Le Feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ? Compte-rendu de la rédaction / Grande Guerre

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Gerd Krumeich, Le Feu aux poudres. Qui a déclenché la guerre en 1914 ? ; Traduction de Claudine Layre, Belin, 2014, 300 pages, Prix 23 euros.

Le grand spécialiste de la Grande Guerre, Gerd Krumeich s’interroge sur les causes et les responsabilités de son déclenchement en 1914. L’actualité du Centenaire et le livre de l’historien Christopher Clark ont permis de faire le point sur la question. Les Somnambules [1] met l’accent sur les responsabilités des Russes, des Serbes, des Français et minimise les responsabilités allemandes et autrichiennes. En Allemagne, la présentation du livre et des thèses de Clark ont fait un tabac et ont attiré les foules lors de ses conférences. Mais les historiens allemands ont réagi contre l’hypothèse de Clark par la négative. Il est vrai que pendant la guerre, les gouvernants se sont emparés du sujet et se sont lancés des accusations réciproques. La propagande battait son plein. Le traité de Versailles qui reconnaissait dans son article 231 la responsabilité des empires centraux dans le déclenchement du conflit a alimenté le nationalisme allemand. En France, Pierre Renouvin [2] et Jules Isaac [3], tous deux, anciens combattants ont écrit des points de vue différents sur les causes de la guerre. Après la guerre, le débat est relancé en 1970 par l’historien allemand Fritz Fisher [4] qui considère que le gouvernement allemand a une grande responsabilité dans le conflit. Depuis, c’est Clark qui a relancé le débat.

Gerd Krumeich se livre à une analyse minutieuse du mois de juillet sur l’attitude des principaux acteurs gouvernants, diplomates et militaires, sur la volonté des dirigeants allemands et autrichiens de « localiser » le conflit. Au terme d’une analyse scientifique, érudite, précise embrassant l’ensemble des protagonistes, l’historien de Dusseldorff et héritier de la chaire de Woflgang J. Mommsen [5] conclut sur les responsabilités allemandes. L’Allemagne avait la hantise de l’encerclement et craignait que la Russie devienne un jour trop puissante. D’où l’idée d’une guerre préventive qui résoudrait le problème serbe. Dans l’esprit de tous les dirigeants de l’époque, il s’agissait d’une guerre courte. Personne n’imaginait que la guerre allait se prolonger quatre ans et se caractériser par le massacre de plusieurs millions d’hommes.

Doté d’annexes, de textes sur la stratégie autrichienne en vue de régler les affaires communes de la monarchie austro-hongroise, de la note du gouvernement serbe répondant à l’ultimatum austro-hongrois, de la liste des acteurs du mois de juillet 1914, d’un index des personnes, l’ouvrage de Gerd Krumeich rendra de grands services sur la question et permettra aux professeurs de répondre à leurs élèves sur les origines du conflit, la plupart du temps absentes des manuels scolaires et objets de questions bien légitimes des collégiens ou lycéens.

Voir la présentation de l’ouvrage en ligne sur le site de l’éditeur

© Jean Bigay pour Historiens & Géographes - Tous droits réservés. 26/09/2016.

Notes

[1Christopher Clark, Les Somananbules, Flammarion, 2014.

[2Pierre Renouvin, Les origines immédiates de la guerre, Alfred Costes, 1925.

[3Jules Isaac, Un débat historique. Le problème des origines de la guerre, Riedrer, 1933.

[4Fritz Fisher, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale, Paris, Trévise, 1970.

[5Wolgang J. Mommsen, « Le thème de la guerre immédiate dans la décennie précédent 1914 », in 1914, Les Psychoses de Guerre, Rouen, Publications de l’université de Rouen, 1985, p. 95-123.