Supplément Dossier « Défense » H et G n°423 Introduction

Par Bernard Phan
Le 28 octobre 2014

Si l’on en juge par le peu de place qu’elles occupaient dans nos dernières campagnes électorales, tant présidentielle que législative, on ne peut que constater le médiocre intérêt des citoyens pour la politique militaire et de défense de la France. Il est vrai que, par les temps difficiles que connaît l’économie et que subit la société, l’opinion a d’autres préoccupations, plus immédiates.

La défense nationale n’occupe guère plus de place dans les médias, sauf lorsqu’un soldat français est tombé, victime du devoir. Et encore, comme le dit, dans l’article qu’il nous a donné, le général Irastorza, certains y voient un accident du travail. A la télévision, le rapatriement de la dépouille d’un tué au combat n’a droit qu’au service minimum de quelques secondes d’écran montrant, sans commentaire, le passage du ou des corbillards sur le pont Alexandre III. A moins qu’on ne diffuse une brève séquence de la cérémonie d’hommage aux Invalides. Peut-on croire que l’opération Serval, au Mali, pourrait être l’occasion d’une évolution des esprits et de la prise de conscience que, dans le monde dangereux et rétréci dans lequel nous vivons, toute menace nous concerne et peut se révéler lourde de conséquences ?

C’est pourquoi, après la suspension de la conscription, pour éviter un désintérêt plus grand et une coupure totale du lien entre la Nation et son Armée, un enseignement de la défense a été instauré dans les collèges et lycées et confié en priorité aux professeurs d’histoire et de géographie. Les jeunes Français, dont nos collègues ont la charge, seront ou sont déjà pour certains les citoyens appelés à prendre et assumer la responsabilité d’envoyer au combat ceux d’entre eux qui auront choisi de porter les armes de la République. Les militaires ne sont pas les seuls à devoir prendre en charge la défense de la France.

Pas plus que dans le premier dossier de 2005 vous ne trouverez d’article technique. En prenant appui sur l’histoire, il s’agit de valoriser une approche civique, politique, de la défense et de la guerre. Nous avons demandé aux auteurs, en s’appuyant sur leurs expériences personnelles, de faire de leurs textes une sorte de témoignage. Deux textes sont des textes de conférences, pour lesquels nous nous sommes efforcés de préserver la forme parlée du texte d’origine pour tenter d’en conserver la force de conviction.

Pour que tous les citoyens se sentent concernés par le déclenchement d’une opération militaire, une solution mériterait d’être envisagée. En effet, la guerre, aujourd’hui conduite et faite par des militaires professionnels, reste néanmoins toujours décidée au nom du peuple français tout entier et, in fine, assumée par lui. Cette mesure consisterait donc à associer plus étroitement à la décision d’entrer en guerre la représentation nationale. C’est en principe la règle qui distingue les démocraties exemplaires des pays qui ne le sont pas. Le Président des Etats-Unis ne peut pas engager les forces états-uniennes sans l’aval du Congrès. Le Parlement français doit attendre, et le délai peut durer quatre mois, avant de recevoir une information sur les opérations en cours ! Il n’est même pas obligatoire de lui demander d’exprimer un vote. Certes les officiers français, et tout particulièrement le sommet de la pyramide hiérarchique des armées, seraient désolés de devoir...