Tribune de la Régionale de Grenoble mai 2015 Textes et propositions

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Vous trouverez ci-dessous le texte de présentation de la Lettre d’information de la Régionale APHG de Grenoble, par Pierre Foucras, à propos de la réforme des collèges.

Avant même d’être soumis à notre consultation – parfois même avant d’avoir été communiqué dans son ensemble – ce programme, d’histoire particulièrement, a déjà été l’objet de critiques « hallucinées » (terme emprunté à un article de Médiapart du 13 mai 2015) et saisi comme prétexte à polémique politicienne largement outrée (jusqu’à railler, en bonne phallocratie – ça n’en grandit pas l’auteur – le genre et le charme de notre ministre) par les opposants à ce gouvernement. Pour notre part, si approuver ce qui dans ce programme nous semble positif est « être de gauche », tandis que critiquer ce qui ne nous satisfait pas est « être de droite », alors nous choisirons d’être les deux à la fois ! Mais nous ne nous laisserons pas exclure du débat.

Car la polémique politicienne – nourrie aux avis et expressions plus ou moins péremptoires, même s’agissant de sommités intellectuelles ou philosophiques d’académies diverses – ne doit pas nous dissuader d’y trier « le bon grain et l’ivraie », ni surtout de nous exprimer individuellement ou collectivement dans la consultation engagée jusqu’au 12 juin. Souhaitons toutefois que les dernières annonces de notre ministre, inspirées visiblement depuis l’Elysée, ne remette pas au goût du jour le monumental « roman national », ou autre vulgate laïque et républicaine, chargés d’enseigner la fierté patriotique pour affirmer les valeurs supérieures et incontestables de notre vertueuse (vertueuse, toujours ?) République ; funeste instrument de formatage des esprits dont le XIXe siècle finissant et le XXe ont montré les effets. Ombres et lumières coexistent dans notre passé national, comme international, européen ou universel d’ailleurs, sans qu’il nous faille occulter les unes ou négliger les autres en raison d’une quelconque volonté de repentance exprimée ou refoulée. La possibilité de choix que le projet nous offre n’est-elle pas d’ailleurs, outre la prise en compte de l’impossibilité d’une histoire encyclopédique, une marque de confiance en notre responsabilité et capacité à faire ces choix, une affirmation de notre liberté pédagogique ? (En même temps était-il peut-être maladroit d’offrir cette liberté d’une main quitte à la reprendre de l’autre en désignant des questions obligatoires et d’autres facultatives en préfigurant nos choix qui par conséquent n’en sont plus). Espérons aussi que l’annonce, malvenue et précipitée nous le craignons, de la mise en place d’un « comité des sages » ou commission d’historiens de renom, ne constitue pas la préfiguration d’une nouvelle mise en bière de la consultation des gens – gens de peu mais gens – de terrain néanmoins que nous sommes. Bruno Benoit, président national de l’APHG, dans son éditorial nous invite justement à une « extrême vigilance » afin de n’être point mis à l’écart (p. 2). [1]

Mais plus encore que l’écriture ou la forme de ce nouveau programme (extraits p. 9 et liens vers le texte intégral), c’est la réforme globale du collège qui peut nous préoccuper, car la place dévolue à nos disciplines – au nom d’une croisade anti-disciplinaire justifiée par « l’ennui » proclamé de nos élèves et les difficultés effectives de certains – semble devoir une nouvelle fois se réduire. Etes-vous sûre, Madame la Ministre que les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) garantiront à ces élèves un intérêt et un goût de l’effort accrus, l’envie plutôt que l’ennui, la réussite in fine espérée ? Et quels moyens (horaires, concertation, co-animation, effectifs, formation) nous accorderez-vous pour que ces EPI réussissent mieux que feu les IDD auxquels ils ressemblent tant ? Faut-il pour leur faire place diminuer encore nos heures disciplinaires où, malgré l’ennui infligé, les profs sont plus à l’aise pour transmettre les fondamentaux de leurs disciplines et d’expliciter les spécificités de celles-ci ? Il ne s’agit pas de dénier l’intérêt de l’interdisciplinarité (nous tentons déjà de la mettre en œuvre dans le cadre de l’histoire des arts), mais pas dans des proportions qui réduiraient à la portion congrue nos apports disciplinaires tandis que les attentes formulées à notre égard (par les programmes et la demande sociale) restent hautes. A ce sujet vous pourrez lire dans cette Lettre la synthèse de l’enquête menée par l’APHG « après les attentats de janvier » (p. 15).

Que restera-t-il pour l’histoire et la géographie quand, aux 3h dont nous espérons disposer (si l’enseignement moral et civique nous est en effet principalement confié comme promis), nous devons retrancher des moyens pour cet EMC, les EPI, l’HDA, l’aide personnalisée … (et quoi d’autre ? les enseignements complémentaires de latin ou de grec ?) qui n’ont pas d’horaire dédié. Que de tensions en perspective entre collègues, dans une réunionite permanente au sein de nos établissements et de leurs multiples conseils !

Mais au fond, sont-ce nos disciplines par essence même et non plutôt les conditions de leur enseignement (effectifs, hétérogénéité des classes et des appétences, soutien en petits groupes – qui, relevons-le, ne nous profitent qu’exceptionnellement – concurrence des technologies nouvelles et autres moyens de communication et de connaissance, sinon de distraction, autres discours ambiants extérieurs à l’école) qui suscitent parfois l’ennui, le découragement, dans de rares cas même le rejet de nos valeurs ? Le diagnostic posé par notre ministre se devait d’être plus nuancé et non affirmé à la hussarde, livrant de faciles boucs-émissaires à la vox populi et s’économisant la recherche d’autres causes profondes, et de remèdes peut-être dérangeants en période de vaches maigres [...]

Enfin comme destinataires de la Lettre en version électronique, vous êtes privilégiés car vous recevez, pour préparer vos vacances prochaines peut-être, nos informations culturelles avec les expositions en cours ou annoncées dans les principaux musées de notre région … jusqu’à Paris. En raison de la longueur exceptionnelle de cette Lettre, pour des raisons de coût, nous nous sommes vus contraints de supprimer cette rubrique de la Lettre imprimée adressée par courrier à nos adhérents. Nous en sommes désolés et nous-mêmes frustrés. Il devrait toutefois être possible prochainement de la consulter sur le site de la Régionale : www.ac-grenoble.fr/aphg-grenoble/

Bonne lecture à tous !

Pierre Foucras
co-Président de la Régionale de Grenoble de l’APHG

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