidémie n’ont aucune idée de ce qui leur arrive.
Cela jusqu’au terme employé de « peste » qui ne désigne rien d’autre depuis l’Antiquité qu’une maladie mortelle emportant tout le monde. S’y joint la nécessaire pluridisciplinarité qui permet de rajouter au débat la question de la génétique et oblige à admettre que nous possédons tous dans notre génome une trace de la peste noire en tant que tiers survivant à la maladie. Un fait qui a conduit Patrick Boucheron à dispenser un avertissement plus ou moins léger face au caractère endémique de la peste depuis le XVe siècle en Europe : mieux vaut éviter de consommer de la marmotte crue. Nous tenons à préciser que cette recommandation s’élargit aux écureuils et rongeurs variés qui sont tout autant de réservoirs naturels de Yersinia pestis, bacille responsable de la maladie identifié en 1894 par Alexandre Yersin.
Après tout, la peste n’a pas disparu et ne disparaîtra pas, ce qui explique les enjeux actuels autour de la recherche face à cette potentielle arme bactériologique.
De là, il convient de conclure sur le caractère contemporain de cette question, peste et covid, action des princes et action des gouvernements modernes : sommes-nous vraiment préparés ? S’affiche l’exemple du Danemark contre celui de la France. Un confinement plus précoce pour des recommandations officielles mieux écoutées lorsque la défiance envers l’Etat complique celle des pouvoirs publics français.Preuve en est que l’Histoire des Pouvoirs chère à Patrick Boucheron a de beaux jours devant elle, du XIIIe au XVIe siècle comme au XXIe siècle.