Révolutions
Compte-rendu de lecture / Histoire contemporaine
Le 13 janvier 2019
Félix Chartreux, Maud Chirio, Mathilde Larrère, Vincent Lemire, Eugénia Palieraki, Révolutions, Belin, 2017, 300 p., 23 euros.
En bonne méthode, dès l’introduction, les auteurs s’appliquent à définir « la révolution ». On souscrit volontiers à la définition qu’ils en donnent : un mouvement populaire armé, victorieux et qui invente de nouveaux pouvoirs. Parce qu’elle exprime la volonté des masses populaires, sa « violence illégale » devient une « violence légitime » (pp. 8-9). Toutefois, précisent les auteurs, une révolution n’est pas toujours victorieuse comme celle de 1905 en Russie.
L’ouvrage s’ouvre sur la révolution anglaise du XVIIème siècle et se clôt sur les révolutions arabes récentes. Entre ces deux dates, l’ouvrage examine les révolutions du XVIIIème siècle (américaine et française) puis du XIXème siècle en Amérique latine, en France à nouveau mais aussi en Turquie et au Mexique au début du XXème siècle et enfin en Russie, en Espagne, à Cuba et en Amérique latine, au Portugal, en Iran et récemment en Russie et en Europe centrale et orientale ainsi qu’au Proche Orient.
Il est absolument impossible de résumer cet ouvrage qui présente des synthèses qui, pour l’essentiel, emportent l’adhésion même si telle ou telle formule, ici ou là, peut être discutée. D’ailleurs les auteurs eux-mêmes s’interrogent. Par exemple, concernant les changements qui se sont produits en Russie et en Europe de l’Est à la fin des années 1990 : s’agit-il « d’une révolution ou d’une restauration » (p. 270) ? – la réponse toutefois est claire car ces « révolutions des années 1989-1991 n’ont produit ni idéologie, ni même un homme nouveau, ni ambition de régénération sociale » (p. 271).
Au-delà des révolutions que l’on connait bien, l’anglaise, les françaises, l’américaine du nord, on soulignera les chapitres sur les révolutions d’Amérique latine (avec une page importante sur le rôle essentiel souvent ignoré de l’intervention militaire cubaine dans plusieurs pays d’Afrique et au soutien en faveur de l’ANC de Mandela) , la révolution chinoise, la révolution des Jeunes Turcs avec des pages bien venues sur l’influence de la franc-maçonnerie française, la révolution portugaise, les interrogations sur la révolution iranienne et sur les révolutions arabes. Sont aussi particulièrement intéressants les sept chapitres thématiques : l’histoire des drapeaux révolutionnaires du Royaume Uni, des États-Unis, de la France, de l’URSS avec la faucille et le marteau sur fond rouge, outils de travail déjà en usage sur les emblèmes de la franc-maçonnerie, drapeau noir des anarchistes, drapeau vietnamien brandi en mai 1968 à Paris etc. ; l’allégorie de la liberté vue par Delacroix ; les « circulations révolutionnaires dans le monde » (révolutions atlantiques » aux États-Unis, en France, aux Pays-Bas et jusqu’en Amérique latine ; les « droites révolutionnaires », terme abusif en conviennent les auteurs après examen car ce sont des révolutions avec des guillemets « qui ne renversent jamais les rapports de domination existants » (p. 178) ; les contre-révolutions en Europe à partir de 1815 (la Sainte alliance) puis le cordon « sanitaire » autour de l’URSS au lendemain de 1917 jusqu’au containment occidental contre le « péril rouge »… ; les techniques de la guerre révolutionnaires de la barricade urbaine à la guérilla rurale ; la place des femmes dans la révolution parisienne d’octobre 1789 jusqu’à la femme bolchevique en passant par la « pétroleuse » de la Commune mais les femmes révolutionnaires sont souvent des veuves ou des épouses. Dans cette panoplie révolutionnaire, les ouvriers en raison de leur concentration géographique et de leur aptitude à la discipline, jouent un rôle moteur mais non exclusif car les paysans pauvres de Chine ou d’Amérique latine peuvent remplir ce rôle. Un regret toutefois : on ne comprend pas pour cet ouvrage si érudit ne comporte aucune bibliographie.
Site de l’éditeur
© Jean Sagnes pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 13/01/2019.
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