Urbs, Histoire de la ville de Rome, des origines à la mort d’Auguste

COMPTE-RENDU / HISTOIRE ROMAINE
Le 12 mars 2018

Bernard Rémy 1

Alexandre GRANDAZZI, Urbs. Histoire de la ville de Rome, des origines à la mort d’Auguste, Paris, Perrin, 2017, 768 p., 4 illustrations, 13 cartes et plans, chronologie, orientation bibliographique thématique, index général. 30 €.

Spécialiste reconnu de la Ville à haute époque, Alexandre Grandazzi livre à ses lecteurs une véritable somme sur près d’un millénaire d’histoire, où il raconte comment une bourgade insalubre, parsemée de modestes cabanes, est devenue la ville la plus peuplée et la plus fastueuse du monde antique, une « ville-monde », dont Auguste se vantait sur son lit de mort d’avoir fait une « ville de marbre ». Archéologue, il s’appuie sur les plus récentes découvertes des sciences dures et nous fait découvrir les spectaculaires résultats — encore trop peu diffusés dans le grand public — des nombreuses fouilles menées depuis quelques décennies à travers la Rome antique (forum, Palatin…), notamment par les Italiens et les Français (École française de Rome). Dans une démarche originale, Alexandre Grandazzi a conçu son récit comme la biographie de la ville éternelle et a fait dialoguer ses habitants avec leurs aristocrates dirigeants. Après les dures réalités des premiers siècles, où les Romains ont combattu pour leur survie, victoire, après victoire, les hommes et les femmes qui vivaient au bord du Tibre ont transformé progressivement leur espace urbain, notamment par la construction de nombreux bâtiments. Peu à peu l’Urbs — surtout le forum — est devenue le mémorial de pierre des succès romains. En fait, les transformations du site ont surtout bouleversé « la conception que cette communauté avait d’elle-même ». Dans l’avant-propos, Alexandre Grandazzi commente l’abondante historiographie moderne et contemporaine. Après un prologue très vivant, il a divisé son livre en trois parties chronologiques de taille inégale : Regnum, la ville royale — Ciuitas, la cité libre — Metropolis, la ville universelle. Comme l’histoire de la Ville et « l’histoire romaine » sont très étroitement liées, au fil des pages, il traite également des grands événements qui ont marqué la vie de ce peuple conquérant, assimilateur et peut-être impérialiste. Même si elle est la plus courte (80 pages), la première partie est la plus novatrice (en dehors du monde « savant »). Alexandre Grandazzi y montre que, grâce à l’archéologie et à la réhabilitation des textes littéraires, les chercheurs se rendent maintenant compte que les « légendes » sur les débuts de Rome ne sont pas loin d’être véridiques — au moins en grande partie — et d’être déjà « de l’histoire ». En commençant son long travail (neuf ans) sur l’histoire de la Ville, Alexandre Grandazzi avait fait « l’impossible rêve… de faire surgir aux yeux du lecteur une ville de Rome racontée et décrite et, pour ainsi dire, reconstruite et revécue ! ». Avec ce livre savant, bien écrit et de lecture aisée, il a quasiment réussi son ambitieux pari. Son gros ouvrage fera date et mérite de figurer dans la bibliothèque personnelle des collègues, voire dans celle des établissements. © Bernard Rémy pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 14/12/2017. telechargement.jpg

Notes

  1. professeur émérite d’histoire romaine à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble